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Vienne après la défaite : une capitale occupée retient son souffle

Les dépêches et les voyageurs qui parviennent à Paris dressent le portrait d'une cité meurtrie, entre résignation et sourde attente — tandis que la cour de François II, retirée loin de ses palais, cherche à peser ses chances avant la signature d'un traité qui pourrait transfigurer l'Europe centrale.

Notre correspondant aux affaires étrangères 20 décembre 1805 4 min de lecture

Depuis que les aigles françaises ont franchi les portes de Vienne, aux premiers jours du mois de novembre, les nouvelles qui parviennent à Paris par les relais de poste et les voyageurs dressent un tableau singulier : celui d'une ville de deux cent trente mille âmes qui vit, non sous la terreur, mais dans une attente pesante, comme suspendue au-dessus du vide.

L'on nous rapporte que les approvisionnements sont la première inquiétude des autorités viennoises. La capitale des Habsbourg, qui tire ses subsistances de la Bohême et des provinces du nord, a vu ses filières de ravitaillement perturbées par l'avance de nos colonnes. Les magistrats municipaux, selon des correspondances parvenues à Paris, se consacrent avant tout à prévenir la disette et la spéculation — vieux réflexe d'une cité qui garde mémoire des sièges turcs et sait combien le pain trop cher enflamme le peuple.

La cohabitation entre la garnison française et les habitants semble, à en croire ces mêmes sources, d'une civilité relative. L'on signale peu d'incidents graves. Le général Clarke, gouverneur militaire, et le conseiller d'État Daru, chargé de l'intendance, auraient maintenu une discipline suffisante pour que la vie ordinaire reprenne un cours à peu près normal dans les rues de la ville. Les cafés n'ont pas fermé, les marchés rouverts et, si les physionomies sont sombres, les boutiques ne sont pas vides.

La cour errant loin de Schönbrunn

François II, qui avait renoncé à défendre sa capitale pour marcher au-devant des armées russes, ne règne plus depuis ses palais. La cour s'est déplacée, cherchant à rester en contact avec l'allié du Nord. On sait qu'après la journée du 2 décembre, qui a vu la déroute des armées coalisées à Austerlitz, le prince de Liechtenstein s'est rendu au bivouac de l'Empereur des Français pour solliciter un entretien entre les deux souverains. Un armistice a été conclu le 6 de ce mois. Les armées ont suspendu les hostilités. Mais la paix n'est pas encore faite.

À Vienne, cette suspension d'armes est accueillie avec un mélange de soulagement et d'appréhension. Soulagement, car on ne se bat plus et les régiments n'avancent plus. Appréhension, car chacun pressent que le traité à venir coûtera cher. Les cercles proches du pouvoir autrichien sont, nous dit-on, travaillés par deux tendances contraires : l'une, qui voudrait accepter la paix à tout prix pour en finir avec des guerres qui épuisent l'empire depuis plus d'une décennie ; l'autre, qui garde espoir que les circonstances puissent se retourner — et qui compte encore sur la ténacité russe, sur la puissance des finances britanniques, peut-être sur quelque fortune des armes imprévisible.

La Russie sur le chemin du retour

Cette dernière espérance semble pourtant s'éloigner à chaque courrier. L'on apprend que le tsar Alexandre, ayant accepté les conditions convenues entre les deux empereurs, a ordonné à ses armées de regagner leurs frontières. L'alliance qui avait soudé Vienne et Saint-Pétersbourg au sein de la coalition paraît, pour l'heure, avoir du plomb dans l'aile. L'armée russe se retire. Elle ne combattra plus, du moins dans l'immédiat, sur les plaines de Bohême ou de Moravie. Ceux à Vienne qui plaçaient leurs espoirs dans le retour de l'ours blanc d'Occident doivent se résoudre à traiter seuls.

La victoire britannique de Trafalgar, en octobre, pèse elle aussi dans les calculs. Si l'Angleterre domine désormais les mers et que son or peut encore alimenter de nouvelles coalitions, elle ne saurait envoyer ses régiments sur le continent assez vite ni assez nombreux pour changer le cours de la présente négociation. L'Autriche se retrouve ainsi face à Napoléon sans cavalier de secours à l'horizon immédiat.

