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Ce que le jeûne obtient, le fer seul ne l'aurait pas

Hier, l'ost a marché pieds nus autour de la Ville sainte après trois jours sans manger. Un chapelain du contingent lorrain livre ici son sentiment : ce jeûne et cette procession, plus que les charpentiers, préparent la chute de Jérusalem.

Frère Eudes, chapelain du contingent lorrain 9 juillet 1099 3 min de lecture

Trois jours sans pain, puis le tour des murailles pieds nus : je l'ai vu de mes yeux, et je ne parle ici que pour moi, non pour l'ost tout entier. D'aucuns diront que ce sont là les charpentiers et leurs tours de bois qui feront tomber la Ville. Je le crois autrement. Le fer ne vaut que par la main qui le porte, et la main ne vaut que par le cœur qui la conduit.

J'ai vu des hommes qui se querellaient depuis Antioche s'embrasser sur le mont des Oliviers. J'ai vu des barons qui ne se parlaient plus depuis des mois marcher côte à côte, tête nue, sans armes. Cela, aucune tour de siège ne l'aurait fait. Le jeûne a vidé les ventres, mais il a surtout vidé les rancunes. Un ost réconcilié combat autrement qu'un ost divisé.

On rapporte dans le camp qu'un des nôtres aurait vu en songe l'évêque du Puy, mort à Antioche, venir ordonner ce jeûne et cette marche. Je ne sais si Dieu parle ainsi aux hommes ; je n'étais pas de ceux à qui la vision fut faite, et je me garde d'en jurer la vérité. Mais je sais ce que j'ai vu de mes yeux hier : des pèlerins épuisés qui ont retrouvé, l'espace d'une matinée, la ferveur qui les avait fait partir de leurs terres, voici trois ans.

Les Infidèles, du haut de leurs murs, ont ri de nous voir marcher ainsi, sans armes, le ventre creux. Qu'ils rient. Ils n'ont pas vu ce que j'ai vu : des hommes qui, la veille, ne s'accordaient plus sur rien, chantant ensemble le même psaume. Je tiens pour certain que Dieu ne laisse pas sans récompense une humilité pareille, quand elle est sincère.

Je ne sais quand viendra l'assaut, ni comment il se terminera : cela n'appartient qu'à Dieu et aux capitaines. Mais je crois, pour ma part, que ce que le jeûne et la procession ont obtenu hier, les machines seules ne l'auraient pas obtenu.

Le contexte

L'ost assiège Jérusalem depuis le 7 juin ; la ville est tenue par une garnison venue d'Égypte sous le gouverneur Iftikhâr ad-Dawla.

Le jeûne de trois jours et la procession pieds nus autour des murailles, jusqu'au mont des Oliviers, ont eu lieu le 8 juillet.

Les tours de siège sont en cours d'achèvement et n'ont pas encore été mises en œuvre contre les murailles.

État des informations

Cette tribune est un point de vue signé, subjectif et assumé, d'un clerc convaincu de la portée providentielle du jeûne et de la procession du 8 juillet. Elle interprète des faits établis à la lumière de la foi ; elle ne préjuge en rien de l'issue de l'assaut à venir, qui reste inconnue à cette date.

Ce que l’on sait

  • Le jeûne de trois jours et la procession pénitentielle pieds nus du 8 juillet 1099 ont bien eu lieu.
  • Des dissensions entre chefs et contingents de l'ost, apaisées à cette occasion selon les témoins, sont attestées durant le siège.
  • Les tours de siège sont presque achevées mais n'ont pas encore été employées à la date de cet article.

Ce que l’on ignore

  • L'issue et la date exacte de l'assaut à venir ne sont pas connues.
  • L'effet réel de la procession sur la cohésion et la discipline de l'ost ne peut être mesuré autrement que par le témoignage de ceux qui y étaient.

Sources historiques utilisées

secondary

Siège de Jérusalem (1099)

Wikipédia · 1099

Consulté pour le déroulement du jeûne de trois jours et de la procession du 8 juillet, et pour la réconciliation des chefs de l'ost qu'elle aurait favorisée.

secondary

The Capture of Jerusalem, 1099 CE

World History Encyclopedia · 1099

Procession pénitentielle pieds nus du 8 juillet et son rôle rapporté dans l'apaisement des querelles entre chefs croisés.

primary

La prise de Jérusalem (1099)

Clio Texte · 1099

Récits d'époque (Raymond d'Aguilers, Gesta Francorum) sur la dévotion de l'ost avant l'assaut et la lecture providentielle qu'en firent les chroniqueurs croisés.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — « Aujourd'hier »

Rédaction · 1099

Tribune signée imitant la voix d'un chapelain de l'ost ; la ferveur assumée du propos est un dispositif d'immersion et ne préjuge d'aucun fait, distinct du relevé des faits.

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