Godefroy de Bouillon, l'homme de la tour du nord
Duc de Basse-Lotharingie, il commande le camp établi devant les portes du nord. Sa tour de siège, déplacée dans la nuit vers un point plus faible du rempart, touche la muraille au matin de l'assaut.
Devant les portes du nord, on désigne le duc Godefroy comme l'un des chefs les plus résolus de cet ost. Il commande depuis des semaines les hommes établis face à la porte Saint-Étienne, aux côtés du comte Robert de Flandre et du jeune Tancrède. C'est de ce front-là qu'est venue, ce matin, la nouvelle : sa tour de bois, la première, a touché la muraille.
L'affaire s'est jouée dans la nuit. Le rempart qui fait face au camp du duc depuis le début du siège s'est révélé trop bien gardé et trop bien renforcé pour qu'une tour y trouve prise. Dans la nuit qui a précédé l'assaut, les hommes de Godefroy ont donc démonté leur machine pièce par pièce, l'ont portée plus loin le long du mur, vers un point que les Infidèles défendaient plus mal, et l'ont remontée avant le jour. Au matin, quand les défenseurs ont vu où se dressait la tour, il était déjà trop tard pour y masser leurs meilleures forces.
Un duc qui a tout engagé pour partir
Godefroy porte le titre de duc de Basse-Lotharingie. On rapporte dans le camp qu'avant de prendre la croix, il a engagé son propre château de Bouillon auprès de l'évêque de Liège et cédé plusieurs de ses terres, afin de réunir de quoi équiper ses hommes et tenir la route jusqu'ici. Ceux qui le connaissent depuis Nicée et Antioche le disent pieux, peu porté au faste, et de ceux qui tiennent leur rang par la conduite plus que par le discours.
Sa place parmi les grands du camp
L'ost qui entoure Jérusalem n'a pas un seul maître. Au sud, le comte Raymond de Saint-Gilles tient son camp face à la tour de David avec ses Provençaux. Au nord, autour de Godefroy, se tiennent Robert de Flandre, Robert, duc de Normandie, et le jeune Tancrède, neveu par alliance de Bohémond — lequel, resté à Antioche pour y garder ce qu'il a conquis l'an passé, n'a pas suivi l'ost jusqu'ici. Entre ces chefs, aucun n'a de couronne ni de titre qui le place au-dessus des autres : chacun commande ses propres gens, et c'est au conseil, et sur le terrain, que se décide qui frappe où.