Le prix de la défaite : ce que Vienne peut redouter

Que devra céder la maison de Habsbourg ? Nul n'en connaît encore les termes précis, les négociateurs se retrouvant depuis l'armistice pour fixer les articles définitifs. Mais les voyageurs revenus de Presbourg et de Vienne, les correspondances circulant à Paris, s'accordent à désigner certains territoires comme les plus exposés. Le Tyrol — dont la possession est convoitée par la Bavière, alliée de la France — est souvent mentionné. La Vénétie, acquise par l'Autriche aux lendemains du traité de Campo-Formio, est également citée. Sans compter une indemnité de guerre qui viendrait grever des finances déjà épuisées par des années de conflit.

À ces pertes territoriales probables s'ajoute le trouble de l'opinion. Les familles viennoises pleurent des fils tombés ou portés disparus. Les lettres de soldats, quand elles parviennent, décrivent l'ampleur de la débâcle du 2 décembre. La lassitude est profonde, et les plus ardents partisans de la résistance trouvent de moins en moins d'échos dans une population qui aspire à souffler.

Quand le traité sera signé, Paris saura enfin l'étendue de ce que l'Autriche aura dû consentir. En attendant, Vienne retient son souffle — et compte les jours qui la séparent d'une paix dont elle espère, autant qu'elle la redoute, qu'elle sera durable.

Le contexte

L'avant-garde de Murat entre dans Vienne le 13 novembre ; Napoléon s'installe à Schönbrunn le 14 novembre 1805 sans combat et s'installe au château de Schönbrunn. Le général Clarke est nommé gouverneur militaire de la ville ; le conseiller d'État Daru prend en charge l'intendance.

La bataille d'Austerlitz, le 2 décembre 1805, inflige une défaite décisive aux armées austro-russes. Un armistice est conclu le 4–6 décembre entre François II et Napoléon.

L'armée russe du tsar Alexandre Ier se retire vers ses frontières à la suite de l'armistice. La coalition se dissout dans les faits, même si aucun traité définitif n'a encore été signé à la date de cet article.

La bataille de Trafalgar (21 octobre 1805) a établi la suprématie navale britannique, mais n'a pas modifié le rapport de forces terrestre en Europe centrale.

État des informations

Cet article est rédigé du point de vue de Paris au 20 décembre 1805. Le traité de Presbourg n'est pas encore signé ; ses clauses restent inconnues à cette date. Les informations sur l'atmosphère viennoise proviennent de voyageurs et de correspondances privées, dont la fiabilité ne peut être pleinement garantie. Aucune conséquence postérieure à cette date n'est évoquée.

Ce que l’on sait

  • Entrée française à Vienne le 13 novembre 1805.
  • Armistice austro-français signé le 6 décembre 1805 à la suite d'Austerlitz.
  • Retrait de l'armée russe vers ses frontières, accepté par Alexandre Ier.
  • Négociations en cours pour un traité de paix ; délégués des deux parties réunis.
  • Vienne est sous administration militaire française (général Clarke, conseiller Daru).

Ce que l’on ignore

  • Les clauses définitives du traité de paix à venir (non encore signé au 20 décembre 1805).
  • L'étendue exacte des cessions territoriales exigées par la France à l'Autriche.
  • Le montant précis d'une éventuelle indemnité de guerre.
  • La durabilité du retrait russe et la possibilité d'une reprise des hostilités dans d'autres circonstances.
  • L'état réel de l'opinion à la cour de François II : les sources disponibles à Paris restent indirectes (voyageurs, correspondances).

Sources historiques utilisées

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Guerre de la Troisième Coalition — Wikipédia

https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_la_Troisi%C3%A8me_Coalition

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Bataille d'Austerlitz — Wikipédia

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_d%27Austerlitz

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Campagne d'Allemagne (1805) — Wikipédia

https://fr.wikipedia.org/wiki/Campagne_d%27Allemagne_(1805)

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Vienne sous l'occupation française — Wukali (compte rendu de Vincent Haegele, *Vienne sous le soleil d'Austerlitz*)

https://wukali.com/2024/02/29/vienne-sous-loccupation-francaise-de-larmee-de-napoleon/30675/

editorial-reconstruction

Reconstruction éditoriale — Les Échos du Passé

Les Échos du Passé — reconstitution journalistique.

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