Repoussés faute d'échelles, l'ost tient son bois par la mer
L'assaut du 13 juin s'est brisé au pied des murs, faute de tours et d'échelles. Quatre jours plus tard, des navires génois et anglais ont touché Jaffa : bois, cordages, outils et charpentiers montent enfin vers le camp.
Le 13 juin, nos gens ont donné l'assaut à la Ville sainte avec plus d'ardeur que de moyens. Une échelle dressée à la hâte contre la muraille, quelques hommes lancés à l'escalade : rien de plus. Un chevalier a pris pied un instant sur le rempart avant d'en être rejeté. Faute de tours pour dominer les créneaux, faute d'échelles en nombre, faute d'un bélier pour ébranler les portes, il a fallu se retirer sous les traits. La leçon est dure et nul ne la conteste au camp : sans machines, on ne prend pas ces murailles.
Le mal était connu de tous. Les défenseurs ont fait couper les arbres à des lieues à la ronde et comblé ou souillé les puits avant notre arrivée. On ne trouve ici ni forêt à abattre pour bâtir, ni presque d'eau pour boire. L'ost campe devant Jérusalem sans le premier des outils du siège, qui est le bois.
C'est de la mer qu'est venu le secours. Ce 17 juin, on rapporte que des navires génois et anglais ont mouillé à Jaffa, sur la côte, à moins d'une journée du camp. Ils portent ce qui nous manquait : madriers et planches, cordages, clous et ferrures, scies, haches et cognées, et surtout des charpentiers et des gens de mer qui savent assembler de grandes charpentes.
On dit déjà que les vaisseaux seront démontés sur place pour leur bois, mâts et bordages servant de poutres, et que des convois tireront le tout jusque sous les murs, avec ce qu'on pourra encore couper dans les bois éloignés. Le port de Jaffa, laissé sans défense par la garnison, devient notre arrière : par lui passe désormais tout ce qui fera tomber la ville.
Deux tours et un bélier en chantier
Les capitaines ont tranché : puisqu'on ne peut escalader, on dominera. Deux grandes tours roulantes doivent être élevées, hautes à passer par-dessus les créneaux, montées sur roues pour être poussées contre la muraille le jour de l'assaut. On parle aussi d'un bélier à tête ferrée pour battre une porte ou saper un pan de mur.
La besogne s'annonce longue et rude sous ce soleil, mais l'humeur a changé au camp. Tant que manquait le bois, l'attente n'avait pas d'issue ; à présent, chaque charrette montée de Jaffa est une pièce de plus dans nos machines. Les charpentiers venus par mer commandent le chantier, et l'on assemble déjà.