L'eau, le bois, le temps
Treize jours après l'arrivée devant Jérusalem, trois manques commandent tout ce que fait l'ost : l'eau qui manque, le bois qu'il faut faire venir de la mer, et le temps qu'une armée d'Égypte pourrait nous compter.
Treize jours que l'ost campe devant la Ville sainte, et chacun au camp mesure désormais ce qui commande tout le reste. Ce ne sont pas les murailles, hautes et bien gardées, qui pèsent le plus sur les esprits : c'est ce qui manque autour d'elles. L'eau, le bois, et le temps qu'il nous reste avant qu'une armée ne vienne d'Égypte.
Trois manques, trois soucis qui occupent les barons à chaque conseil, et qu'il faut dire clairement à ceux qui liront ces lignes loin du camp.
L'eau
Avant notre venue, la garnison a fait combler ou souiller les puits des environs. La fontaine de Siloé, au pied du mont Sion, ne suffit pas et se tarit sous le nombre. Il faut donc mener chevaux et bêtes de somme à plusieurs milles du camp pour les abreuver, en convois, sous un soleil qui, à cette saison, ne laisse guère de répit passé le milieu du jour. Les bêtes en pâtissent autant que les hommes.
Ces convois ne vont pas sans risque : la garnison connaît les points d'eau restés bons et guette les allées et venues. Plus d'un groupe parti à l'eau est revenu en hâte, poursuivi ou harcelé. Chercher à boire est devenu, ici, une expédition.
Le bois
La contrée a été dépouillée de ses arbres, coupés sur ordre des défenseurs bien avant notre arrivée, à des lieues à la ronde. Il n'y a rien à abattre sur place pour dresser une tour, un bélier, ou seulement des échelles en nombre. Sans le débarquement de navires génois et anglais à Jaffa, dont ces colonnes ont rendu compte, l'ost n'aurait aujourd'hui ni madriers ni charpentiers.
Le bois qui monte maintenant vers le camp vient donc de la mer, par charrettes, depuis un port tenu à bonne distance. Chaque planche portée jusqu'ici représente une charge de route en plus, et le chantier des machines ne va pas aussi vite que le voudraient les plus impatients.
Le temps
Reste la question qui revient à chaque conseil des barons : le maître du Caire laissera-t-il tomber sa ville sans envoyer d'armée à son secours ? Nul, au camp, ne sait répondre avec certitude, ni sur l'existence d'une telle armée, ni sur sa route, ni sur le jour où elle pourrait paraître.
C'est cette incertitude, plus que la muraille elle-même, qui presse les capitaines d'achever les machines au plus tôt. On préfère ici risquer un assaut mal préparé que d'attendre une aide qui, pour la ville assiégée, pourrait venir avant la nôtre.