Le testament de César ouvert : des jardins et de l’argent au peuple, un héritier que Rome ne connaît pas
Réclamé et lu ce jour, l’acte déposé chez les Vestales lègue au peuple les jardins du dictateur au bord du Tibre et une somme à chaque citoyen. L’héritier principal, un jeune parent adopté comme fils, est absent de la Ville. Parmi les légataires en second figure Decimus Brutus, l’un de ceux qui ont porté la main sur César.
Le testament de Caius Julius César a été produit et lu aujourd’hui. L’acte était gardé chez les Vestales, selon l’usage des grandes maisons ; c’est Lucius Calpurnius Pison, beau-père du dictateur, qui en a demandé la lecture publique. Marc Antoine, consul, en a soutenu la production. En quelques heures, la teneur en a couru la Ville.
Deux dispositions ont saisi la foule assemblée : ce que César laisse au peuple, et le nom de celui qu’il institue son principal héritier. La première a tiré des larmes ; la seconde a laissé beaucoup de gens perplexes, car ce nom, à Rome, presque personne ne le connaît.
Ce que César laisse au peuple
Le dictateur lègue au peuple romain ses jardins situés au-delà du Tibre, pour qu’ils lui soient ouverts et lui servent de lieu de promenade. À chaque citoyen, l’acte attribue en outre une somme d’argent ; on parle de trois cents sesterces par tête, encore que le chiffre exact circule de bouche en bouche et demande confirmation.
Ces largesses, jointes au souvenir des distributions et des jeux, ont produit sur la foule un effet immédiat. Devant la maison où l’on répétait ces clauses, on a vu des gens du commun pleurer et s’indigner tout ensemble. Le legs n’explique pas tout de l’émotion présente, mais il y ajoute : beaucoup, ici, se sentent nommés dans ce testament.
Un héritier absent et presque inconnu
César institue pour héritier principal, aux trois quarts de ses biens, un jeune parent, Caius Octavius, petit-fils de sa sœur. Le quart restant se partage entre deux autres parents, Lucius Pinarius et Quintus Pedius. Une clause finale, la plus commentée, adopte Octavius dans sa famille et lui donne son nom.
Ce Caius Octavius n’est pas à Rome. On le dit outre-mer, du côté d’Apollonie, où il achève ses études et se trouve auprès des troupes. C’est un tout jeune homme, sans magistrature ni renom, dont le nom n’avait guère franchi le cercle de la parenté du dictateur. Nul, dans la Ville, ne sait aujourd’hui ce qu’il fera de ce nom ni s’il viendra seulement le recueillir.
La question tient tout entière dans cette absence. Un testament désigne un héritier ; il ne fait pas venir un homme. Ce que ce jeune parent décidera, et ce que Rome décidera de lui, demeure entièrement à voir.
Un nom qui trouble : Decimus Brutus
Un détail de l’acte a fait murmurer l’assistance. Parmi les héritiers désignés en second — ceux qui recueilleraient les biens si l’héritier principal venait à défaillir — figure Decimus Junius Brutus. C’est l’un des hommes qui ont pris part au meurtre des Ides, et l’un de ceux qui, dit-on, ont conduit César à la curie ce matin-là.
On rapporte que César l’avait aussi rangé parmi les tuteurs qu’il désignait pour un fils, au cas où il lui en fût né un. Que le dictateur ait ainsi couché sur son testament l’un de ses meurtriers, sans le savoir, n’a pas manqué d’être relevé ce jour. Les conjurés retirés au Capitole n’ont fait aucune réponse publique sur ce point.