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Charles de Mayenne, le lieutenant général vaincu

Battu à Ivry, le chef militaire de la Ligue a laissé son armée sur le champ. Mais Charles de Lorraine, duc de Mayenne, garde ses titres, ses villes et l'appui de l'Espagne. Portrait d'un homme que la défaite n'a pas dépouillé.

La rédaction 24 mars 1590 6 min de lecture
Portrait en buste de Charles de Lorraine, duc de Mayenne, peint au XVIe siècle.
Portrait de Charles de Lorraine, duc de Mayenne (XVIe siècle, artiste anonyme), Château-musée Henri IV, Nérac — domaine public (Wikimedia Commons).

On l'a vu, le 14 mars, dans la plaine près d'Ivry, entouré de ses reîtres et de la cavalerie que le roi d'Espagne lui a prêtée. On l'a vu, quelques heures plus tard, tourner bride et fuir vers le nord, laissant derrière lui des milliers d'hommes tués, blessés ou faits prisonniers. Charles de Lorraine, duc de Mayenne, lieutenant général de l'État royal et couronne de France, a perdu une bataille qu'il ne pouvait guère se permettre de perdre.

La nouvelle de sa déroute a couru jusque dans Paris, où on l'attendait vainqueur. Mais qui est cet homme sur qui repose, depuis la mort des Guise, tout le parti catholique ? Et que peut-il encore, maintenant que le roi de Navarre a défait son armée en rase campagne pour la seconde fois en six mois ?

L'héritier des Guise

Charles de Lorraine va sur ses trente-six ans, deuxième fils de François de Guise, ce capitaine que la France avait acclamé après la reprise de Calais. Il fut d'abord un cadet de grande maison, gouverneur de Bourgogne, amiral de France, un de ces seigneurs lorrains qui servaient la Couronne les armes à la main. On l'avait vu guerroyer contre les réformés du temps du feu roi Henri III, aux sièges et dans les campagnes du Midi.

Rien ne le désignait à conduire un parti : ce rôle revenait à son frère aîné, Henri de Guise, le Balafré, l'idole de Paris. Tout a basculé à Blois, à la Noël 1588, quand le roi Henri III fit tuer dans son château le duc de Guise puis le cardinal son frère. En un jour, Charles de Mayenne s'est retrouvé seul survivant des trois frères à pouvoir prendre la tête de la maison et de la Ligue.

Il ne l'a pas refusé. Accouru de Bourgogne, il a reçu de la Ligue et de la Sorbonne un titre que nul avant lui n'avait porté : lieutenant général de l'État royal et couronne de France. La Ligue a son roi, le vieux cardinal Charles de Bourbon, qu'elle proclame Charles X et que le Parlement de Paris vient encore de reconnaître ce mois-ci ; mais ce roi est prisonnier du parti royal, et c'est en son nom que Mayenne exerce le pouvoir, contre le prince que la loi salique désigne pourtant comme héritier.

Le chef de la Ligue

Depuis, c'est lui qui tient les fils. Il commande les armées de la Ligue, nomme aux gouvernements, tranche entre les villes catholiques qui l'appellent leur chef. Paris, Rouen, la Bourgogne, une bonne moitié des grandes cités du royaume tiennent pour lui. Le légat du pape, Enrico Caetani, réside dans la capitale et bénit sa cause. Surtout, il a derrière lui l'or et les soldats de Philippe II d'Espagne : ce sont deux mille chevaux venus des Pays-Bas qui chargeaient à ses côtés à Ivry.

Cet appui a un prix. On murmure que le roi d'Espagne ne prête pas ses reîtres pour rien, et que son secours l'autorisera demain à peser sur le choix d'un roi si le vieux cardinal de Bourbon venait à manquer. Mayenne se trouve ainsi placé entre le parti dévot des Seize, qui à Paris veut une Ligue pure et dure, et un protecteur étranger dont les vues ne s'arrêtent pas aux frontières du royaume.

On lui reproche, dans son propre camp, sa lenteur et sa prudence. À Arques déjà, l'automne dernier, il n'avait pu forcer le roi de Navarre retranché. À Ivry, il avait pourtant l'avantage du nombre — douze à treize mille hommes, dit-on, contre une armée royale plus courte — et il a perdu. Les langues, chez les Seize, disent tout haut qu'un vrai Guise eût mieux fait.

