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César frappé en pleine séance à la curie de Pompée

Le dictateur est tombé sous les coups de sénateurs conjurés, ce jour des Ides, au pied de la statue de Pompée. La ville, saisie, s’est refermée sur elle-même.

La rédaction 15 mars 44 av. J.-C., fin d’après-midi 5 min de lecture
Jules César s’effondrant au pied de la statue de Pompée, entouré des sénateurs conjurés qui le frappent, dans la Curie de Pompée à Rome
Vincenzo Camuccini, « La morte di Cesare » (1804-1805), Galleria Nazionale d’Arte Moderna e Contemporanea di Roma — domaine public (Wikimedia Commons).

Rome apprend en cette fin de journée la nouvelle la plus grave qui soit : Caius Julius César, dictateur, a été tué de la main de plusieurs sénateurs, dans la curie attenante au théâtre de Pompée, où le Sénat tenait séance. Les faits se sont produits au Champ de Mars, la Curie du Forum étant en travaux. Nous rapportons ici ce que l’on peut établir à cette heure, en distinguant ce que l’on tient pour sûr de ce qui court encore de bouche en bouche.

César s’était rendu à la séance dans la matinée, semble-t-il à contrecœur, dit-on, après des jours d’inquiétude dans son entourage. À peine assis, il fut entouré par un groupe de sénateurs. L’un d’eux, Tillius Cimber, s’approcha comme pour plaider le rappel d’un frère exilé, saisit la toge du dictateur et la tira sur ses épaules. Ce geste servit de signal.

Les coups partirent aussitôt. On compte parmi les conjurés des noms considérables : Marcus Junius Brutus, préteur en charge, Caius Cassius Longinus, et Decimus Junius Brutus Albinus. Le nombre des sénateurs impliqués serait d’environ soixante. César, désarmé et sans garde à l’intérieur de l’enceinte du Sénat, n’a pu leur échapper.

Le guet-apens

Selon les témoins que nous avons pu entendre, le premier à porter la main sur César fut l’un des Casca — Publius Servilius Casca, dit-on —, qui l’atteignit vers la nuque ou l’épaule. Le coup, mal assuré, ne fit d’abord qu’une blessure. César se serait retourné, aurait saisi le bras de son agresseur, et l’on rapporte qu’il cria contre lui.

Mais les conjurés étaient nombreux et rangés tout autour. De toutes parts les poignards, tirés des plis des toges, s’abattirent. Dans la confusion, plusieurs assaillants se seraient blessés entre eux en frappant. On dénombre sur le corps vingt-trois plaies. César, dit-on, cessa bientôt de se défendre.

Au pied de la statue de Pompée

César s’affaissa au pied de la statue de Pompée le Grand, qui ornait la salle — celui-là même qu’il avait défait naguère dans la guerre civile. On assure qu’il ramena la toge sur son visage avant de tomber, pour se dérober aux regards.

Sur ses dernières paroles, les récits divergent, et nous nous gardons de trancher. Selon les uns, il ne dit rien. Selon d’autres, apercevant Marcus Brutus parmi ceux qui le frappaient, il aurait prononcé en grec quelques mots — « toi aussi, mon enfant ? » —, que rapportent certains témoignages et que d’autres récusent. Nous les donnons pour ce qu’ils sont : une rumeur invérifiable.

De même circule le propos d’un médecin qui aurait examiné le corps : sur les vingt-trois blessures, une seule, portée à la poitrine, aurait été mortelle. Nous le rapportons sous toute réserve, faute de pouvoir le confirmer à cette heure.

La fuite au Capitole

Le meurtre accompli, les conjurés sont sortis en brandissant leurs armes et ont gagné le Capitole. Ils s’y proclament libératores — « libérateurs » — et crient par les rues que la liberté est rendue à Rome et que la royauté est abattue. Marcus Brutus, dit-on, entend s’adresser au peuple et justifier le geste.

