Les meurtriers de César se retranchent au Capitole et crient à la liberté rendue
Leurs poignards encore levés, les hommes qui ont frappé César ont traversé le Forum jusqu’au Capitole. De là-haut, ils se disent « libératores » et proclament la liberté rendue à Rome. La ville, elle, a fermé ses portes et retient son souffle.
Le dictateur est mort depuis quelques heures à peine, tué en pleine séance du Sénat, et déjà ses meurtriers ont un mot pour eux-mêmes : ils se proclament libératores, « libérateurs ». Sitôt César abattu au pied de la statue de Pompée, une vingtaine d’hommes, les mains rouges et le fer encore au poing, ont quitté la salle du conseil et se sont élancés à travers le Forum.
Menés par le préteur Marcus Junius Brutus et par Caius Cassius Longinus, ils ont gravi la pente du Capitole et se sont enfermés dans le sanctuaire qui domine la ville. De là, ils crient à qui veut l’entendre que la liberté est rendue à Rome. Une troupe de gladiateurs et d’esclaves, qu’on dit tenus prêts à l’avance, les a suivis et garde désormais les abords du temple.
Un mot d’ordre — le leur — jeté au Forum
« Liberté rendue » : la formule est d’eux, martelée depuis le Capitole, et nous la rapportons comme telle. Les conjurés brandissent le nom de la République et appellent les citoyens à reprendre leurs droits. Certains, dit-on, ont crié le nom de Cicéron, comme pour placer leur geste sous l’autorité d’un ancien consul.
Brutus se réclame de son aïeul, ce Brutus qui, selon la tradition, chassa les rois de Rome voici près de cinq siècles. Gracié par César après la guerre civile, il paraît aujourd’hui à la tête de ceux qui l’ont frappé. À ses côtés se tiennent Cassius et Decimus Junius Brutus Albinus, autre familier du mort.
Dans la salle du conseil même, avant de monter, Brutus aurait voulu haranguer les sénateurs restés là et retenir l’assemblée par des paroles d’apaisement. Les Pères, saisis d’effroi, ont fui en désordre.
Une ville qui se terre
Le Forum, si plein ce matin, s’est vidé en un instant. À la nouvelle, les boutiques ont baissé leurs volets, les portes se sont closes, chacun s’est réfugié chez soi. Les rues qui montent vers le Capitole ne portent plus que des courses éparses et des cris de frayeur.
Nul ordre clair ne vient d’en haut. Le consul Marc Antoine, collègue de César au consulat de cette année, ne s’est pas montré ; on le dit hors de vue. Aucun magistrat ne paraît sur les rostres pour dire au peuple ce qu’il doit croire ou faire. La cité reste suspendue entre le sanctuaire occupé et les maisons barricadées.
Ce que veulent au juste les hommes du Capitole, au-delà du cri de liberté, et comment la ville leur répondra : rien n’est réglé ce soir. Nous nous en tenons à ce que le Forum a vu et entendu.