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Les meurtriers de César se retranchent au Capitole et crient à la liberté rendue

Leurs poignards encore levés, les hommes qui ont frappé César ont traversé le Forum jusqu’au Capitole. De là-haut, ils se disent « libératores » et proclament la liberté rendue à Rome. La ville, elle, a fermé ses portes et retient son souffle.

Correspondance au Forum romain 15 mars 44 av. J.-C., au soir 3 min de lecture

Le dictateur est mort depuis quelques heures à peine, tué en pleine séance du Sénat, et déjà ses meurtriers ont un mot pour eux-mêmes : ils se proclament libératores, « libérateurs ». Sitôt César abattu au pied de la statue de Pompée, une vingtaine d’hommes, les mains rouges et le fer encore au poing, ont quitté la salle du conseil et se sont élancés à travers le Forum.

Menés par le préteur Marcus Junius Brutus et par Caius Cassius Longinus, ils ont gravi la pente du Capitole et se sont enfermés dans le sanctuaire qui domine la ville. De là, ils crient à qui veut l’entendre que la liberté est rendue à Rome. Une troupe de gladiateurs et d’esclaves, qu’on dit tenus prêts à l’avance, les a suivis et garde désormais les abords du temple.

Un mot d’ordre — le leur — jeté au Forum

« Liberté rendue » : la formule est d’eux, martelée depuis le Capitole, et nous la rapportons comme telle. Les conjurés brandissent le nom de la République et appellent les citoyens à reprendre leurs droits. Certains, dit-on, ont crié le nom de Cicéron, comme pour placer leur geste sous l’autorité d’un ancien consul.

Brutus se réclame de son aïeul, ce Brutus qui, selon la tradition, chassa les rois de Rome voici près de cinq siècles. Gracié par César après la guerre civile, il paraît aujourd’hui à la tête de ceux qui l’ont frappé. À ses côtés se tiennent Cassius et Decimus Junius Brutus Albinus, autre familier du mort.

Dans la salle du conseil même, avant de monter, Brutus aurait voulu haranguer les sénateurs restés là et retenir l’assemblée par des paroles d’apaisement. Les Pères, saisis d’effroi, ont fui en désordre.

Une ville qui se terre

Le Forum, si plein ce matin, s’est vidé en un instant. À la nouvelle, les boutiques ont baissé leurs volets, les portes se sont closes, chacun s’est réfugié chez soi. Les rues qui montent vers le Capitole ne portent plus que des courses éparses et des cris de frayeur.

Nul ordre clair ne vient d’en haut. Le consul Marc Antoine, collègue de César au consulat de cette année, ne s’est pas montré ; on le dit hors de vue. Aucun magistrat ne paraît sur les rostres pour dire au peuple ce qu’il doit croire ou faire. La cité reste suspendue entre le sanctuaire occupé et les maisons barricadées.

Ce que veulent au juste les hommes du Capitole, au-delà du cri de liberté, et comment la ville leur répondra : rien n’est réglé ce soir. Nous nous en tenons à ce que le Forum a vu et entendu.

Le contexte

César, vainqueur de la guerre civile contre Pompée, avait accumulé les pouvoirs et venait d’être fait dictateur à vie.

La Curie du Forum étant en travaux, le Sénat siégeait ce jour dans la salle attenante au théâtre de Pompée, au Champ de Mars.

Le Capitole, où s’élève le grand temple de Jupiter, domine le Forum : place forte religieuse autant que refuge.

État des informations

Cette édition s’en tient à ce que le Forum a pu voir et entendre ce soir des Ides. « Liberté rendue » est le mot des conjurés, cité et attribué, non le jugement du journal ; l’issue de la journée n’est pas connue et n’est pas préjugée.

Ce que l’on sait

  • César a été tué ce jour même, aux Ides de mars, en pleine séance du Sénat.
  • Ses meurtriers se sont retirés sur le Capitole et s’y disent libératores, proclamant la liberté rendue.
  • Marcus Junius Brutus et Caius Cassius Longinus sont au premier rang des conjurés.
  • Une troupe de gladiateurs et d’esclaves les accompagne et tient les abords du sanctuaire.
  • Boutiques closes et rues désertes : la ville s’est terrée à l’annonce.

Ce que l’on ignore

  • Le nombre exact des conjurés et l’identité de tous ne sont pas encore établis.
  • On ignore où se trouve le consul Marc Antoine et ce qu’il compte faire.
  • Nul ne sait si le Sénat, les magistrats ou le peuple reconnaîtront ou condamneront le geste.
  • L’issue de cette journée reste entière : rien n’indique ce soir ce que la cité décidera.

Sources historiques utilisées

primary

Guerres civiles, livre II

Appien d’Alexandrie

Récit détaillé de l’après-meurtre : les conjurés gagnent le Capitole, invoquent la liberté et le nom de Cicéron. Source postérieure, à lire avec prudence.

primary

Vie de Brutus

Plutarque

Brutus tente en vain de retenir les sénateurs, qui fuient ; les conjurés montent au Capitole, mains ensanglantées et poignards nus, exhortant les citoyens à la liberté ; terreur et confusion dans la ville.

primary

Vie d’Auguste (Bios Kaisaros)

Nicolas de Damas

Le témoignage le plus ancien : les meurtriers s’enfuient en hâte par le Forum jusqu’au Capitole, l’épée nue, criant qu’ils ont agi pour la liberté commune ; une foule de gladiateurs et d’esclaves les suit.

secondary

Assassinat de Jules César

Article de synthèse (Wikipédia FR) recoupant les sources antiques sur la fuite des conjurés, la proclamation de liberté et la sidération de la population.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale romaine

Les formulations à chaud imitent une gazette du Forum au soir des Ides ; le mot « liberté rendue » est cité comme celui des conjurés, jamais endossé.

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