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Le roi est mort cette nuit à Saint-Cloud

Contre l'espoir d'hier, la blessure du roi s'est envenimée dans la journée et la nuit. Henri III s'est éteint vers deux ou trois heures du matin, sans enfant de son sang. Se sachant perdu, il a fait venir le roi de Navarre et enjoint aux seigneurs présents de le tenir pour son successeur. Le camp est frappé de stupeur ; l'assaut prévu ce matin sur Paris est suspendu.

Guillaume Danès 2 août 1589 6 min de lecture
Portrait d’Henri III, roi de France, en costume de cour, vers 1580
François Quesnel, « Portrait d’Henri III (1551-1589), roi de France » (vers 1580), musée Carnavalet, Paris — domaine public (Wikimedia Commons).

Le roi est mort. Henri III, troisième du nom, s'est éteint cette nuit au château de Saint-Cloud, des suites du coup de couteau que lui porta hier matin le religieux jacobin. On avait cru la journée d'hier que la plaie n'était pas mortelle, et le roi lui-même en donnait bon espoir ; mais le mal a empiré au fil des heures, l'infection des entrailles a gagné, et vers deux ou trois heures avant le jour Sa Majesté a rendu l'âme.

Avec lui s'éteint la maison de Valois, qui régnait sur la France depuis plus de deux cent cinquante ans. Le roi meurt sans enfant né de lui, comme sont morts avant lui ses frères. Nul prince de sa lignée directe ne se présente pour prendre sa place, et c'est là, en cette matinée de deuil, ce qui tient les esprits en suspens plus encore que la douleur.

Sentant sa fin venir, le roi n'a pas voulu quitter le monde sans pourvoir à sa succession. Il a fait appeler à son chevet Henri, roi de Navarre, son cousin et beau-frère, avec qui il faisait campagne depuis le printemps, et il a, devant les seigneurs et officiers rassemblés, désigné ce prince pour lui succéder et leur a demandé de lui garder fidélité. Ce qu'il en résultera, nul ne le sait encore.

L'aggravation et la mort

On se souvient de l'assurance qui régnait hier au camp. Le coup avait porté au bas-ventre, mais les chirurgiens mandés auprès du blessé donnaient à entendre que la plaie se pouvait guérir, et le roi montrait assez de vigueur pour qu'on s'en persuadât. Il avait donné des ordres, reçu du monde, parlé de reprendre bientôt l'affaire de Paris. Beaucoup, ici, sont allés dormir en croyant le péril passé.

Le mal en a jugé autrement. Dans l'après-midi et la soirée, l'état du roi s'est altéré ; la fièvre l'a pris, les douleurs ont crû, et ceux qui l'approchaient ont compris que la blessure se corrompait au-dedans. Les médecins, revenus à son chevet, n'ont plus caché leurs craintes. Le roi, dit-on, a reçu ses sacrements en homme qui se sait perdu et a réglé son âme avec fermeté.

La fin est venue dans les dernières heures de la nuit. Sur les paroles mêmes qu'il aurait prononcées en mourant, les récits de ceux qui l'ont veillé ne s'accordent pas tous : chacun rapporte ce qu'il a cru entendre. Ce qui est sûr, c'est qu'il est mort en son bon sens, ayant parlé jusqu'au bout de son royaume et de celui qu'il laissait pour le tenir après lui.

La désignation de Navarre et le serment demandé

Le geste le plus lourd de conséquence, le roi l'a fait avant d'expirer. Il a voulu, en présence des princes, seigneurs et capitaines qui se pressaient dans la chambre, marquer clairement à qui devait revenir la couronne. Il a nommé le roi de Navarre comme son successeur légitime, en sa qualité de plus proche héritier du sang de France, et l'a, à ce qu'on rapporte, prié de veiller sur le royaume qu'il lui laissait.

Aux gentilshommes rassemblés, le roi mourant a demandé de reconnaître ce prince et de lui garder la même fidélité qu'ils lui avaient gardée à lui-même. Plusieurs, dit-on, en ont fait le serment sur l'heure, au pied du lit. On ne saurait dire pourtant que tous s'y soient portés d'un même cœur : reconnaître pour maître un prince de la religion prétendue réformée, que l'Église a retranché de son sein, n'est pas chose que tout catholique accorde sans trouble.

