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Provinces, cours étrangères : ce que l’on ignore encore de l’accueil fait à la nouvelle

Trois jours après la mort du roi, la nouvelle n'a pas fini de se répandre dans le royaume, et n'a pas même commencé, pour la plupart, à franchir les frontières. Un pays coupé par la guerre, des courriers qui doivent contourner les villes tenues par la Ligue, des cours étrangères qui n'ont peut-être pas encore appris la chose : ce que Rome, Madrid, Londres ou les princes d'Allemagne en penseront demeure, à cette heure, une question sans réponse.

Estienne Ferrand 4 août 1589 5 min de lecture

Trois jours ont passé depuis la mort du roi, et la nouvelle, qui a couru dès le matin du 2 août dans le camp de Saint-Cloud et dans les villes voisines de l'Île-de-France, est loin d'avoir atteint tout le royaume. La France que nous habitons n'est pas un pays où un courrier va d'un bout à l'autre en un jour : les routes sont mauvaises, la guerre en ferme plusieurs, et les places tenues par la Ligue n'ont aucune raison de laisser passer sans encombre un message qui vient du camp royal.

De Paris même, à deux lieues de Saint-Cloud, on tient sans doute déjà la chose pour sue, tant les nouvelles s'y répandent vite entre assiégeants et assiégés. Mais Lyon, Toulouse, Marseille, ou les villes de Bretagne, n'en sauront rien avant plusieurs jours, et certaines l'apprendront par des voies détournées, colportée avant que d'être confirmée par lettre en bonne forme. C'est cette latence, plus que la nouvelle elle-même, qui occupe aujourd'hui notre attention : nous ne savons pas ce que ce royaume, ni ce que les cours d'au-delà de ses frontières, en penseront, pour la simple raison qu'ils ne le savent pas encore eux-mêmes.

Des nouvelles au compte-gouttes

Le camp royal expédie des lettres depuis deux jours vers les villes et les gouverneurs qui lui restent fidèles, pour leur faire connaître la mort du roi et la désignation de Navarre. Mais ces courriers ne vont pas en ligne droite : il leur faut éviter les places tenues par la Ligue, prendre des chemins de traverse, parfois voyager de nuit ou sous escorte. Une lettre partie de Saint-Cloud pour Tours ou pour les provinces de l'Ouest met plusieurs jours à trouver son destinataire, quand elle n'est pas interceptée en chemin.

À l'inverse, ce que Paris et les villes ligueuses savent ou croient savoir se répand par une rumeur qui court plus vite que le courrier officiel, mais qui se déforme à mesure. On ne peut donc pas dire aujourd'hui, avec quelque certitude, ce que telle ville de province tient pour vrai de la mort du roi et de la succession : la même nouvelle y arrive tantôt comme un fait acquis, tantôt comme un bruit qu'on doute encore de croire.

Un royaume en mosaïque

Le royaume que la nouvelle va parcourir n'est pas un seul pays, mais une mosaïque de villes et de provinces aux fidélités opposées. Paris, Lyon, Toulouse, Marseille et nombre de grandes villes tiennent pour la Ligue depuis plusieurs années déjà et ne reconnaissaient déjà plus guère l'autorité du roi défunt ; le Parlement fidèle au roi, chassé de Paris, siège depuis lors à Tours. D'autres villes et provinces, moins nombreuses, sont demeurées à l'obéissance du roi.

Comment chacune de ces villes va-t-elle accueillir l'annonce d'un successeur huguenot et excommunié, nul ne peut le dire à cette heure. Les villes ligueuses, qui refusaient déjà Henri III pour son accommodement avec Navarre, ont toute raison de refuser Navarre lui-même ; mais rien n'assure qu'elles s'accordent entre elles sur la conduite à tenir, non plus que sur le prince à opposer à lui. Quant aux villes demeurées fidèles au roi défunt, on ignore si elles reporteront cette fidélité sur son successeur désigné, ou si la religion de celui-ci les fera hésiter à leur tour.

