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Les funérailles de César tournent à l'émeute : le Forum en flammes après l'oraison de Marc Antoine

La cérémonie publique donnée en l'honneur du dictateur a viré à l'incendie. Devant le corps exposé, le consul Marc Antoine a rappelé les honneurs décernés à César et montré sa toge ensanglantée ; la foule a improvisé un bûcher au Forum, puis s'est portée vers les maisons des conjurés. Un homme nommé Cinna a été mis en pièces.

Le correspondant au Forum vers le 18 mars 44 av. J.-C. 6 min de lecture
Marc Antoine haranguant la foule au Forum devant le corps drapé de César, entouré d’une foule en colère
George Edward Robertson, « Mark Antony’s Oration at Caesar’s Funeral » (fin XIXe s.), Hartlepool Museums and Heritage Service — domaine public (Wikimedia Commons).

Les funérailles de Caius Julius Caesar, tenues ces derniers jours au Forum — on ne s'accorde pas sur la date exacte, entre le dix-huitième et le vingtième jour de mars —, ont dégénéré en émeute. Ce qui devait être une cérémonie d'adieu s'est achevé par un incendie au cœur de la ville et par des scènes de violence que Rome n'avait plus connues depuis longtemps.

Le corps du dictateur avait été porté au Forum et exposé devant la tribune aux harangues. Marc Antoine, consul et collègue de César au consulat, a prononcé l'éloge funèbre. Ce que le discours contenait au juste, chacun le rapporte à sa manière ; mais tous s'accordent sur son effet.

L'oraison du consul

Selon les témoins, Antoine a énuméré les honneurs que le Sénat et le peuple avaient décernés à César de son vivant : le titre de père de la patrie, le caractère sacré et inviolable attaché à sa personne. Il a rappelé les serments par lesquels tous s'étaient engagés à protéger sa vie. On dit qu'il a lu à voix haute les décrets qui portaient ces distinctions, puis désigné le corps d'un geste, comme pour opposer les paroles aux actes.

Nous ne reproduisons ici aucune parole du consul mot pour mot : les versions diffèrent trop, et nul ne saurait garantir la lettre d'un discours prononcé dans un tel tumulte. C'est la teneur qui est attestée, non les termes. À un moment, Antoine a fait montrer la toge du mort, déchirée et raidie de sang, brandie au-dessus de la foule.

La foule bascule

L'assemblée, d'abord recueillie, a basculé dans la fureur. Selon Appien, on aurait dressé face au peuple une effigie de cire figurant le corps de César et ses vingt-trois blessures — le détail lui est propre et nous le rapportons sous son nom. Vraie ou non, l'image du sang a suffi : les gens ont pleuré, puis crié vengeance contre les meurtriers.

Renonçant à porter le corps hors les murs comme l'usage le veut, la multitude a bâti un bûcher sur place, au Forum même, avec ce qui lui tombait sous la main — bancs, tables, sièges arrachés aux tribunaux. On y a jeté des vêtements, des objets, et le corps a été brûlé au milieu de la place, sous les yeux de la ville.

Les maisons des conjurés visées, un homme nommé Cinna tué

Des torches prises au bûcher, une partie de la foule s'est portée vers les demeures de Brutus, de Cassius et des autres conjurés pour y mettre le feu. Les habitants du voisinage et des gardes les auraient repoussés, et les maisons n'ont pas été prises ; mais la nuit a été mauvaise et l'on redoute d'autres attroupements.

Dans cette même bousculade, un homme du nom de Cinna a été mis en pièces par la foule. On rapporte qu'il aurait été confondu avec un autre Cinna — l'un des conjurés, ou un magistrat qui aurait approuvé le meurtre. Les récits ne s'accordent ni sur son identité ni sur celle qu'on lui prêtait ; nous donnons la chose comme elle nous parvient, sans la trancher.

Le contexte

César a été tué aux Ides de mars, frappé dans la curie attenante au théâtre de Pompée, au Champ de Mars.

Le dix-septième jour de mars, une séance au temple de Tellus avait scellé un compromis : ni châtiment des meurtriers, ni annulation des actes de César.

Le testament de César, ouvert peu avant, léguait au peuple ses jardins du bord du Tibre et une somme à chaque citoyen.

Marc Antoine exerce le consulat cette année ; les principaux conjurés se tiennent au Capitole depuis le meurtre.

État des informations

Nous nous en tenons à ce qui se sait à Rome ces jours-ci. L'émotion d'une foule un soir ne dit rien de ce qu'elle voudra demain, et nous ne préjugeons pas de la suite.

Ce que l’on sait

  • Des funérailles publiques ont été données à César au Forum.
  • Le consul Marc Antoine a prononcé l'éloge funèbre et a montré la toge ensanglantée du mort.
  • La foule a improvisé un bûcher au Forum et le corps y a été brûlé.
  • Des maisons de conjurés ont été prises pour cible ; un homme nommé Cinna a été tué dans le tumulte.

Ce que l’on ignore

  • La date exacte des funérailles — les témoignages hésitent entre le 18 et le 20 mars.
  • La suite : ce que feront les conjurés retranchés au Capitole, le consul Antoine, et si le calme reviendra en ville.
  • Le contenu précis de l'oraison, que nul ne peut restituer mot pour mot.

Sources historiques utilisées

primary

Vie du divin Jules (Divus Iulius), 84-85

Suétone

Décrit l'exposition du corps, la lecture des décrets d'honneurs, la crémation au Forum et l'attaque des maisons des conjurés, ainsi que la mort d'un Cinna.

primary

Vie d'Antoine, 14

Plutarque

Sur l'oraison d'Antoine et le retournement de la foule ; précise que le Cinna tué par la foule était un poète, confondu avec un autre.

secondary

Assassinat de Jules César

Synthèse moderne recoupant Appien, Suétone et Plutarque sur les funérailles et leurs suites immédiates.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — « Les Échos du Passé »

Les formulations à chaud imitent une dépêche rédigée au Forum le soir des funérailles ; teneur du discours seulement, aucun verbatim, incertitudes maintenues.

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