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Trois jours de jeûne, pieds nus autour des murs : un prêtre raconte la procession

Le 8 juillet, tout l'ost a marché nu-pieds autour de Jérusalem, croix et reliques en tête, sous les huées des défenseurs. Un prêtre pénitent qui a pris part à la marche revient sur ces trois jours de jeûne et sur la prédication du mont des Oliviers.

Renaud de Clari, à la suite de l'ost, devant Jérusalem 9 juillet 1099 7 min de lecture

Depuis trois jours, l'ost jeûne. Hier, sur l'ordre des évêques et des prêtres, tous ont marché pieds nus autour des murs de la Ville sainte, croix et reliques portées en tête, tandis que du haut des remparts les assiégés raillaient et crachaient sur les images saintes. La marche s'est achevée au mont des Oliviers, où plusieurs prédicateurs ont pris la parole devant l'armée assemblée. Nous avons recueilli le témoignage d'un prêtre pénitent qui a pris part à la procession du premier au dernier pas.

Grand entretien

Un prêtre pénitent de la procession du 8 juillet (témoignage composite)

Personnage composite reconstitué à partir de plusieurs récits de clercs ayant pris part à la procession du 8 juillet 1099 ; ses propos ne sont d'aucun individu authentifié. La vision qu'il rapporte — reçue, selon les récits, par le prêtre Pierre Didier (Pierre Desiderius) — est présentée ici comme une croyance colportée dans le camp, non comme un fait établi. Ce témoignage s'en tient à ce qui pouvait être su les 8 et 9 juillet et ne préjuge en rien de l'issue de l'assaut à venir.

Mon père, depuis combien de temps l'armée jeûne-t-elle ?

Voici le troisième jour. Les évêques et les prêtres l'ont ordonné à tout le camp, chevaliers et gens de pied, sans distinction. Peu de pain, peu d'eau, et cette eau même se fait rare et mauvaise autour de la ville. Beaucoup souffrent déjà de la soif depuis des semaines ; le jeûne s'ajoute à une faim et une soif qui ne nous avaient pas attendus pour commencer.

Pourquoi ce jeûne précisément maintenant ?

Parce que les prêtres nous ont dit qu'il fallait nous purifier avant d'aller plus loin. On ne prend pas la Ville sainte le cœur chargé de péchés. Nous sommes ici depuis cinq semaines, les machines avancent, mais avant de nous en remettre au fer, il fallait nous en remettre à Dieu.

Racontez-moi la procession d'hier. Comment s'est-elle organisée ?

Tout le camp s'est rassemblé au matin, les seigneurs comme les plus pauvres. On nous a fait ôter nos chaussures. J'ai marché pieds nus sur ces pierres, et beaucoup autour de moi aussi, jusqu'au sang pour certains. En tête allaient les croix et les reliques que l'armée porte depuis Antioche, portées par les prêtres et les évêques en chasuble. Derrière, les seigneurs, puis tout le peuple de l'ost, en un seul cortège autour des murailles.

Le cortège a-t-il fait tout le tour de la ville ?

Oui, tout le tour, sans nous éloigner des murs plus qu'il ne fallait pour rester hors de portée des traits. Cela a pris de longues heures, sous un soleil qui ne nous a pas épargnés. Des chants s'élevaient par endroits, des psaumes, des litanies. On voyait bien que chacun portait sa fatigue et sa faim, mais nul ne s'est arrêté.

On raconte que les assiégés se sont moqués de vous depuis les remparts.

Il faut le dire, oui, et cela m'a plus meurtri que la faim. Du haut des murs, les gens de la garnison nous huaient, certains ont dressé des croix sur les créneaux pour les frapper et les souiller sous nos yeux, en dérision de nos reliques. D'autres criaient des injures que je ne répéterai pas. C'était une épreuve de plus, ajoutée au jeûne.

Comment l'armée a-t-elle reçu ces moqueries ?

Avec colère chez plusieurs, avec un redoublement de prière chez d'autres. Moi, j'ai choisi de prier plus fort encore, et je crois que beaucoup autour de moi ont fait de même. Ces outrages contre les images saintes ne pouvaient que nous confirmer dans notre dessein.

La procession s'est achevée au mont des Oliviers. Que s'y est-il passé ?

Toute l'armée s'y est rassemblée, et plusieurs hommes d'Église ont prêché devant nous, l'ermite Pierre parmi eux, ainsi que d'autres prédicateurs. Ils nous ont exhortés à la concorde entre nous, car il y a eu des dissensions ces derniers temps entre les seigneurs, et à la charité envers les pauvres de l'ost. Ils nous ont rappelé pourquoi nous sommes venus de si loin.

On dit qu'un prêtre de l'ost aurait eu une vision. Qu'en savez-vous ?

