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Faut-il lire dans ce désastre la main de Dieu ?

L’ost est détruit, la Vraie Croix est prise. Beaucoup, sur cette côte, y voient un châtiment. Un chanoine prend la plume pour dire, en son âme et conscience, ce que cette épreuve lui inspire.

Frère Josaphat, chanoine 9 juillet 1187 4 min de lecture

Je n’écris pas ici en clerc chargé de trancher, mais en homme d’Église qui a pleuré comme les autres. On me demande de dire si la main de Dieu se lit dans le malheur qui nous accable. Je le dirai avec la seule assurance que j’ai : celle de mon peu de savoir. Car les voies du Seigneur ne se laissent pas déchiffrer comme on lit une lettre, et je me méfie de ceux qui, au lendemain d’une défaite, parlent de Dieu comme s’ils avaient siégé à son conseil.

Ce que je puis dire est plus simple. Notre armée a été détruite aux Cornes de Hattin. Le bois de la Croix, que nous portions en avant de nos lignes depuis la fondation du royaume, nous a été enlevé. Ces choses sont acquises, et nul ne les dispute. C’est de là, et non d’un songe, qu’il faut partir.

Le signe

Qu’un signe nous soit adressé, je le crois. La perte de la Croix n’est pas une bannière de plus tombée dans la poussière. C’est le gage même que nous tenions pour la garde du ciel sur ce royaume. Que Dieu ait permis qu’il nous fût ôté, cela m’ordonne de me taire un instant et de baisser la tête, non de discourir.

Mais un signe n’est pas une sentence lue à voix haute. L’Écriture nous apprend que le Seigneur éprouve ceux qu’il aime, et qu’il laisse parfois tomber les siens pour les relever. Je ne sais pas, en cette semaine, dans quel dessein nous sommes tenus. Celui qui vous dira le savoir se paie de mots. Le signe est là ; sa lecture entière ne m’appartient pas.

L’examen de conscience

Si épreuve il y a, alors elle appelle d’abord un examen, et cet examen doit commencer par moi. Il est trop aisé de chercher au-dehors la faute qui explique tout, et de désigner un homme ou un parti pour s’épargner de se regarder soi-même. Je m’y refuse. Le clergé n’a pas toujours été le sel qu’il devait être ; les grands se sont divisés quand il eût fallu s’unir ; l’orgueil et la mollesse des mœurs n’ont pas manqué parmi nous. Ce sont là des maux que chacun connaît dans son propre cœur, et le mien n’en est pas exempt.

Je ne dresse pas la liste de ces manquements pour en tirer la cause de notre défaite ; je serais alors coupable de la présomption que je reproche aux autres. Je les rappelle parce qu’une épreuve, quelle qu’en soit la raison cachée, est toujours l’occasion juste de se corriger. On ne perd rien à devenir meilleur, même quand on ignore pourquoi l’on a été frappé.

Que chacun, du plus grand au plus humble, se demande donc où il a failli, plutôt que de chercher le coupable chez son voisin. C’est le seul usage sûr que je sache faire d’un malheur : le retourner en conversion. Le reste, les grandes explications sur les colères du ciel, je le laisse à Celui qui seul connaît les cœurs.

L’espérance, sans présomption

Reste l’espérance, et je veux en parler avec prudence. Espérer n’est pas se rassurer à bon compte, ni promettre au peuple ce que je ne puis promettre. Je ne sais ce que demain nous réserve, et je me garderai bien de l’annoncer. Celui qui, du fond de sa détresse, jure déjà des lendemains éclatants ne prie pas : il se console avec des paroles.

L’espérance dont je parle est plus nue. Elle tient à ceci : le Dieu qui a permis notre épreuve n’a pas cessé d’être notre Dieu. Nous pouvons pleurer, nous devons prier, et nous avons à nous amender. Ce qui adviendra ne dépend pas de moi ; ce que je fais de ce jour dépend de moi seul.

Alors je n’écrirai pas que le ciel nous rendra ceci ou cela, car je n’en sais rien. J’écrirai seulement que le désespoir serait une faute de plus, ajoutée à celles que nous avons à pleurer. Tenons-nous debout dans la peine, sans présumer de la suite ni la commander. Le reste est entre des mains qui ne sont pas les nôtres.

Le contexte

La bataille des Cornes de Hattin s’est livrée le 4 juillet 1187 ; l’ost du royaume y a été détruit.

La relique de la Vraie Croix, portée au-devant des armées, y a été capturée.

La lecture d’une défaite comme châtiment des péchés est une manière de penser courante dans le clergé de ce temps.

État des informations

Cette tribune est une lecture religieuse d’époque, donnée comme opinion d’un clerc, non comme explication du journal. Elle ne préjuge pas de la suite.

Ce que l’on sait

  • L’ost a été détruit à Hattin et la Vraie Croix a été prise : ces faits sont acquis.

Ce que l’on ignore

  • Les voies de la Providence ne se laissent pas lire avec certitude.

Sources historiques utilisées

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Bataille de Hattin

Article Wikipédia (FR) consulté pour les faits acquis invoqués par la tribune : destruction de l’ost à Hattin le 4 juillet 1187 et capture de la Vraie Croix.

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Saladin’s Holy War

Notice de historyofwar.org sur la campagne de Saladin, consultée pour le contexte de la bataille et de ses suites immédiates.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

La tribune imite la plume d’un chanoine de la côte franque en juillet 1187, donnant la lecture pénitentielle du désastre comme opinion d’époque et non comme cause historique. Elle n’avance aucune prophétie sur la suite.

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