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Le roi frappé d’un couteau au camp de Saint-Cloud

Ce matin, sous sa tente de Saint-Cloud, le roi a reçu en audience privée un religieux jacobin venu de Paris. L’homme l’a frappé au bas-ventre d’un couteau caché ; le roi a arraché la lame et en a frappé son agresseur, que les gardes ont aussitôt mis à mort. Les chirurgiens jugent d’abord la blessure légère.

Guillaume Danès 1 août 1589 6 min de lecture
Estampe de 1589 représentant Jacques Clément poignardant le roi Henri III au camp de Saint-Cloud, entouré de gardes
Henri III assassiné par Jacques Clément, estampe anonyme (1589), Bibliothèque nationale de France — domaine public (Wikimedia Commons).

Une frayeur immense a saisi le camp royal ce matin. Le roi Henri, troisième du nom, a été frappé d’un couteau au bas-ventre par un moine jacobin qu’il venait de recevoir en audience privée, sous sa tente de Saint-Cloud, à la veille de l’assaut que l’on prépare contre Paris. Le religieux a été tué sur l’heure par les gardes. Le roi, lui, vit ; ses chirurgiens, mandés sans délai, ont d’abord tenu la plaie pour légère, et l’on espère au camp qu’elle guérira.

L’homme s’était présenté la veille au soir, disant porter des lettres de conséquence pour Sa Majesté. On l’avait fait attendre. Ce matin, introduit auprès du roi qui se levait à peine, il s’est approché sous couleur de remettre son message, puis a tiré de sa manche une lame qu’il a enfoncée dans le bas-ventre du roi. Le roi a jeté un grand cri, arraché lui-même le couteau de sa blessure et en a frappé au visage celui qui l’avait assailli. À ce cri, les gentilshommes de la garde se sont rués dans la tente et ont percé le moine de leurs coups.

L’émotion, dans le camp, est à la mesure du péril auquel on a cru voir périr le roi sous ses yeux. Les soldats se pressent aux abords de la tente ; on demande des nouvelles d’heure en heure. À quelques lieues de là, Paris tient toujours ses portes closes contre son roi, et les deux armées, celle de France et celle du roi de Navarre, campent devant la ville qu’elles s’apprêtaient à forcer.

La ruse de la lettre et le coup porté

Ce que l’on peut reconstituer de la matinée tient en peu de faits, mais ils sont accablants. Le moine, un jacobin — c’est-à-dire un religieux de l’ordre de saint Dominique, du couvent Saint-Jacques de Paris —, s’était fait passer pour porteur d’un pli du premier président du Parlement, monsieur de Harlay, que la Ligue retient prisonnier dans Paris. C’est le procureur général La Guesle qui, ajoutant foi à cette qualité, l’avait présenté et introduit auprès du roi.

On dit que le roi, se croyant devant un homme d’Église porteur de bonnes intentions, l’avait accueilli avec familiarité et s’était penché pour prendre la lettre ou en écouter le secret. C’est ce moment que le moine a choisi. La lame, dissimulée, a frappé bas. Le roi a eu la présence d’esprit de l’arracher et de rendre le coup ; sans quoi, dit-on ici, l’homme eût pu redoubler.

Les gardes, les gentilshommes que l’on nomme les Quarante-Cinq, n’ont pas laissé au meurtrier le temps de se reprendre. Ils l’ont transpercé sur place, puis, dans leur fureur, ont jeté son corps par une fenêtre de la maison où le roi avait son logement. Ainsi l’assassin est mort avant qu’on ait pu tirer de lui un seul mot.

L’homme abattu, dont on ne saura rien de sa bouche

De celui qui a porté le coup, on sait peu, et l’on n’en saura peut-être guère davantage, puisqu’il n’est plus. C’était un jeune religieux jacobin, venu de Paris, la ville ligueuse. On avance qu’il se nommerait Clément et qu’il serait originaire des environs de Sens. Il aurait franchi les lignes en se réclamant de sa robe et de son message.

Reste la question que tout le camp se pose à voix basse : ce moine a-t-il agi de son seul mouvement, poussé par le fanatisme qui échauffe les chaires de Paris contre le roi, ou l’a-t-on armé et envoyé ? Depuis que la Sorbonne a prétendu délier les sujets de leur serment de fidélité, depuis la mort des princes de Guise à Blois, les prédicateurs de la Ligue appellent ouvertement le ciel contre la personne du roi. Un tel geste ne surprend pas ceux qui les ont entendus. Mais nommer une main derrière celle du moine serait aujourd’hui pure conjecture : celui qui pourrait répondre est mort.

