Deux rois devant Paris : où en est le siège
Depuis le camp de Saint-Cloud, le roi et son cousin de Navarre tiennent la capitale par le nord et par le sud. Pithiviers, Étampes, Pontoise sont tombées ; l'assaut général est fixé à l'aube du 2 août. Point sur un dispositif sans précédent.
Paris est cerné. Depuis plusieurs jours déjà, l'armée du roi tient les abords de la ville par le nord, le camp dressé à Saint-Cloud, tandis que celle du roi de Navarre, son cousin et héritier, occupe Meudon et les hauteurs qui commandent la rive gauche. À eux deux, catholiques du roi et réformés de Navarre réunis sous un même dessein, ils disposent d'une armée comme la ville n'en avait plus vu masser sous ses murs.
Ce rassemblement est l'aboutissement d'une marche entamée depuis la réconciliation d'avril, au Plessis-lès-Tours. Le roi, chassé de sa capitale par la Ligue et privé de ses places, avait alors traité avec celui qu'une partie du royaume tenait pour son adversaire naturel. Depuis, les deux armées ont marché de conserve, prenant tour à tour Pithiviers, Étampes, puis Pontoise, verrou qui coupait Paris des vivres de Normandie.
Le siège, désormais, est complet ou peu s'en faut. Et c'est à l'aube du 2 août, selon ce qu'on rapporte dans l'entourage des deux camps, que l'assaut général doit être donné contre les murs de la ville tenue par la Ligue.
Le dispositif du siège
L'armée royale s'est répartie en deux masses, chacune adossée à un poste solide. Au nord, depuis Saint-Cloud, le roi fait face aux portes Saint-Honoré, à Montmartre et à Saint-Denis. Au sud, depuis Meudon, le roi de Navarre tient les faubourgs Saint-Germain et Saint-Marcel. Entre les deux, la Seine sépare les camps sans rompre l'accord qui les lie : chacun sait le rôle qui lui revient dans l'entreprise commune.
La prise de Pontoise, voici quelques jours à peine, a privé la ville d'un des chemins par où lui venaient farines et grains de Normandie ; Pithiviers et Étampes, plus au sud, avaient déjà coupé d'autres routes. Paris, dit-on dans les deux camps, commence à sentir la disette. C'est sur cette lassitude, autant que sur la force des armes, que les rois comptent pour emporter la place.
On assure de part et d'autre que les corps de troupes sont prêts, les échelles et les pièces disposées, et que rien ne manque plus que le signal. La ville, de son côté, arme sa milice bourgeoise et attend, retranchée derrière ses murs et la résolution de ceux qui la tiennent pour la Ligue.
L'alliance des deux rois
Il faut mesurer ce que représente le spectacle de ce camp unique. Le roi très chrétien et le premier prince du sang, chef reconnu du parti protestant, combattent côte à côte sous les mêmes murs, quand des mois durant on les a dits ennemis. L'accord du Plessis-lès-Tours a rapproché deux partis qu'une guerre de religion vieille de vingt-sept ans avait dressés l'un contre l'autre.
Cette proximité ne va pas sans grincements. Dans le camp catholique, des gentilshommes voient d'un mauvais œil de servir aux côtés d'une armée où l'on chante les psaumes et où l'on ne fait pas dire la messe. Dans le camp de Navarre, à l'inverse, beaucoup se demandent ce que vaudra, une fois la ville prise, la parole donnée par un roi que la Ligue et une part du clergé tiennent pour illégitime en son propre royaume.
Pour l'heure pourtant, l'entente tient sur le terrain, et c'est elle qui a permis les prises de ces dernières semaines. Officiers des deux bords se concertent, se répartissent les quartiers, et l'on n'a pas encore vu, dans les rangs, d'incident qui trouble l'entreprise commune.
Ce qui se joue à l'aube du 2 août
L'enjeu de l'assaut annoncé dépasse la seule prise d'une ville. Réduire Paris, c'est ôter à la Ligue son siège et sa force principale, au moment même où l'alliance qui l'assiège reste, aux yeux de beaucoup, fragile et sans précédent. Un échec, ou un retard, laisserait à la ville et à ses défenseurs le temps de se refaire ; un succès rapide donnerait à l'accord d'avril la meilleure preuve de sa solidité.
Le camp royal de Saint-Cloud a connu, ce matin même, une émotion vive dont la ville et l'armée parlent déjà beaucoup. Nous y reviendrons dans une prochaine édition ; elle ne change rien, à cette heure, à l'ordre donné pour l'assaut du 2 août, que les officiers des deux camps disent maintenu.
C'est donc dans les prochaines heures que l'on saura si le siège commencé au printemps touche à son terme, ou si Paris, une fois de plus, tiendra devant ses assiégeants.