Sur ce que le roi aurait exigé du roi de Navarre touchant sa religion, les propos qui courent au camp sont incertains, et nous ne les donnerons pas pour établis. Ce que l'on peut dire est qu'il a réclamé de lui et des siens la fidélité au royaume et à sa personne désignée. Le reste demeure matière à conjecture, et il serait téméraire d'y rien assurer ce matin.

L'armée qui vacille, l'assaut suspendu, la question ouverte

Le camp de Saint-Cloud est ce matin dans la confusion. L'assaut sur Paris, que l'on tenait pour prochain et dont on parlait hier encore comme d'une affaire de jours, se trouve suspendu : on ne donne pas l'assaut à une capitale le jour où l'on enterre son roi et où l'on ignore qui commandera demain. Les ordres se sont tus, et chacun attend de voir de quel côté iront les choses.

Déjà, l'armée se défait par endroits. Des gentilshommes catholiques, qui servaient le roi défunt de bon cœur, ne se résolvent pas à porter les armes sous un chef huguenot et plient bagage. On les voit quitter le camp par petits groupes, gagner leurs terres ou attendre au loin. D'autres demeurent, liés par leur serment ou par le calcul. Nul ne peut dire, à cette heure, laquelle de ces deux résolutions l'emportera.

Tout est donc ouvert. Le roi a désigné son successeur, mais un roi mourant ne fait pas à lui seul un roi vivant : encore faut-il que le royaume l'accepte, et que l'armée tienne. Nul ne sait si un prince excommunié pourra se faire reconnaître d'un pays en grande partie catholique, ni même s'il se maintiendra devant Paris avec ce qui lui restera de forces. La couronne est tombée cette nuit ; à qui elle demeurera, l'avenir seul le dira.

Le contexte

Depuis 1562, le royaume est déchiré par intermittence entre catholiques et réformés.

En décembre 1588, à Blois, le roi avait fait mettre à mort le duc Henri de Guise et son frère le cardinal, chefs de la Ligue catholique ; la Ligue s'était alors soulevée et la Sorbonne avait déclaré les sujets déliés de leur serment de fidélité au roi.

Paris, tenu par la Ligue, s'était fermé au roi, qui avait dû s'allier au printemps 1589 à Henri de Navarre, chef des protestants, réconcilié avec lui au Plessis-lès-Tours en avril.

Les deux rois marchaient ensemble sur Paris et en pressaient le siège depuis Saint-Cloud lorsque, le 1er août au matin, un religieux jacobin venu de Paris, Jacques Clément, frappa le roi d'un coup de couteau.

État des informations

Cette édition s'en tient à ce qui est connaissable au matin du 2 août 1589 : la mort du roi, la désignation de Navarre, le serment demandé, l'assaut suspendu et le trouble du camp. Elle ne préjuge en rien de la suite — ni de l'accueil qui sera fait au prince désigné, ni du sort du siège — et ne nomme aucun commanditaire.

Ce que l’on sait

  • Henri III est mort au château de Saint-Cloud dans la nuit du 1er au 2 août 1589, des suites du coup de couteau reçu la veille, la blessure s'étant envenimée.
  • Il meurt sans héritier direct de son sang ; la maison de Valois s'éteint avec lui.
  • Avant de mourir, il a désigné devant les seigneurs présents Henri de Navarre pour son successeur et leur a demandé de lui garder fidélité.
  • L'assaut prévu sur Paris est suspendu et le camp de Saint-Cloud est en désarroi.

Ce que l’on ignore

  • Nul ne sait si Henri de Navarre, prince réformé et excommunié, sera reconnu pour roi par un royaume en majorité catholique.
  • On ignore si l'armée assemblée devant Paris tiendra, ou si la désertion des seigneurs catholiques la disloquera.
  • Ce que le roi mourant a précisément exigé de Navarre, notamment touchant sa religion, n'est pas établi ; les témoins divergent.
  • Qui a armé et envoyé le religieux demeure inconnu.

Sources historiques utilisées

secondary

Assassinat d'Henri III — Wikipédia

Déroulé de l'attentat du 1er août, de l'aggravation de la blessure et de la mort du roi dans la nuit du 1er au 2 août, ainsi que de la désignation d'Henri de Navarre.

editorial-reconstruction

Reconstitution journalistique

Les formulations à chaud imitent la voix d'un chroniqueur suivant la crise de Saint-Cloud au jour le jour, du 1er au 4 août 1589. Aucune connaissance postérieure au 2 août n'est mobilisée ; les dernières paroles du roi sont laissées au style indirect et nul commanditaire du moine n'est désigné.

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