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Caius Julius Caesar, une vie qui a plié Rome à sa mesure

De la Gaule au Rubicon, de Pharsale à la dictature à vie : retour sur le parcours d’un homme qui, en une vingtaine d’années, s’était rendu maître de la République. Il est tombé hier, aux Ides, sous les coups au pied de la statue de Pompée.

La rédaction 16 mars 44 av. J.-C. 8 min de lecture

Il avait cinquante-cinq ans. Né à Rome d’une vieille maison patricienne, la gens Julia, Caius Julius Caesar prétendait faire remonter son sang jusqu’à Iule, fils d’Énée, et par lui jusqu’à la déesse Vénus. Cette ascendance, il l’avait proclamée haut, jusque sur le forum qu’il fit bâtir à son nom.

Hier, aux Ides de mars, il est tombé dans la curie attenante au théâtre de Pompée, frappé de coups au pied même de la statue de son ancien rival. Nous ne rouvrons pas ici le récit de sa mort, que nos autres feuilles rapportent. Nous suivons le fil de sa vie, telle qu’elle a marqué la ville et au-delà.

Peu d’hommes, de mémoire romaine, auront tenu autant de charges et remporté autant de guerres. Voici ce chemin, des débuts obscurs à la dictature à vie qui lui fut décernée voici quelques semaines.

D’une maison patricienne aux premières charges

Sa famille se disait ancienne mais n’était plus au premier rang des fortunes. Sa tante Julia avait été l’épouse de Caius Marius, le grand chef du parti populaire, et cette parenté marqua tôt les sympathies du jeune César. Sous la dictature de Sylla, il connut le péril et l’éloignement avant de revenir à Rome.

Il gravit ensuite les degrés de la carrière des honneurs : questeur, édile aux jeux fastueux qui le criblèrent de dettes, puis, en 63, élu grand pontife, la plus haute dignité religieuse de la cité. Il fut préteur, gouverna l’Espagne ultérieure, et parvint au consulat en 59.

Cette année-là, il scella avec Cnaeus Pompeius Magnus et Marcus Licinius Crassus, les deux hommes les plus puissants de Rome, une entente privée pour peser sur les affaires. Il donna sa fille Julia en mariage à Pompée. L’accord tint tant que vécurent Julia et Crassus.

La conquête de la Gaule (58–51 av. J.-C.)

Au sortir de son consulat, César reçut le gouvernement des Gaules. Il y mena, huit années durant, une guerre qui porta les armes romaines jusqu’au Rhin et jusqu’à l’Océan. Il repoussa les Helvètes, battit le Germain Arioviste, soumit les Belges, franchit le Rhin sur un pont jeté en quelques jours et passa deux fois en Bretagne, au-delà des mers connues.

La grande révolte des peuples gaulois, menée par l’Arverne Vercingétorix, faillit tout emporter. Elle se brisa devant Alésia, en 52, au terme d’un siège où César enferma l’ennemi entre deux lignes de retranchements. La reddition de Vercingétorix scella la soumission de la Gaule.

César tira de ces campagnes une gloire immense, un butin qui éteignit ses dettes, une armée aguerrie et dévouée à sa personne, et le récit qu’il en donna lui-même dans ses Commentaires.

Le Rubicon et la guerre civile

La mort de Julia, puis celle de Crassus tombé chez les Parthes, avaient dénoué l’entente avec Pompée. Le sénat, rangé derrière ce dernier, somma César de licencier ses légions et de rentrer en simple particulier. Il refusa.

Au commencement de l’an 49, il franchit avec ses troupes le Rubicon, ce petit fleuve qui bornait sa province : passer en armes cette limite, c’était porter la guerre dans Rome même. La ville fut prise sans combat ; Pompée et une grande part du sénat quittèrent l’Italie pour la Grèce.

En quelques mois, César se rendit maître de l’Italie, puis passa en Espagne où il défit les lieutenants de Pompée, avant de reporter la guerre en Orient à la poursuite de son rival.

Pharsale et l’Orient

La décision tomba en 48, en Thessalie, dans la plaine de Pharsale. Malgré l’infériorité du nombre, César y écrasa l’armée de Pompée. Le vaincu s’enfuit vers l’Égypte, où il fut assassiné en abordant, sur l’ordre des conseillers du jeune roi Ptolémée.

César le suivit à Alexandrie. Il s’y trouva mêlé aux querelles dynastiques d’Égypte, soutint Cléopâtre contre son frère et sortit vainqueur d’une guerre difficile dans la ville. De là, il courut en Asie châtier Pharnace, roi du Pont : cette campagne éclair lui inspira le mot fameux, veni, vidi, vici.

Il lui fallut encore réduire les partisans de Pompée regroupés en Afrique, à Thapsus en 46, puis les fils de Pompée en Espagne, à Munda, l’an dernier. Ces guerres, il les livra contre des Romains, et il le savait.

Le dictateur

De ces victoires, César revint chargé de pouvoirs comme nul avant lui. Nommé dictateur une première fois dès 49, il le fut de nouveau, pour des durées de plus en plus longues, jusqu’à ce que le titre lui fût conféré à vie, dictator perpetuo, voici quelques semaines à peine.