Le camp sous le choc, l’assaut en suspens

Depuis des semaines, le roi de France et le roi de Navarre, réconciliés au printemps, ont fait cause commune pour réduire Paris, qui s’est donnée à la Ligue et refuse son souverain. Les deux armées ont pris Pithiviers, Étampes, Pontoise, resserré leur étreinte, et l’on tenait l’assaut de la capitale pour proche. Ce couteau, ce matin, a suspendu tout cela.

Aux dernières nouvelles, le roi reposait, entouré de ses médecins et de ses proches. On assure qu’il a gardé sa fermeté, qu’il a parlé, donné des ordres, et voulu qu’on ne l’abandonnât pas au découragement. Les chirurgiens, ayant sondé la plaie, ont d’abord rassuré l’entourage : la blessure, disent-ils, n’est pas de celles qui emportent un homme. On veut les croire.

Nul, cependant, ne se hasarde à dire ce qu’il adviendra d’une entreprise qui reposait tout entière sur la personne du roi. Si Sa Majesté se relève, l’assaut reprendra son cours. Le camp, ce soir, prie et guette. Nous rapporterons ce que les jours prochains apprendront de l’état du roi.

Le contexte

Depuis 1562, le royaume est déchiré par intermittence entre catholiques et réformés ; la Ligue, parti catholique intransigeant, tient Paris et plusieurs grandes villes.

En décembre 1588, à Blois, le roi a fait mettre à mort le duc Henri de Guise et son frère le cardinal, chefs de la Ligue ; depuis, la Sorbonne a prétendu délier les sujets de leur serment de fidélité et Paris s’est soulevée contre son roi.

Au printemps 1589, au Plessis-lès-Tours, le roi s’est réconcilié avec Henri de Navarre, son héritier désigné et chef du parti protestant ; les deux armées marchent ensemble sur Paris.

Les jours derniers, l’armée royale a pris Pithiviers, Étampes et Pontoise, et campe désormais à Saint-Cloud, aux portes de la capitale, où l’assaut se préparait.

État des informations

Cette édition s’en tient à ce qui est connaissable au soir du 1er août 1589 : l’attentat, la mise à mort du moine, l’état du roi tel que ses chirurgiens le donnent. Elle ne préjuge ni de l’issue de la blessure, ni de la main qui a pu armer l’assassin, que sa mort sur place laisse hors de portée de toute enquête.

Ce que l’on sait

  • Le matin du 1er août 1589, au camp de Saint-Cloud, le roi Henri III a été frappé d’un couteau au bas-ventre par un religieux jacobin qu’il recevait en audience privée.
  • Le moine avait été introduit auprès du roi par le procureur général La Guesle, sous couleur de porter une lettre du premier président de Harlay, prisonnier des ligueurs à Paris.
  • Le roi a arraché la lame et en a frappé le visage de son agresseur ; les gardes ont aussitôt mis le moine à mort et jeté son corps par une fenêtre.
  • Les chirurgiens du roi, ayant examiné la blessure, l’ont d’abord jugée légère ; le roi est vivant et a continué de parler et de donner des ordres.

Ce que l’on ignore

  • L’issue de la blessure demeure incertaine : les premiers avis sont rassurants, mais nul ne peut encore répondre de la guérison du roi.
  • On ignore si le moine a agi de lui-même ou si quelqu’un l’a armé et envoyé : tué sur place, il n’a pu être interrogé.
  • On ne sait ce qu’il adviendra du siège de Paris et de l’entreprise commune des deux rois si le roi devait rester alité.

Sources historiques utilisées

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Assassinat d’Henri III — Wikipédia

Déroulé de l’audience du 1er août 1589 à Saint-Cloud : l’introduction du moine par La Guesle, la lettre attribuée à Harlay, le coup porté, la riposte du roi et la mise à mort de l’assassin.

editorial-reconstruction

Reconstitution journalistique

La rédaction d’« Aujourd’hier » suit la crise de Saint-Cloud au jour le jour, du 1er au 4 août 1589. Les formulations à chaud imitent la voix d’un chroniqueur du camp royal ; rien n’est préjugé de qui a pu armer le moine ni de la suite.

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