Après Ivry, que peut-il ?

Une déroute n'est pas une abdication. Mayenne a fui, mais il n'est pas pris ; son armée est défaite, mais lui reste le lieutenant général et le chef reconnu de la Ligue. Ce qu'il a perdu, ce sont des hommes et une bataille rangée. Ce qui lui demeure, ce sont les murs des villes, les caisses de l'Espagne et le temps.

Car le roi de Navarre, vainqueur en pleine campagne, n'a pas de quoi emporter d'assaut une capitale de deux cent mille âmes bien garnie de défenseurs. À Paris, le duc de Nemours organise déjà la garde des portes. Tant que la ville tient, la Ligue tient. Et Mayenne, dit-on, se replie pour rassembler ce qui lui reste et courir chercher du secours du côté des Pays-Bas espagnols, où le duc de Parme commande la meilleure armée d'Europe.

Tout, à cette heure, est de savoir s'il en aura le temps. Le roi va-t-il marcher droit sur Paris et l'investir avant que le lieutenant général ait pu recomposer une force ? Mayenne saura-t-il, une fois encore, faire de sa lenteur une patience, et attendre que l'Espagne le relève ? Nul, au camp du roi comme dans Paris, ne peut aujourd'hui le dire. Le chef de la Ligue est à terre. Il n'est pas hors du jeu.

Le contexte

Charles de Lorraine, duc de Mayenne, dirige la Ligue catholique depuis l'assassinat de ses frères, le duc et le cardinal de Guise, à Blois en décembre 1588.

Nommé lieutenant général de l'État royal et couronne de France, il exerce le pouvoir au nom du cardinal Charles de Bourbon, que la Ligue proclame roi sous le nom de Charles X mais que le parti royal tient prisonnier, contre Henri de Navarre, héritier par la loi salique après la mort d'Henri III (1589).

Le 14 mars 1590, dans la plaine près d'Ivry, son armée — appuyée de cavalerie espagnole — a été défaite par les troupes royales, six mois après un premier échec devant Arques.

État des informations

Ce portrait s'en tient à ce qu'on peut savoir au 24 mars 1590 : un chef battu mais toujours en place, adossé à l'Espagne et aux villes ligueuses. L'issue de la lutte reste entièrement ouverte ; nul ne sait si Mayenne se relèvera ou si la Ligue est finie.

Ce que l’on sait

  • Mayenne, frère cadet des Guise tués à Blois, est le chef militaire reconnu de la Ligue et lieutenant général de l'État royal et couronne de France.
  • Son armée a été battue à Ivry le 14 mars 1590 ; il a fui le champ de bataille sans être capturé.
  • Il conserve l'appui financier et militaire de Philippe II d'Espagne, du légat Caetani et de nombreuses villes catholiques, à commencer par Paris.

Ce que l’on ignore

  • S'il parviendra à recomposer une armée et à se relever de la défaite d'Ivry.
  • Si la Ligue et sa capitale, Paris, tiendront face à la pression du roi.
  • S'il obtiendra à temps le secours de l'armée espagnole des Pays-Bas commandée par le duc de Parme.

Sources historiques utilisées

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Bataille d'Ivry — Wikipédia

Déroulement de la bataille du 14 mars 1590, effectifs ligueurs (12 000-13 400 hommes dont cavalerie espagnole), fuite de Mayenne, Nemours et d'Aumale.

secondary

Charles de Mayenne — Wikipédia

Biographie du duc de Mayenne : naissance (1554), fils de François de Guise, gouverneur de Bourgogne et amiral, prise de tête de la Ligue après Blois, titre de lieutenant général, défaites d'Arques et d'Ivry.

editorial-reconstruction

Reconstitution journalistique

Portrait composé comme si la rédaction suivait l'affaire au jour le jour en mars 1590 ; effectifs et pertes d'Ivry donnés en ordres de grandeur, avenir de Mayenne et de la Ligue laissé entièrement ouvert, sans rien préjuger de la suite.

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