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La charge du roi et la déroute ligueuse

Dans la plaine de Saint-André, près d'Ivry, les deux armées se sont rangées face à face au matin du 14 mars. Une charge de cavalerie a emporté la décision et jeté l'armée du lieutenant général sur les routes.

La rédaction 18 mars 1590 6 min de lecture

Nous rapportons ici, d'après les récits de ceux qui s'y sont trouvés, le déroulé de la journée d'Ivry, ce 14 mars. Les nouvelles nous parviennent encore mêlées, chaque cavalier revenu du champ y ajoutant sa part ; mais l'essentiel s'accorde, et il tient en peu de mots : les deux armées se sont cherchées dans la plaine de Saint-André, elles s'y sont heurtées de front, et l'armée du lieutenant général de la Ligue en est sortie rompue.

La rencontre s'est faite en rase campagne, entre Nonancourt et Ivry, sur un terrain découvert où la cavalerie pouvait manœuvrer. C'est là, et non derrière des murailles, que la querelle du royaume s'est réglée pour un jour.

Les deux armées face à face

Au matin, les deux ordres de bataille se sont déployés à portée de vue l'un de l'autre. Du côté du roi, on comptait quelque dix mille hommes : la cavalerie rangée en plusieurs escadrons, avec des enfants perdus jetés en avant, l'infanterie française et les régiments suisses au centre, quelques compagnies de reîtres, et une petite artillerie de quatre canons et deux couleuvrines conduite par le grand maître La Guiche.

En face, l'armée du duc de Mayenne se montrait plus nombreuse, forte de douze à treize mille combattants, grossie du secours étranger. On y voyait la grosse cavalerie, les escadrons des ducs de Nemours et d'Aumale, des lansquenets allemands à la solde de la Ligue, l'infanterie française et le renfort de cavaliers venus des Pays-Bas espagnols. C'était, sur le papier, la plus forte des deux troupes.

Le roi de Navarre s'est tenu à cheval au milieu des siens, à la tête d'un escadron de gentilshommes. On rapporte qu'il portait, selon son habitude, un grand panache blanc au casque, marque qui le désignait de loin aux amis comme aux ennemis. On dit aussi qu'il harangua ses cavaliers avant de charger, leur montrant ce panache comme point de ralliement ; ces paroles nous viennent surtout par la plume d'Agrippa d'Aubigné, qui sert le roi, et nous les donnons comme un récit qui court, non comme une parole recueillie mot pour mot.

La charge

L'affaire s'est ouverte par le tir des canons. Puis la grosse cavalerie de la Ligue s'est ébranlée la première et a chargé rudement : elle a culbuté les premiers escadrons légers du roi et emporté un moment le dessus, jusqu'à s'en aller sur les pièces d'artillerie. Un instant, la journée parut tourner mal pour les royaux.

C'est alors que les escadrons de tête du roi, ceux de Montpensier et du maréchal de Biron, ont contre-chargé et rétabli la ligne. Le roi lui-même, dit-on, mena l'escadron des princes et gentilshommes droit dans la mêlée, sans se ménager. On le crut plusieurs fois abattu ou pris ; il reparut chaque fois, ralliant les cavaliers autour de lui.

Le choc fut confus, cavalier contre cavalier, sans qu'on pût longtemps distinguer qui l'emportait. Les arquebusiers ligueurs et les lansquenets, restés en arrière, n'ont pu soutenir efficacement leur cavalerie une fois celle-ci ébranlée. Peu à peu, la poussée des escadrons du roi a pris le dessus, et la grosse cavalerie de la Ligue a commencé à plier.

La déroute

Quand la cavalerie ligueuse a rompu, elle a entraîné le reste. Le duc de Mayenne, les ducs de Nemours et d'Aumale ont quitté le champ, abandonnant à pied leur infanterie. On rapporte que le lieutenant général a gagné les ponts en hâte pour se mettre à couvert.

L'infanterie laissée seule a été taillée en pièces. Les lansquenets allemands, dit-on, ont été chargés sans quartier, les royaux leur reprochant leur conduite passée. Les régiments suisses, en revanche, se seraient tenus en ordre et auraient obtenu la vie sauve. Beaucoup d'hommes de pied ont été tués sur place ou faits prisonniers en grand nombre.

Les royaux disent avoir pris cinq canons, quantité de drapeaux et l'étendard des ennemis. Sur les pertes, on ne peut encore donner que des ordres de grandeur : quelques centaines de tués du côté du roi, plusieurs milliers de morts et de prisonniers du côté de la Ligue. Le compte exact, le sort réservé aux captifs et la suite que le roi voudra donner à ce succès ne sont pas encore connus.

Le contexte

Depuis la mort du roi Henri III (1589), Henri de Navarre revendique la couronne par la loi salique, mais la Ligue lui refuse Paris et une bonne part du royaume.

Le duc de Mayenne, frère cadet des Guise tués à Blois, commande les armées de la Ligue et s'appuie sur le secours de l'Espagne.

Le roi l'avait déjà emporté à Arques, près de Dieppe, à l'automne dernier ; c'est la seconde grande rencontre en rase campagne entre les deux partis.

État des informations

Nous nous en tenons à ce que rapportent les cavaliers revenus du champ, quatre jours après les faits. Les chiffres sont des ordres de grandeur, les paroles du roi une tradition rapportée, et rien n'est ici présumé de la suite de la guerre.

Ce que l’on sait

  • Les deux armées se sont livré bataille le 14 mars dans la plaine de Saint-André, près d'Ivry.
  • Une charge de cavalerie a emporté la décision ; l'armée de la Ligue a été rompue et mise en fuite.
  • Le duc de Mayenne et les principaux chefs ligueurs ont quitté le champ ; l'infanterie abandonnée a subi de lourdes pertes.

Ce que l’on ignore

  • Le bilan exact des tués, blessés et prisonniers des deux camps.
  • Le sort qui sera réservé aux prisonniers et aux troupes étrangères capturées.
  • La suite militaire de cette victoire, et ce que le roi entreprendra ensuite.

Sources historiques utilisées

secondary

Bataille d'Ivry — Wikipédia

Déploiement des deux armées, composition (reîtres, arquebusiers, lansquenets, cavalerie), déroulé de la charge, rôle du roi, déroute de Mayenne, ordres de grandeur des effectifs et pertes.

primary

Agrippa d'Aubigné, Histoire universelle

Mémorialiste partisan du roi ; source de la harangue d'Ivry et du panache blanc, donnée ici comme tradition/mémoire et non comme parole authentifiée.

editorial-reconstruction

Reconstitution journalistique

Récit composé comme si la rédaction recueillait, quatre jours après la bataille, les témoignages des cavaliers revenus du champ ; chiffres donnés en ordres de grandeur, harangue au panache blanc signalée comme tradition, aucune anticipation de la suite.

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