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Le testament de César ouvert : des jardins et de l’argent au peuple, un héritier que Rome ne connaît pas

Réclamé et lu ce jour, l’acte déposé chez les Vestales lègue au peuple les jardins du dictateur au bord du Tibre et une somme à chaque citoyen. L’héritier principal, un jeune parent adopté comme fils, est absent de la Ville. Parmi les légataires en second figure Decimus Brutus, l’un de ceux qui ont porté la main sur César.

Titus Marius, notre correspondant au Forum 18 mars 44 av. J.-C. 4 min de lecture

Le testament de Caius Julius César a été produit et lu aujourd’hui. L’acte était gardé chez les Vestales, selon l’usage des grandes maisons ; c’est Lucius Calpurnius Pison, beau-père du dictateur, qui en a demandé la lecture publique. Marc Antoine, consul, en a soutenu la production. En quelques heures, la teneur en a couru la Ville.

Deux dispositions ont saisi la foule assemblée : ce que César laisse au peuple, et le nom de celui qu’il institue son principal héritier. La première a tiré des larmes ; la seconde a laissé beaucoup de gens perplexes, car ce nom, à Rome, presque personne ne le connaît.

Ce que César laisse au peuple

Le dictateur lègue au peuple romain ses jardins situés au-delà du Tibre, pour qu’ils lui soient ouverts et lui servent de lieu de promenade. À chaque citoyen, l’acte attribue en outre une somme d’argent ; on parle de trois cents sesterces par tête, encore que le chiffre exact circule de bouche en bouche et demande confirmation.

Ces largesses, jointes au souvenir des distributions et des jeux, ont produit sur la foule un effet immédiat. Devant la maison où l’on répétait ces clauses, on a vu des gens du commun pleurer et s’indigner tout ensemble. Le legs n’explique pas tout de l’émotion présente, mais il y ajoute : beaucoup, ici, se sentent nommés dans ce testament.

Un héritier absent et presque inconnu

César institue pour héritier principal, aux trois quarts de ses biens, un jeune parent, Caius Octavius, petit-fils de sa sœur. Le quart restant se partage entre deux autres parents, Lucius Pinarius et Quintus Pedius. Une clause finale, la plus commentée, adopte Octavius dans sa famille et lui donne son nom.

Ce Caius Octavius n’est pas à Rome. On le dit outre-mer, du côté d’Apollonie, où il achève ses études et se trouve auprès des troupes. C’est un tout jeune homme, sans magistrature ni renom, dont le nom n’avait guère franchi le cercle de la parenté du dictateur. Nul, dans la Ville, ne sait aujourd’hui ce qu’il fera de ce nom ni s’il viendra seulement le recueillir.

La question tient tout entière dans cette absence. Un testament désigne un héritier ; il ne fait pas venir un homme. Ce que ce jeune parent décidera, et ce que Rome décidera de lui, demeure entièrement à voir.

Un nom qui trouble : Decimus Brutus

Un détail de l’acte a fait murmurer l’assistance. Parmi les héritiers désignés en second — ceux qui recueilleraient les biens si l’héritier principal venait à défaillir — figure Decimus Junius Brutus. C’est l’un des hommes qui ont pris part au meurtre des Ides, et l’un de ceux qui, dit-on, ont conduit César à la curie ce matin-là.

On rapporte que César l’avait aussi rangé parmi les tuteurs qu’il désignait pour un fils, au cas où il lui en fût né un. Que le dictateur ait ainsi couché sur son testament l’un de ses meurtriers, sans le savoir, n’a pas manqué d’être relevé ce jour. Les conjurés retirés au Capitole n’ont fait aucune réponse publique sur ce point.

Le contexte

Le sénat, réuni deux jours plus tôt au temple de Tellus, a arrêté un compromis : ni châtiment des meurtriers, ni annulation des actes de César.

Les principaux conjurés — Marcus Brutus, Cassius, Decimus Brutus — demeurent au Capitole depuis les Ides.

Selon l’usage romain, un testament est déposé chez les Vestales et ne s’ouvre qu’après la mort, en présence de témoins.

État des informations

Cette édition s’en tient à ce qui est connaissable à Rome le jour de la lecture. Elle ne préjuge ni des intentions de l’héritier désigné, ni de la suite politique de ces legs.

Ce que l’on sait

  • Le testament de César, gardé chez les Vestales, a été produit et lu à la demande de son beau-père Lucius Pison, avec l’appui du consul Marc Antoine.
  • Il institue Caius Octavius, petit-fils de la sœur de César, héritier principal aux trois quarts, et l’adopte comme fils en lui donnant son nom.
  • Il lègue au peuple les jardins de César au-delà du Tibre et une somme à chaque citoyen ; Decimus Brutus figure parmi les héritiers désignés en second.

Ce que l’on ignore

  • La réaction de Caius Octavius, absent de Rome, et s’il viendra recueillir l’héritage et le nom.
  • La part exacte revenant à chaque citoyen : le chiffre de trois cents sesterces circule mais reste à confirmer.
  • La suite que le sénat, le consul et les conjurés donneront à ces dispositions.

Sources historiques utilisées

primary

Vie de César (Divus Iulius), 83

Suétone

Détaille le testament : Octavius héritier aux trois quarts et adopté, Pinarius et Pedius pour le reste, legs des jardins au bord du Tibre et de trois cents sesterces par citoyen, Decimus Brutus parmi les héritiers en second.

primary

Vies parallèles — Antoine et Brutus

Plutarque

Rapporte la production du testament sous l’impulsion d’Antoine, les legs au peuple et leur effet sur la foule ; l’évaluation de la somme par citoyen y varie selon les récits.

primary

Guerres civiles, livre II

Appien

Situe la lecture du testament dans les journées qui suivent le compromis du temple de Tellus et confirme les legs faits au peuple.

secondary

Assassinat de Jules César

Rappelle qu’Octave, nommé héritier testamentaire, devient du même coup le fils adoptif de César ; utilisé pour recouper la clause d’adoption.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale romaine

La mise en forme « à chaud » de la lecture du testament imite un compte rendu du moment ; les faits sont tirés des sources antiques citées, sans anticiper la suite.

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