Le roi défait l'armée de la Ligue en la plaine d'Ivry
Le 14 de ce mois, en la plaine de Saint-André, près d'Ivry en Normandie, le roi de Navarre a rompu l'armée du duc de Mayenne. Cavalerie et gens de pied de la Ligue mis en déroute ; Mayenne, Nemours et Aumale ont fui le champ. Quatre jours ont passé avant que la nouvelle nous parvînt.
Il faut le dire tout net : le mercredi 14 de ce mois de mars, l'armée que commande le duc de Mayenne, lieutenant général de l'État royal et couronne de France pour la Ligue, a été défaite en bataille rangée par les forces du roi de Navarre. La chose s'est faite en Normandie, dans la plaine de Saint-André, non loin du bourg d'Ivry. Les premiers courriers venus de ce côté nous en apportent le récit, que nous rapportons ici pour ce qu'il vaut, tant les nouvelles d'une journée si confuse demandent encore d'être recoupées.
On tient pour assuré que les deux armées se faisaient face depuis quelques jours, le roi tenant à forcer une décision et Mayenne cherchant à couvrir la route de Paris. Au matin, l'artillerie du roi aurait ouvert le feu la première, puis les gens de cheval se sont chargés. On dit que la cavalerie de la Ligue, où figuraient des reîtres et des lances soutenus par des secours d'Espagne, poussa d'abord les escadrons royaux et parut un moment près de l'emporter.
Mais le roi, dit-on, chargea en personne à la tête de sa réserve, et les renforts qu'amenaient le duc de Montpensier et le maréchal de Biron rétablirent la journée. Passé ce choc, l'armée de la Ligue rompit. La cavalerie se débanda la première, entraînant dans sa fuite les gens de pied, qui furent taillés et poursuivis sur une longue traite. Les lansquenets et les Suisses au service de la Ligue auraient mis bas les armes.
Les courriers s'accordent à dire que les chefs de la Ligue ont quitté le champ : le duc de Mayenne lui-même, le duc de Nemours, gouverneur de Paris, et le duc d'Aumale se seraient retirés en hâte, gagnant la Seine pour repasser vers Mantes et la capitale. C'est là un désastre pour le parti de la Ligue, qui avait mis en cette armée l'espérance de tenir la campagne contre le roi.
Sur les pertes, nous demeurons dans l'incertitude. On parle, du côté de la Ligue, de plusieurs milliers d'hommes tués ou pris, l'infanterie ayant beaucoup souffert dans la poursuite ; du côté du roi, la perte serait de quelques centaines. Ce ne sont là qu'estimations de première heure. Quant aux effectifs, on avançait, avant la journée, que le roi menait environ dix mille hommes et Mayenne quelque douze à treize mille : ordres de grandeur, non chiffres arrêtés.
On rapporte aussi que le roi portait un panache blanc au sommet de son casque, et l'on veut qu'avant de charger il ait exhorté ses gens à le suivre, leur montrant ce panache pour ralliement s'ils venaient à le perdre de vue. Nous donnons la chose pour ce qu'elle est : un récit qui court déjà de bouche en bouche parmi ceux qui reviennent du champ, non une parole que nous puissions garantir mot pour mot.
Reste à savoir ce qui s'ensuivra. Une bataille gagnée n'est pas une guerre finie. La Ligue tient toujours Paris et nombre de villes ; l'Espagne ne l'a pas abandonnée ; et l'on ignore encore ce que le roi entend faire de sa victoire — marcher sur la capitale, courir sus aux débris de l'armée de Mayenne, ou ménager quelque accord. De tout cela, à l'heure où nous écrivons, personne à Paris ne sait rien de certain.