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L'eau, le bois, le temps

Treize jours après l'arrivée devant Jérusalem, trois manques commandent tout ce que fait l'ost : l'eau qui manque, le bois qu'il faut faire venir de la mer, et le temps qu'une armée d'Égypte pourrait nous compter.

Renaud de Clari, à la suite de l'ost, devant Jérusalem 20 juin 1099 5 min de lecture

Treize jours que l'ost campe devant la Ville sainte, et chacun au camp mesure désormais ce qui commande tout le reste. Ce ne sont pas les murailles, hautes et bien gardées, qui pèsent le plus sur les esprits : c'est ce qui manque autour d'elles. L'eau, le bois, et le temps qu'il nous reste avant qu'une armée ne vienne d'Égypte.

Trois manques, trois soucis qui occupent les barons à chaque conseil, et qu'il faut dire clairement à ceux qui liront ces lignes loin du camp.

L'eau

Avant notre venue, la garnison a fait combler ou souiller les puits des environs. La fontaine de Siloé, au pied du mont Sion, ne suffit pas et se tarit sous le nombre. Il faut donc mener chevaux et bêtes de somme à plusieurs milles du camp pour les abreuver, en convois, sous un soleil qui, à cette saison, ne laisse guère de répit passé le milieu du jour. Les bêtes en pâtissent autant que les hommes.

Ces convois ne vont pas sans risque : la garnison connaît les points d'eau restés bons et guette les allées et venues. Plus d'un groupe parti à l'eau est revenu en hâte, poursuivi ou harcelé. Chercher à boire est devenu, ici, une expédition.

Le bois

La contrée a été dépouillée de ses arbres, coupés sur ordre des défenseurs bien avant notre arrivée, à des lieues à la ronde. Il n'y a rien à abattre sur place pour dresser une tour, un bélier, ou seulement des échelles en nombre. Sans le débarquement de navires génois et anglais à Jaffa, dont ces colonnes ont rendu compte, l'ost n'aurait aujourd'hui ni madriers ni charpentiers.

Le bois qui monte maintenant vers le camp vient donc de la mer, par charrettes, depuis un port tenu à bonne distance. Chaque planche portée jusqu'ici représente une charge de route en plus, et le chantier des machines ne va pas aussi vite que le voudraient les plus impatients.

Le temps

Reste la question qui revient à chaque conseil des barons : le maître du Caire laissera-t-il tomber sa ville sans envoyer d'armée à son secours ? Nul, au camp, ne sait répondre avec certitude, ni sur l'existence d'une telle armée, ni sur sa route, ni sur le jour où elle pourrait paraître.

C'est cette incertitude, plus que la muraille elle-même, qui presse les capitaines d'achever les machines au plus tôt. On préfère ici risquer un assaut mal préparé que d'attendre une aide qui, pour la ville assiégée, pourrait venir avant la nôtre.

Le contexte

L'ost est arrivé devant Jérusalem le 7 juin 1099 ; un premier assaut, le 13 juin, a échoué faute de machines.

Des navires génois et anglais ont touché Jaffa le 17 juin, apportant bois, cordages et charpentiers.

Les défenseurs avaient comblé ou souillé les puits et fait couper les arbres avant l'arrivée des Francs.

État des informations

Les effectifs de l'ost et le nombre exact des machines de jet tenues par la garnison ne sont donnés qu'en ordre de grandeur ; cette édition s'en tient à ce qui est connaissable au 20 juin 1099.

Ce que l’on sait

  • Les puits et sources autour de Jérusalem ont été comblés ou souillés par la garnison avant le siège ; l'eau doit être cherchée loin du camp, sous une forte chaleur, avec le risque d'être surpris par des sorties de la garnison.
  • La région a été déboisée par les défenseurs avant l'arrivée des croisés : le bois de charpente pour les machines ne peut venir que par mer, via le port de Jaffa.
  • La garnison fatimide dispose d'un nombre notable de machines de jet (de l'ordre d'une quinzaine, selon les estimations) postées sur les remparts.

Ce que l’on ignore

  • Combien de temps l'ost peut tenir un siège prolongé faute d'eau et de vivres suffisants.
  • Si une armée de secours a bien été envoyée d'Égypte, par quelle route, et à quelle date elle pourrait atteindre Jérusalem.

Sources historiques utilisées

secondary

Siège de Jérusalem (1099)

Wikipédia · 2024

Puits comblés et souillés, arbres coupés par la garnison avant le siège, arrivée des navires à Jaffa le 17 juin, chaleur et pénurie d'eau, machines de jet des défenseurs.

secondary

Siege of Jerusalem (1099)

Wikipedia · 2024

Conditions matérielles du siège : manque de bois et d'eau, ravitaillement par Jaffa, crainte d'une armée de secours fatimide venue d'Égypte.

secondary

The Capture of Jerusalem, 1099 CE

World History Encyclopedia · 2018

Contexte matériel du siège : pénurie d'eau et de bois, menace d'une armée fatimide envoyée par al-Afdal.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Aujourd'hier

La rédaction d'Aujourd'hier · 1099

Les formulations à chaud imitent le regard d'un chroniqueur suivant l'ost en juin 1099 ; les faits matériels rapportés sont établis, la voix d'époque n'engage que le ton.

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