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Le roi défait l'armée de la Ligue en la plaine d'Ivry

Le 14 de ce mois, en la plaine de Saint-André, près d'Ivry en Normandie, le roi de Navarre a rompu l'armée du duc de Mayenne. Cavalerie et gens de pied de la Ligue mis en déroute ; Mayenne, Nemours et Aumale ont fui le champ. Quatre jours ont passé avant que la nouvelle nous parvînt.

La rédaction 18 mars 1590 6 min de lecture
Estampe du XVIe siècle représentant la bataille d'Ivry : cavalerie et gens de pied engagés en rase campagne, ville fortifiée à l'arrière-plan.
Frans Hogenberg (attr.), « Bataille d'Ivry » (1590), estampe — Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie — domaine public (Wikimedia Commons).

Il faut le dire tout net : le mercredi 14 de ce mois de mars, l'armée que commande le duc de Mayenne, lieutenant général de l'État royal et couronne de France pour la Ligue, a été défaite en bataille rangée par les forces du roi de Navarre. La chose s'est faite en Normandie, dans la plaine de Saint-André, non loin du bourg d'Ivry. Les premiers courriers venus de ce côté nous en apportent le récit, que nous rapportons ici pour ce qu'il vaut, tant les nouvelles d'une journée si confuse demandent encore d'être recoupées.

On tient pour assuré que les deux armées se faisaient face depuis quelques jours, le roi tenant à forcer une décision et Mayenne cherchant à couvrir la route de Paris. Au matin, l'artillerie du roi aurait ouvert le feu la première, puis les gens de cheval se sont chargés. On dit que la cavalerie de la Ligue, où figuraient des reîtres et des lances soutenus par des secours d'Espagne, poussa d'abord les escadrons royaux et parut un moment près de l'emporter.

Mais le roi, dit-on, chargea en personne à la tête de sa réserve, et les renforts qu'amenaient le duc de Montpensier et le maréchal de Biron rétablirent la journée. Passé ce choc, l'armée de la Ligue rompit. La cavalerie se débanda la première, entraînant dans sa fuite les gens de pied, qui furent taillés et poursuivis sur une longue traite. Les lansquenets et les Suisses au service de la Ligue auraient mis bas les armes.

Les courriers s'accordent à dire que les chefs de la Ligue ont quitté le champ : le duc de Mayenne lui-même, le duc de Nemours, gouverneur de Paris, et le duc d'Aumale se seraient retirés en hâte, gagnant la Seine pour repasser vers Mantes et la capitale. C'est là un désastre pour le parti de la Ligue, qui avait mis en cette armée l'espérance de tenir la campagne contre le roi.

Sur les pertes, nous demeurons dans l'incertitude. On parle, du côté de la Ligue, de plusieurs milliers d'hommes tués ou pris, l'infanterie ayant beaucoup souffert dans la poursuite ; du côté du roi, la perte serait de quelques centaines. Ce ne sont là qu'estimations de première heure. Quant aux effectifs, on avançait, avant la journée, que le roi menait environ dix mille hommes et Mayenne quelque douze à treize mille : ordres de grandeur, non chiffres arrêtés.

On rapporte aussi que le roi portait un panache blanc au sommet de son casque, et l'on veut qu'avant de charger il ait exhorté ses gens à le suivre, leur montrant ce panache pour ralliement s'ils venaient à le perdre de vue. Nous donnons la chose pour ce qu'elle est : un récit qui court déjà de bouche en bouche parmi ceux qui reviennent du champ, non une parole que nous puissions garantir mot pour mot.

Reste à savoir ce qui s'ensuivra. Une bataille gagnée n'est pas une guerre finie. La Ligue tient toujours Paris et nombre de villes ; l'Espagne ne l'a pas abandonnée ; et l'on ignore encore ce que le roi entend faire de sa victoire — marcher sur la capitale, courir sus aux débris de l'armée de Mayenne, ou ménager quelque accord. De tout cela, à l'heure où nous écrivons, personne à Paris ne sait rien de certain.

Le contexte

Depuis la mort du roi Henri III (1589), le roi de Navarre est l'héritier de la couronne par la loi salique, mais la Ligue lui dispute le trône au nom de la foi catholique et lui tient close la ville de Paris.

L'automne passé, le roi avait déjà tenu tête à Mayenne devant Arques, près de Dieppe. La campagne de cet hiver l'a ramené vers la vallée de la Seine et la Normandie.

Le duc de Mayenne, frère cadet des Guise tués à Blois en 1588, commande les armes de la Ligue et s'appuie sur les subsides et les gens de guerre du roi d'Espagne.

État des informations

À la date où nous écrivons, quatre jours après la journée, la victoire d'Ivry et la déroute de la Ligue sont établies par des courriers concordants. Les chiffres de pertes sont donnés en ordres de grandeur. Nous ne préjugeons ni des suites militaires ni du sort de Paris : la guerre de la Ligue n'est pas tranchée.

Ce que l’on sait

  • Le 14 mars 1590, une bataille rangée a eu lieu dans la plaine de Saint-André, près d'Ivry (Normandie), entre l'armée du roi de Navarre et celle de la Ligue commandée par Mayenne.
  • L'armée de la Ligue a été mise en déroute : sa cavalerie s'est débandée, son infanterie a été poursuivie et taillée.
  • Les chefs ligueurs — Mayenne, Nemours et Aumale — ont quitté le champ et se sont retirés vers la Seine.

Ce que l’on ignore

  • Le compte exact des morts, blessés et prisonniers des deux camps : on n'a que des estimations de première heure.
  • La portée politique de la victoire : la Ligue est-elle brisée, ou seulement affaiblie pour un temps ?
  • Ce que le roi fera de son avantage — marche sur Paris, poursuite de Mayenne, ou tractation.
  • Si Paris, tenue par la Ligue et secourue par l'Espagne, se rendra ou tiendra bon.

Sources historiques utilisées

secondary

Bataille d'Ivry — Wikipédia

Date, lieu (plaine de Saint-André près d'Ivry), effectifs (royaux ~10 000, Ligue ~12 000-13 000), déroulement (feu d'artillerie, choc de cavalerie, renforts Montpensier/Biron), déroute et fuite des chefs.

editorial-reconstruction

Reconstitution journalistique

Récit écrit comme si la rédaction recueillait, quatre jours après la bataille, les courriers venus de Normandie, sans rien préjuger de la suite ; pertes données en ordres de grandeur, harangue au panache blanc signalée comme tradition.

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