On rapporte que Marc Antoine, consul en exercice, se trouvait ce jour-là aux abords de la séance et qu’il fut retenu à l’écart, tenu à l’entrée par l’un des conjurés pendant que le coup se portait à l’intérieur. Les uns nomment Trébonius, les autres Decimus Brutus ; nous ne saurions dire lequel. Antoine, en tout cas, n’a pas été frappé, et l’on ignore encore quelle attitude il prendra.

Une ville qui se terre

Dans les heures qui ont suivi, Rome s’est refermée. Les sénateurs présents se sont dispersés, plusieurs en fuyant. La foule qui emplissait les abords du théâtre s’est débandée dans le désordre. Les boutiques se sont closes, les rues se sont vidées ; beaucoup se sont barricadés chez eux, dans l’attente et la crainte de ce qui suivra.

Le corps du dictateur, dit-on, est resté un temps sur le sol de la salle, avant d’être relevé. Nul, ce soir, ne sait ce qu’il adviendra : ni le Sénat, ni les magistrats, ni les vétérans des légions de César n’ont fait connaître leur résolution. La ville attend, portes closes.

Le contexte

La séance se tenait dans la curie attenante au théâtre de Pompée, au Champ de Mars, la Curie du Forum étant alors en reconstruction.

César avait été nommé dictateur à plusieurs reprises depuis la guerre civile, et récemment dictateur à vie.

Marcus Junius Brutus, l’un des meneurs, avait été gracié par César après la bataille de Pharsale et élevé par lui à la préture.

La statue de Pompée ornait la salle même où siégeait le Sénat ce jour-là.

État des informations

Nous rapportons les faits des Ides à chaud, tels qu’on peut les connaître ce soir à Rome, sans préjuger de leur suite ni de leurs conséquences. Ce qui n’est pas confirmé est donné comme rumeur.

Ce que l’on sait

  • César a été tué à coups de poignard par des sénateurs conjurés, ce 15 mars, dans la curie du théâtre de Pompée.
  • Le signal fut donné par Tillius Cimber, qui saisit la toge de César sous prétexte de plaider le rappel de son frère.
  • On compte vingt-trois blessures sur le corps ; les conjurés seraient environ soixante.
  • Parmi les meneurs figurent Marcus Junius Brutus, Caius Cassius Longinus et Decimus Junius Brutus Albinus.
  • César est tombé au pied de la statue de Pompée ; les conjurés se sont ensuite retirés au Capitole en se disant libérateurs.

Ce que l’on ignore

  • On ignore ce que décideront le Sénat, les consuls, le peuple et les vétérans de César.
  • On ne sait quelle attitude prendra le consul Marc Antoine, épargné.
  • On ne sait lequel des conjurés retint Antoine à l’écart de la salle : Trébonius ou Decimus Brutus, selon les récits.

Sources historiques utilisées

primary

Suétone, Vie de César (Divus Iulius), 80-82

Suétone · 121

Récit de la conjuration et du meurtre : signal de Tillius Cimber, premier coup de Casca, vingt-trois blessures, mots prêtés en grec, avis du médecin Antistius sur l’unique plaie mortelle, reçue à la poitrine (in pectore).

primary

Plutarque, Vie de César, 66

Plutarque · 100

Déroulé du guet-apens, chute au pied de la statue de Pompée, César se voilant la tête, fuite des conjurés au Capitole.

secondary

Assassinat de Jules César — Wikipédia

Recoupement du lieu (curie du théâtre de Pompée), du signal, du premier coup de Publius Servilius Casca, des vingt-trois coups, des versions des dernières paroles et de qui retint Antoine (Trébonius / Decimus Brutus).

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Aujourd’hier

Les formulations à chaud imitent la dépêche d’un journal paraissant à Rome le soir des Ides. Faits recoupés sur les sources antiques (Suétone, Plutarque, Appien) et Wikipédia ; l’incertain est signalé comme tel.

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