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Deux rois devant Paris : où en est le siège

Depuis le camp de Saint-Cloud, le roi et son cousin de Navarre tiennent la capitale par le nord et par le sud. Pithiviers, Étampes, Pontoise sont tombées ; l'assaut général est fixé à l'aube du 2 août. Point sur un dispositif sans précédent.

Anthoine Ravot 1 août 1589 5 min de lecture

Paris est cerné. Depuis plusieurs jours déjà, l'armée du roi tient les abords de la ville par le nord, le camp dressé à Saint-Cloud, tandis que celle du roi de Navarre, son cousin et héritier, occupe Meudon et les hauteurs qui commandent la rive gauche. À eux deux, catholiques du roi et réformés de Navarre réunis sous un même dessein, ils disposent d'une armée comme la ville n'en avait plus vu masser sous ses murs.

Ce rassemblement est l'aboutissement d'une marche entamée depuis la réconciliation d'avril, au Plessis-lès-Tours. Le roi, chassé de sa capitale par la Ligue et privé de ses places, avait alors traité avec celui qu'une partie du royaume tenait pour son adversaire naturel. Depuis, les deux armées ont marché de conserve, prenant tour à tour Pithiviers, Étampes, puis Pontoise, verrou qui coupait Paris des vivres de Normandie.

Le siège, désormais, est complet ou peu s'en faut. Et c'est à l'aube du 2 août, selon ce qu'on rapporte dans l'entourage des deux camps, que l'assaut général doit être donné contre les murs de la ville tenue par la Ligue.

Le dispositif du siège

L'armée royale s'est répartie en deux masses, chacune adossée à un poste solide. Au nord, depuis Saint-Cloud, le roi fait face aux portes Saint-Honoré, à Montmartre et à Saint-Denis. Au sud, depuis Meudon, le roi de Navarre tient les faubourgs Saint-Germain et Saint-Marcel. Entre les deux, la Seine sépare les camps sans rompre l'accord qui les lie : chacun sait le rôle qui lui revient dans l'entreprise commune.

La prise de Pontoise, voici quelques jours à peine, a privé la ville d'un des chemins par où lui venaient farines et grains de Normandie ; Pithiviers et Étampes, plus au sud, avaient déjà coupé d'autres routes. Paris, dit-on dans les deux camps, commence à sentir la disette. C'est sur cette lassitude, autant que sur la force des armes, que les rois comptent pour emporter la place.

On assure de part et d'autre que les corps de troupes sont prêts, les échelles et les pièces disposées, et que rien ne manque plus que le signal. La ville, de son côté, arme sa milice bourgeoise et attend, retranchée derrière ses murs et la résolution de ceux qui la tiennent pour la Ligue.

L'alliance des deux rois

Il faut mesurer ce que représente le spectacle de ce camp unique. Le roi très chrétien et le premier prince du sang, chef reconnu du parti protestant, combattent côte à côte sous les mêmes murs, quand des mois durant on les a dits ennemis. L'accord du Plessis-lès-Tours a rapproché deux partis qu'une guerre de religion vieille de vingt-sept ans avait dressés l'un contre l'autre.

Cette proximité ne va pas sans grincements. Dans le camp catholique, des gentilshommes voient d'un mauvais œil de servir aux côtés d'une armée où l'on chante les psaumes et où l'on ne fait pas dire la messe. Dans le camp de Navarre, à l'inverse, beaucoup se demandent ce que vaudra, une fois la ville prise, la parole donnée par un roi que la Ligue et une part du clergé tiennent pour illégitime en son propre royaume.

Pour l'heure pourtant, l'entente tient sur le terrain, et c'est elle qui a permis les prises de ces dernières semaines. Officiers des deux bords se concertent, se répartissent les quartiers, et l'on n'a pas encore vu, dans les rangs, d'incident qui trouble l'entreprise commune.

Ce qui se joue à l'aube du 2 août

L'enjeu de l'assaut annoncé dépasse la seule prise d'une ville. Réduire Paris, c'est ôter à la Ligue son siège et sa force principale, au moment même où l'alliance qui l'assiège reste, aux yeux de beaucoup, fragile et sans précédent. Un échec, ou un retard, laisserait à la ville et à ses défenseurs le temps de se refaire ; un succès rapide donnerait à l'accord d'avril la meilleure preuve de sa solidité.

Le camp royal de Saint-Cloud a connu, ce matin même, une émotion vive dont la ville et l'armée parlent déjà beaucoup. Nous y reviendrons dans une prochaine édition ; elle ne change rien, à cette heure, à l'ordre donné pour l'assaut du 2 août, que les officiers des deux camps disent maintenu.

C'est donc dans les prochaines heures que l'on saura si le siège commencé au printemps touche à son terme, ou si Paris, une fois de plus, tiendra devant ses assiégeants.

Le contexte

La huitième guerre de Religion oppose depuis 1585 la Ligue catholique, qui tient Paris, au roi Henri III, contraint de fuir sa capitale en mai 1588 après la journée des Barricades.

L'assassinat des princes de Guise à Blois, en décembre 1588, a soulevé la Ligue et la Sorbonne contre le roi, qui a dû chercher l'appui du roi de Navarre.

Le traité du Plessis-lès-Tours, conclu fin avril 1589, a réconcilié Henri III et Henri de Navarre, héritier présomptif du royaume, contre l'ennemi ligueur commun.

Depuis cette réconciliation, l'armée conjointe des deux rois a pris Pithiviers, Étampes puis Pontoise avant d'investir Paris par le nord et par le sud.

État des informations

Cet article s'en tient au dispositif militaire tel qu'il se présente au matin du 1er août 1589 et à l'assaut annoncé pour le lendemain ; il ne préjuge en rien de l'issue du siège.

Ce que l’on sait

  • Le roi et le roi de Navarre tiennent Paris assiégée depuis leurs camps de Saint-Cloud (nord) et de Meudon (sud).
  • Pithiviers, Étampes et Pontoise ont été prises par l'armée conjointe avant l'investissement de la capitale.
  • L'assaut général contre les murs de Paris est annoncé pour l'aube du 2 août dans les deux camps.

Ce que l’on ignore

  • L'issue de l'assaut annoncé n'est pas connue à l'heure où nous écrivons.
  • La tenue réelle, sur la durée, de l'alliance entre troupes catholiques royales et troupes réformées de Navarre reste incertaine.

Sources historiques utilisées

secondary

Siège de Paris (1589) — Wikipédia

Déroulé du siège de juillet-août 1589 : prises de Pithiviers, Étampes et Pontoise, camps de Saint-Cloud et Meudon, assaut général prévu le 2 août.

editorial-reconstruction

Reconstitution journalistique

La rédaction suit la crise de Saint-Cloud au jour le jour, du 1er au 4 août 1589, sans rien préjuger de la suite du siège ni de l'issue de la journée.

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