L’Allemagne fond sur le Danemark et la Norvège
Coup de tonnerre au Nord. Hier matin, 9 avril, l’armée allemande a déferlé sur deux États neutres : le Danemark, envahi par terre et par mer, a déposé les armes en quelques heures ; la Norvège est attaquée en plusieurs points à la fois — Oslo, Bergen, Trondheim, Narvik. Après des mois où le front de l’Ouest est demeuré figé, la guerre s’anime soudain aux confins septentrionaux du continent.
Une offensive a éclaté au matin du 9 avril sur le flanc nord de l’Europe. Au même moment, ou presque, l’Allemagne a porté la main sur deux pays jusque-là neutres : le Danemark et la Norvège. Les nouvelles, fragmentaires et parfois contradictoires, parviennent encore par bribes ; mais l’ampleur et la simultanéité du coup ne laissent aucun doute sur le dessein. Nous rapportons ce que l’on peut établir à cette heure, en séparant le certain du présumé.
Le Danemark, petit royaume sans défenses à la mesure d’une telle attaque, a été submergé en une matinée. À l’aube, des colonnes allemandes ont franchi la frontière du Jutland tandis que des navires débarquaient des troupes jusque dans le port de Copenhague. Sommé de céder sous la menace d’un bombardement, le gouvernement danois a, dit-on, ordonné de cesser une résistance jugée vaine. En l’espace de quelques heures, le pays était occupé.
En Norvège, le sort des armes paraît moins promptement scellé. L’assaut s’y est porté sur plusieurs points du littoral à la fois : Oslo, la capitale, mais aussi Bergen, Trondheim et, tout au nord, Narvik, ce port d’où s’expédie le minerai de fer. Partout des bâtiments de guerre allemands ont surgi à l’entrée des fjords et débarqué des hommes. Sur certaines côtes, les batteries norvégiennes ont fait feu ; à l’entrée du fjord d’Oslo, on assure qu’un grand navire allemand aurait été coulé, ce qui aurait retardé l’occupation de la capitale.
C’est à la faveur de ce répit, rapporte-t-on, que le roi de Norvège et son gouvernement auraient quitté Oslo avant l’arrivée des assaillants. À l’heure où nous écrivons, on les dit résolus à ne pas se soumettre et à n’avoir reconnu aucun pouvoir établi sous la contrainte de l’envahisseur. La chose, encore mal assurée, mérite confirmation ; mais elle distinguerait nettement le sort de la Norvège de celui du Danemark.
Pour justifier l’agression, Berlin invoque, selon les dépêches venues d’Allemagne, la nécessité de « devancer » un coup de main franco-britannique sur la Scandinavie et de « protéger » la neutralité des deux royaumes. Nul, ici, ne prend ces motifs pour argent comptant : ce sont les termes de l’occupant, que nous rapportons sans les faire nôtres. Reste le fait brut — deux pays neutres envahis sans déclaration ni avertissement.
On observe avec attention la réaction des Alliés. La flotte britannique croisait déjà ces jours-ci dans les eaux norvégiennes, où elle avait entrepris de mouiller des mines ; des engagements navals s’y seraient produits dès avant l’assaut. Ce que Londres et Paris entreprendront pour secourir la Norvège, et avec quels moyens, demeure pour l’instant hors de notre connaissance.
Il faut enfin souligner que ce déchaînement reste, à cette heure, cantonné au Nord. Sur le front de l’Ouest, où les armées se font face depuis l’automne, rien ne bouge : aucun mouvement d’ampleur n’y est signalé. C’est aux marches septentrionales du continent, et là seulement, que la guerre vient brusquement de sortir de son immobilité. Quant à l’issue de ce qui s’engage en Norvège, nul ne saurait, ce matin, la préjuger.