Il fut consul à plusieurs reprises, reçut la puissance tribunicienne, le contrôle des mœurs, et une profusion d’honneurs votés par un sénat qu’il avait lui-même élargi et rempli de ses fidèles, y compris des hommes venus de la Gaule togée. Sa personne se trouva entourée de marques réservées jusque-là aux dieux et aux rois : statues, siège d’or, mois rebaptisé de son nom.

C’est cette accumulation de pouvoirs, et le soupçon qu’elle nourrissait d’une royauté déguisée, qui alimentait les tensions dont la ville bruissait ces derniers temps.

Le calendrier, les travaux et les lois

Maître de Rome, César n’en resta pas moins un réformateur infatigable. En 46, secondé par le savant Sosigène d’Alexandrie, il refondit le calendrier, jusque-là flottant et sans cesse rattrapé par les intercalations des pontifes. Pour remettre les mois d’accord avec le soleil, il fallut allonger cette année-là à quatre cent quarante-cinq jours, une « année de confusion » restée dans les mémoires, avant d’instituer l’année de trois cent soixante-cinq jours et le jour ajouté tous les quatre ans.

Il couvrit Rome de chantiers : un forum neuf à son nom, dominé par le temple de Vénus Genitrix, l’ancêtre de sa maison. Il fonda des colonies pour ses vétérans et pour les pauvres de la ville, projeta le dessèchement des marais et de grands travaux publics.

Il légiféra sur les dettes, sans les abolir comme certains l’espéraient, sur le luxe et les mœurs, sur l’administration des provinces et des cités. Il célébra quatre triomphes en un même mois de 46, pour la Gaule, l’Égypte, le Pont et l’Afrique, accompagnés de largesses au peuple et de jeux d’une ampleur inouïe.

La clémence affichée

De toute cette carrière, un trait revenait dans la bouche de ses partisans : sa clémence. Vainqueur d’une guerre civile, César ne dressa pas de listes de proscrits comme l’avait fait Sylla. Il fit grâce à nombre de ses adversaires, leur rendit leurs biens et parfois leurs charges.

Marcus Junius Brutus et Caius Cassius Longinus, qui avaient porté les armes contre lui à Pharsale du côté de Pompée, furent de ceux qu’il épargna, releva et honora. On mesure aujourd’hui, dans la ville, ce que cette clémence aura reçu en retour.

Reste une vie d’une densité rare : la Gaule soumise, un rival abattu, la République ployée sous une seule main, un calendrier refait, une ville transformée. Ce que cette main laisse derrière elle, nul à Rome ne saurait encore le dire.

Le contexte

César était grand pontife depuis 63 av. J.-C., charge religieuse suprême qu’il conserva jusqu’à sa mort.

Il avait été nommé dictateur à plusieurs reprises depuis 49 av. J.-C., avant que ce pouvoir ne lui soit conféré à vie (dictator perpetuo) en février 44.

Sa réforme du calendrier, entrée en vigueur au 1ᵉʳ janvier 45, avait exigé d’allonger l’année précédente à 445 jours.

État des informations

Cette rétrospective regarde uniquement vers l’arrière : elle retrace la vie de César jusqu’au 15 mars et ne préjuge en rien de ce qu’il adviendra de son héritage, de sa succession ou de la République.

Ce que l’on sait

  • César a conquis la Gaule (58–51 av. J.-C.), franchi le Rubicon en 49 et vaincu Pompée à Pharsale en 48.
  • Il a exercé la dictature de façon répétée depuis 49 et l’a reçue à vie (dictator perpetuo) au début de 44.
  • Il a réformé le calendrier en 46 av. J.-C. avec l’aide de Sosigène et fait édifier un forum et le temple de Vénus Genitrix.
  • Il a épargné plusieurs de ses adversaires de la guerre civile, dont Brutus et Cassius.

Ce que l’on ignore

  • Les intentions dernières de César quant au titre de roi restaient débattues et ne sont pas tranchées.
  • Le devenir de son œuvre, de ses lois et de ses fidèles est entièrement ouvert.

Sources historiques utilisées

primary

Vie des douze Césars, Divus Iulius

Suétone

Biographie antique de César : carrière, charges, réforme du calendrier, dictature à vie et honneurs. Rédigée plus d’un siècle après les faits, à recouper.

primary

Vies parallèles, Vie de César

Plutarque

Récit de la conquête de la Gaule, du Rubicon, de Pharsale et de la clémence ; source narrative postérieure.

primary

Commentarii de Bello Gallico

Jules César

Récit de la guerre des Gaules par César lui-même, témoignage de première main mais politiquement intéressé.

secondary

Jules César

Synthèse moderne : dates de la carrière, guerre civile, Pharsale, dictatures, calendrier julien, travaux et lois. Consulté pour recouper la chronologie.

secondary

Calendrier julien

Détail de la réforme de 46 av. J.-C., de l’année de 445 jours et du rôle de Sosigène.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — nécrologie de César

La mise en forme au présent d’époque, le ton de nécrologie et l’agencement des faits imitent une feuille romaine des Ides de mars 44 ; les données factuelles sont établies d’après les sources ci-dessus.

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