C'est ce qu'on rapporte dans le camp, et je vous le redis tel qu'on me l'a redit à moi-même, sans l'avoir vu de mes yeux. On raconte que l'évêque Adhémar, celui du Puy qui nous a guidés jusqu'à sa mort à Antioche, serait apparu à l'un des nôtres, le prêtre Pierre Didier, lui ordonnant ce jeûne et cette procession, et promettant qu'après neuf jours la ville nous serait livrée. Je ne peux témoigner que cela est vrai. Je dis seulement que cela se dit, et que beaucoup dans l'ost veulent y croire.

Vous-même, y croyez-vous ?

Je veux y croire, mon fils, de tout mon cœur. Après tant de peines, tant des nôtres morts de faim, de soif ou de fer depuis Nicée, on a besoin d'un signe. Mais je ne suis pas de ceux qui l'ont vu ni entendu, et je me garderai de le tenir pour certain devant vous. Ce que je sais, c'est que nous avons jeûné et marché comme on nous l'a demandé.

Le clergé partage-t-il tous le même récit de cette vision ?

Je ne saurais dire que tous s'accordent sur les mêmes mots. Chacun la redit un peu à sa façon, l'un parle de neuf jours, l'autre insiste surtout sur l'ordre de faire la paix entre les seigneurs. Ce qui revient partout, c'est l'appel au jeûne, à la procession, et à la concorde. Le reste, je le laisse à de plus savants que moi.

Qu'attendez-vous, maintenant que la procession est achevée ?

Je prie pour que le Seigneur regarde notre pénitence avec faveur. Je ne sais pas quand viendra l'assaut, ni comment il se passera. Je sais que les machines de siège avancent, que les seigneurs s'y emploient jour et nuit. J'espère que Dieu nous donnera la ville, mais je n'oserais dire que cela est acquis. Nous avons fait ce qui était en notre pouvoir, le jeûne, la marche, la prière. Le reste ne nous appartient pas.

Un dernier mot pour ceux qui liront ce témoignage ?

Qu'ils sachent que cette armée a souffert la faim et la soif jusque dans sa dévotion même, et qu'elle n'a pas cessé de croire, malgré les moqueries reçues des murs. Je ne dirai rien de plus sur ce qui nous attend. Priez pour nous, comme nous avons prié hier autour de ces murailles.

Le contexte

L'armée franque assiège Jérusalem depuis son arrivée devant la ville le 7 juin 1099.

L'évêque Adhémar de Monteil, légat du pape Urbain II et figure d'unité du concile ecclésiastique de l'expédition, est mort à Antioche en août 1098.

Des tensions entre grands seigneurs de l'ost (notamment autour du commandement) ont marqué les semaines précédentes.

L'eau manque autour de Jérusalem : puits comblés ou empoisonnés, arbres alentour abattus pour priver l'armée d'ombre et de matériaux.

État des informations

Ce témoignage est recueilli auprès d'un personnage composite représentatif des clercs ayant pris part à la procession ; ses propos ne sont d'aucun individu authentifié. La vision qu'il rapporte est une croyance circulant dans le camp au moment de la rédaction, non un fait vérifié, et l'entretien s'en tient à ce qui pouvait être su les 8 et 9 juillet, sans préjuger de la suite.

Ce que l’on sait

  • Le 8 juillet 1099, l'ensemble de l'armée franque a jeûné et processionné pieds nus autour des murailles de Jérusalem, croix et reliques en tête, avant de se rassembler au mont des Oliviers pour une prédication.
  • Des défenseurs de la ville ont, depuis les remparts, moqué et outragé les processionnaires, dressant notamment des croix pour les frapper en dérision.

Ce que l’on ignore

  • L'existence, la date exacte et le contenu précis d'une vision (attribuée au prêtre Pierre Didier) mentionnant Adhémar du Puy ne sont pas vérifiables à cette date.
  • La date et les modalités d'un éventuel assaut ne sont pas connues.

Sources historiques utilisées

secondary

Siège de Jérusalem (1099)

Wikipédia (contributeurs) · 1099

Article consulté pour la chronologie du siège, la procession du 8 juillet 1099 et la prédication au mont des Oliviers.

secondary

Siege of Jerusalem (1099)

Wikipedia contributors · 1099

Version anglaise consultée en recoupement pour les détails de la procession pieds nus et le récit de la vision attribuée au prêtre Pierre Didier (Pierre Desiderius).

secondary

The Capture of Jerusalem, 1099 CE

World History Encyclopedia · 1099

Consulté pour le contexte du siège et l'état moral et matériel de l'armée avant l'assaut.

editorial-reconstruction

Note de reconstitution éditoriale — entretien du prêtre pénitent

Rédaction — Aujourd'hui · 1099

Entretien avec un personnage composite, construit à partir des récits croisés de la procession du 8 juillet 1099 ; imite un témoignage recueilli à chaud par un correspondant embarqué avec l'ost.

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