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Sans armée pour les défendre, les cités tombent

Deux semaines après le désastre des Cornes de Hattin, le royaume n'a plus d'ost pour tenir ses murs. Tibériade, Acre, et d'autres places du littoral passent aux mains de Saladin l'une après l'autre.

Frère Anselme d'Acre 16 juillet 1187 5 min de lecture
Enluminure médiévale : l'armée de Saladin s'emparant d'une ville fortifiée du royaume, défenseurs massés sur les remparts.
L'armée de Saladin s'empare d'une place du royaume (prise de Gaza), enluminure de la « Chronique d'Ernoul et de Bernard le Trésorier » (Bruges, vers 1450), British Library, Royal MS 15 E I, fol. 365 — œuvre du domaine public ; reproduction British Library, CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons).

La nouvelle qui nous parvient de tout le littoral est la même, de ville en ville : il n'y a plus personne pour défendre les murs. Depuis que l'ost du royaume a été anéanti aux Cornes de Hattin, voici quinze jours, les cités que nous croyions sûres se rendent sans qu'une bataille soit livrée devant elles.

La raison en est cruelle et simple. Pour former la grande armée réunie aux sources de Saffouriyé, on avait dégarni les places : chevaliers, sergents, hommes d'armes, tous avaient été appelés sous les bannières du roi. Cette armée est détruite, ses hommes tués ou captifs. Derrière les remparts, il ne reste que des vieillards, des bourgeois et des femmes. Contre les troupes de Saladin, qui parcourt maintenant la côte à sa guise, ces murs ne sont plus que des pierres.

Tibériade et la comtesse Eschiva

La première à tomber fut Tibériade. On se souvient que c'est le siège mis par Saladin devant cette ville qui avait décidé le roi à marcher, laissant les sources pour porter secours à la place. La cité basse avait été prise avant même la bataille ; seule tenait encore la citadelle, où s'était retranchée la comtesse Eschiva, dame de Tibériade et femme du comte de Tripoli.

On nous rapporte que la citadelle a été rendue le 5 juillet, au lendemain de la journée de Hattin, dès que la nouvelle du désastre y fut connue. Privée de tout espoir de secours — l'armée qui devait la délivrer n'existait plus —, la comtesse aurait obtenu de se retirer avec les siens. Les récits diffèrent sur le jour exact et sur les conditions accordées ; nous les donnons sous réserve.

Acre capitule

Puis vint le tour d'Acre, notre grande cité portuaire, la plus riche du royaume, celle par où passent les navires, les marchandises et les pèlerins. On dit qu'elle a capitulé à conditions le 9 juillet. Une place de cette importance, rendue sans siège véritable : voilà qui dit assez l'étendue du malheur.

Là encore, il n'y avait plus de garnison pour tenir tête. Les bourgeois auraient traité pour épargner leurs vies et leurs biens, obtenant de quitter la ville. Le port, les entrepôts, les remparts que l'on disait imprenables : tout est perdu d'un coup. D'autres places du littoral suivent, à ce qu'on assure, dans les mêmes jours et de la même façon ; les dépêches se contredisent sur les dates, et nous nous gardons d'en affirmer aucune avec certitude.

Un royaume sans défenseurs

Ce n'est pas une ville que nous perdons, c'est la capacité même de nous défendre. Un royaume tient par son ost autant que par ses murailles ; l'ost n'est plus, et les murailles, sans hommes, ne retiennent personne. Chaque courrier apporte le nom d'une nouvelle place passée à l'ennemi.

Nul ici ne saurait dire où s'arrêtera cette marée, ni quelles cités tiendront et lesquelles se rendront. On prie, on compte les jours, on guette la mer dans l'espoir de renforts d'outre-mer. En attendant, chacun mesure ce que valent des remparts quand il n'y a plus de bras pour les garnir.

Le contexte

Aux sources de Saffouriyé, l'armée du royaume de Jérusalem avait été rassemblée en vidant les garnisons des villes pour marcher au secours de Tibériade.

Le 4 juillet, cette armée a été détruite aux Cornes de Hattin ; le roi Guy de Lusignan et de nombreux barons ont été faits prisonniers.

Saladin, maître du champ de bataille, a aussitôt lancé ses troupes vers la côte.

État des informations

Les dates de reddition de plusieurs villes varient selon les sources ; nous les donnons avec prudence. Nous ne préjugeons d'aucune place à venir.

Ce que l’on sait

  • La citadelle de Tibériade, où s'était retranchée la comtesse Eschiva, a été rendue le 5 juillet.
  • Acre, la grande cité portuaire, a capitulé à conditions le 9 juillet.
  • Les places tombent l'une après l'autre, faute d'armée pour les défendre : les garnisons avaient été rassemblées dans l'ost détruit à Hattin.

Ce que l’on ignore

  • On ignore quelles villes tiendront et lesquelles se rendront.
  • Le sort du royaume et la durée de résistance de la côte sont inconnus.

Sources historiques utilisées

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Bataille de Hattin

Wikipédia (fr)

Reddition de la citadelle de Tibériade au lendemain de la bataille ; effondrement du littoral en juillet 1187, l'ost du royaume ayant été anéanti.

secondary

Saladin's Holy War

historyofwar.org

Campagne de Saladin sur la côte après Hattin, places rendues faute de défenseurs.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — la cascade des redditions

La rédaction

Les formulations à chaud imitent le regard d'un chroniqueur franc de la côte à la mi-juillet 1187 ; les dates de reddition, variables selon les sources, sont données avec réserve.

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