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Fallait-il quitter Saffouriyé ?

Un mois après le désastre, la même question revient dans toutes les bouches des rescapés : pourquoi avons-nous abandonné le point d’eau où l’armée était sûre ? Plaidoyer d’un homme qui y était.

Un banneret du royaume 29 juillet 1187 4 min de lecture

J’ai chevauché dans cette armée, et j’écris ces lignes parce que je ne supporte plus d’entendre dire que le Ciel seul nous a frappés. Le Ciel n’a pas versé notre eau dans le sable : nous l’avons laissée derrière nous, de notre propre main, en levant le camp de Saffouriyé. Que Dieu nous ait retiré sa faveur, je ne le nie pas. Mais je cherche aussi, comme un homme, ce que des hommes ont décidé.

On me répondra que le sort d’une bataille est dans la main de Dieu, et que fouiller les avis du conseil est vanité. Je réponds que nous devons à nos morts de comprendre comment nous les avons menés là. C’est le sens de ces lignes, et rien d’autre.

L’eau qu’on a laissée derrière

À Saffouriyé, nous avions les sources. L’armée y était rassemblée, nombreuse, abreuvée, à l’ombre de ses tentes. Tant que nous tenions ce point d’eau, l’ennemi ne pouvait rien contre nous : c’est à lui de venir nous chercher, sous le soleil, loin de ses propres puits.

Devant nous, Tibériade était assiégée, et l’on savait la comtesse enfermée dans la citadelle. L’honneur commandait d’aller la secourir. Mais entre Saffouriyé et Tibériade s’étend un pays sec, sans eau sûre, où une armée entière peut brûler avant d’avoir vu l’ennemi. C’est ce chemin que nous avons pris. Nous l’avons payé à Hattin, la gorge en feu, sans une goutte pour tenir la ligne.

Deux avis au conseil

On raconte, dans les tentes des survivants, qu’au conseil de guerre les avis se sont partagés. On prête au comte de Tripoli d’avoir supplié le roi de ne pas bouger, de laisser l’ennemi s’épuiser devant nos sources, quitte à voir brûler ses propres terres et sa propre ville. Et l’on dit que le maître du Temple, au contraire, a poussé le roi à marcher, tenant qu’il y avait honte à rester immobile pendant qu’une place du royaume tombait.

Je rapporte ces propos comme on me les a rapportés. Je n’étais pas sous la tente du roi, et je me méfie des récits qui font parler chacun mot pour mot un mois après, quand tant d’hommes ont intérêt à charger leur voisin. Ce que je sais, c’est que le roi a tranché pour la marche, et que nous avons obéi. Le reste, ce sont des voix qui s’accusent.

Car les rancunes entre nos barons ne datent pas de cette bataille. Depuis des mois on se querelle, on se soupçonne, on se prête des trahisons. Que ces vieilles haines colorent aujourd’hui le récit du conseil, je le tiens pour certain. Il faut les entendre, mais ne pas les prendre pour la vérité nue.

Ce qu’on ne saura peut-être jamais

Certains vont plus loin et parlent tout net de trahison du comte de Tripoli. Je m’y refuse. Conseiller la prudence n’est pas trahir, et j’ai vu trop de rescapés chercher un coupable pour ne pas se chercher eux-mêmes. Rien, à cette heure, n’établit une félonie. Le dire serait ajouter une faute à notre malheur.

Alors, fallait-il quitter Saffouriyé ? Je crois, moi, que non, et que l’eau valait mieux que l’honneur d’une marche. Mais je sais aussi que si nous avions tenu et laissé tomber Tibériade sans un geste, les mêmes bouches nous reprocheraient aujourd’hui notre lâcheté. On juge une décision à ce qu’elle a coûté, et celle-là a coûté le royaume d’un seul jour.

Je n’écris pas pour désigner un homme. J’écris pour qu’on cesse de dire que tout cela était écrit d’avance. Une armée abreuvée a marché vers la soif, et nul ne rendra la vie à ceux qui sont restés là-bas.

Le contexte

L’armée du royaume s’était rassemblée aux sources de Saffouriyé, point d’eau sûr, avant de marcher vers Tibériade, assiégée par les forces de Saladin.

La bataille de Hattin, il y a un mois, a vu l’armée franque détruite, épuisée par la soif et la chaleur, faute d’avoir gardé son accès à l’eau.

Les rivalités entre les grands barons du royaume — autour du roi Guy, du comte Raymond de Tripoli et du maître du Temple Gérard de Ridefort — étaient vives bien avant la campagne.

État des informations

Ce débat repose sur des récits partisans ; nous le donnons comme controverse d'époque, sans trancher les responsabilités ni valider l'accusation de trahison.

Ce que l’on sait

  • L'armée a quitté le point d'eau de Saffouriyé pour marcher vers Tibériade et a été détruite à Hattin, faute d'eau.

Ce que l’on ignore

  • Le contenu exact du conseil de guerre et les responsabilités de chacun ne sont pas établis.

Sources historiques utilisées

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Cette tribune imite la voix d’un acteur du royaume un mois après la bataille ; elle donne le débat sur Saffouriyé comme controverse d’époque, sans trancher les responsabilités.

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