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L’Allemagne fond sur le Danemark et la Norvège

Coup de tonnerre au Nord. Hier matin, 9 avril, l’armée allemande a déferlé sur deux États neutres : le Danemark, envahi par terre et par mer, a déposé les armes en quelques heures ; la Norvège est attaquée en plusieurs points à la fois — Oslo, Bergen, Trondheim, Narvik. Après des mois où le front de l’Ouest est demeuré figé, la guerre s’anime soudain aux confins septentrionaux du continent.

La rédaction 10 avril 1940, 07h00 6 min de lecture
Des soldats de la Wehrmacht et des autobus réquisitionnés sur la Festningsplassen, au pied de la forteresse d’Akershus à Oslo, le 9 avril 1940, premier jour de l’invasion allemande de la Norvège.
Henriksen & Steen, soldats allemands à la forteresse d’Akershus, Oslo, 9 avril 1940. Bibliothèque nationale de Norvège (Nasjonalbiblioteket) — domaine public, numérisation CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons).

Une offensive a éclaté au matin du 9 avril sur le flanc nord de l’Europe. Au même moment, ou presque, l’Allemagne a porté la main sur deux pays jusque-là neutres : le Danemark et la Norvège. Les nouvelles, fragmentaires et parfois contradictoires, parviennent encore par bribes ; mais l’ampleur et la simultanéité du coup ne laissent aucun doute sur le dessein. Nous rapportons ce que l’on peut établir à cette heure, en séparant le certain du présumé.

Le Danemark, petit royaume sans défenses à la mesure d’une telle attaque, a été submergé en une matinée. À l’aube, des colonnes allemandes ont franchi la frontière du Jutland tandis que des navires débarquaient des troupes jusque dans le port de Copenhague. Sommé de céder sous la menace d’un bombardement, le gouvernement danois a, dit-on, ordonné de cesser une résistance jugée vaine. En l’espace de quelques heures, le pays était occupé.

En Norvège, le sort des armes paraît moins promptement scellé. L’assaut s’y est porté sur plusieurs points du littoral à la fois : Oslo, la capitale, mais aussi Bergen, Trondheim et, tout au nord, Narvik, ce port d’où s’expédie le minerai de fer. Partout des bâtiments de guerre allemands ont surgi à l’entrée des fjords et débarqué des hommes. Sur certaines côtes, les batteries norvégiennes ont fait feu ; à l’entrée du fjord d’Oslo, on assure qu’un grand navire allemand aurait été coulé, ce qui aurait retardé l’occupation de la capitale.

C’est à la faveur de ce répit, rapporte-t-on, que le roi de Norvège et son gouvernement auraient quitté Oslo avant l’arrivée des assaillants. À l’heure où nous écrivons, on les dit résolus à ne pas se soumettre et à n’avoir reconnu aucun pouvoir établi sous la contrainte de l’envahisseur. La chose, encore mal assurée, mérite confirmation ; mais elle distinguerait nettement le sort de la Norvège de celui du Danemark.

Pour justifier l’agression, Berlin invoque, selon les dépêches venues d’Allemagne, la nécessité de « devancer » un coup de main franco-britannique sur la Scandinavie et de « protéger » la neutralité des deux royaumes. Nul, ici, ne prend ces motifs pour argent comptant : ce sont les termes de l’occupant, que nous rapportons sans les faire nôtres. Reste le fait brut — deux pays neutres envahis sans déclaration ni avertissement.

On observe avec attention la réaction des Alliés. La flotte britannique croisait déjà ces jours-ci dans les eaux norvégiennes, où elle avait entrepris de mouiller des mines ; des engagements navals s’y seraient produits dès avant l’assaut. Ce que Londres et Paris entreprendront pour secourir la Norvège, et avec quels moyens, demeure pour l’instant hors de notre connaissance.

Il faut enfin souligner que ce déchaînement reste, à cette heure, cantonné au Nord. Sur le front de l’Ouest, où les armées se font face depuis l’automne, rien ne bouge : aucun mouvement d’ampleur n’y est signalé. C’est aux marches septentrionales du continent, et là seulement, que la guerre vient brusquement de sortir de son immobilité. Quant à l’issue de ce qui s’engage en Norvège, nul ne saurait, ce matin, la préjuger.

Le contexte

Le Danemark et la Norvège étaient, jusqu’à cette attaque, des États neutres, demeurés en dehors du conflit ouvert depuis septembre 1939.

Depuis l’automne, le front terrestre de l’Ouest oppose les armées française et britannique aux forces allemandes sans qu’une grande offensive y ait été livrée.

Le port norvégien de Narvik sert à l’acheminement, par mer, du minerai de fer suédois dont l’industrie de guerre allemande est tributaire ; son contrôle est un enjeu connu des belligérants.

La marine britannique avait, ces tout derniers jours, entrepris des opérations dans les eaux norvégiennes, notamment le mouillage de champs de mines.

État des informations

Cette édition s’en tient à ce qui est connaissable au matin du 10 avril 1940 : une double agression au Nord, le Danemark occupé, la Norvège attaquée en plusieurs points. Elle rapporte les motifs allégués par l’occupant en les attribuant, sans les endosser, et ne préjuge en rien de l’issue des combats engagés en Norvège ni de la réponse des Alliés. Les points incertains ou rapportés de seconde main sont signalés comme tels.

Ce que l’on sait

  • Le 9 avril 1940, l’Allemagne a attaqué simultanément le Danemark et la Norvège, deux pays neutres, sans déclaration de guerre préalable.
  • Le Danemark a été envahi par terre et par mer et a cessé toute résistance le jour même ; le pays est occupé.
  • En Norvège, des débarquements allemands ont eu lieu le même jour en plusieurs points du littoral, dont Oslo, Bergen, Trondheim et Narvik.
  • Des combats ont opposé les batteries côtières norvégiennes aux navires allemands à l’entrée de plusieurs fjords.

Ce que l’on ignore

  • L’issue des combats en Norvège est inconnue : l’étendue de l’occupation et la capacité de résistance norvégienne ne sont pas établies.
  • On ignore quelle riposte les Alliés porteront à la Norvège, sous quelle forme et avec quels moyens.
  • Le sort exact du roi et du gouvernement norvégiens, ainsi que leur position, restent à confirmer.
  • La portée des engagements navals signalés dans les eaux norvégiennes n’est pas précisément connue.

Sources historiques utilisées

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Opération Weserübung — Wikipédia

Consulté pour le déclenchement de l’opération le 9 avril 1940, les débarquements simultanés en Norvège (Oslo, Bergen, Trondheim, Narvik, Kristiansand, Stavanger) et l’invasion du Danemark. Éléments postérieurs au 10 avril écartés.

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Campagne de Norvège — Wikipédia

Consulté pour le déroulé des 9-10 avril : combats côtiers, croiseur Blücher coulé à l’entrée du fjord d’Oslo, départ du roi Haakon VII et du gouvernement, refus de capituler, premiers engagements navals britanniques. Suites de la campagne (contre-débarquements alliés du 15 avril et au-delà) écartées comme postérieures à la date.

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Invasion du Danemark (1940) — Wikipédia

Consulté pour l’invasion du Danemark le 9 avril 1940 : franchissement de la frontière du Jutland, débarquement à Copenhague, menace de bombardement et capitulation en quelques heures, occupation du pays.

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Reconstitution journalistique

L’article simule une dépêche du matin du 10 avril 1940, au lendemain de l’assaut allemand, à l’heure où les nouvelles parviennent fragmentaires. Les formulations à chaud imitent un quotidien du moment ; rien n’est affirmé au-delà de ce qui est connaissable à cette date.

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