Les cours étrangères, un silence qui va durer

Au-delà des frontières du royaume, la nouvelle mettra plus longtemps encore à parvenir, et plus longtemps encore à produire une réponse. Rome, qui a par le passé prononcé sentence contre le roi de Navarre, n'a pas eu le temps d'apprendre sa désignation ni, à plus forte raison, d'y répondre. Madrid, Londres, les princes protestants d'Allemagne sont dans le même cas : aucune cour étrangère n'a pu, à ce jour, faire connaître une position sur un événement survenu il y a trois jours à peine, dans un royaume avec lequel les courriers mettent, par temps ordinaire déjà, plusieurs semaines à correspondre.

Ce que chacune de ces puissances fera de la nouvelle, une fois qu'elle l'aura reçue, reste une question entière. Le roi d'Espagne suit depuis longtemps les affaires de ce royaume avec un intérêt qu'on ne lui connaît que trop ; le pape a des raisons anciennes de se défier du roi de Navarre ; les princes réformés d'Allemagne partagent sa religion. Mais faire dire à ces silences ce qu'ils annoncent serait prêter aux uns et aux autres des résolutions qu'ils n'ont pas encore eu le loisir de prendre, faute même d'être informés.

Le contexte

Henri III est mort à Saint-Cloud dans la nuit du 1er au 2 août 1589, après avoir désigné le roi de Navarre pour lui succéder.

Depuis la journée des barricades de mai 1588, Paris est tenue par la Ligue catholique, qui n'obéit plus au roi défunt ; le Parlement fidèle à la couronne s'est établi à Tours.

Lyon, Toulouse, Marseille et nombre d'autres grandes villes ont, ces dernières années, pris le parti de la Ligue.

Le roi de Navarre, chef du parti protestant, est excommunié par Rome depuis plusieurs années.

État des informations

Cet article s'en tient à ce qui est connaissable au 4 août 1589 : la lenteur et l'inégalité de la diffusion de la nouvelle, en France comme à l'étranger. Il n'attribue aucune réaction, aucun ralliement ni aucune hostilité à une ville ou à une cour qui n'a pas eu, à cette date, le temps matériel d'en formuler une.

Ce que l’on sait

  • La mort du roi et la désignation de Navarre sont connues à Saint-Cloud et dans les environs immédiats de Paris depuis le 2 août.
  • Le royaume est, depuis plusieurs années déjà, divisé entre villes ligueuses (Paris, Lyon, Toulouse, Marseille et d'autres) et villes demeurées à l'obéissance du roi.
  • Les courriers du camp royal doivent, pour rejoindre les provinces et l'étranger, éviter les places tenues par la Ligue et empruntent des voies détournées.

Ce que l’on ignore

  • Combien de temps mettra la nouvelle à atteindre chaque ville et chaque cour, et sous quelle forme elle y parviendra.
  • Quelles villes, ligueuses ou fidèles, reconnaîtront Navarre, le refuseront, ou hésiteront.
  • Ce que feront Rome, Madrid, Londres et les princes protestants d'Allemagne une fois informés ; aucune de ces cours n'a pu, à ce jour, faire connaître une position.
  • Si les villes ligueuses s'accorderont entre elles sur un prince à opposer à Navarre.

Sources historiques utilisées

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Siège de Paris (1589) — Wikipédia

Consulté pour la géographie des villes tenues par la Ligue et pour l'installation du Parlement fidèle au roi à Tours après la fermeture de Paris.

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Assassinat d'Henri III — Wikipédia

Consulté pour la chronologie de la mort du roi et de la désignation de Navarre, point de départ de la diffusion de la nouvelle traitée ici.

editorial-reconstruction

Reconstitution journalistique

La rédaction suit la crise de Saint-Cloud au jour le jour, du 1er au 4 août 1589. Cet article restitue la latence réelle de l'information à l'époque, sans prêter aux cours étrangères ou aux provinces des réactions qu'elles n'ont pas eu le temps de formuler.

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