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Comment un été a suffi : la trêve rompue

Rien de ce qui vient de s’abattre sur le royaume n’était tout à fait imprévisible. En quelques années, un seul homme a rassemblé contre nous l’Égypte et la Syrie ; en quelques mois, une trêve a volé en éclats et un premier revers nous avait déjà prévenus.

Guillaume le Latin 6 juillet 1187 5 min de lecture

On voudrait croire au coup du sort. Il faut pourtant, ce matin, remonter le fil des causes, car aucune ne nous était vraiment cachée. Depuis des années, l’étau se resserrait autour des États francs ; depuis l’hiver, la paix qui nous protégeait n’existait plus ; et dès le printemps, un premier désastre nous avait donné son avertissement. Nous relions ici ces faits déjà survenus.

Rien de tout cela n’a été su trop tard. Ce sont des nouvelles que chacun, ici, tenait pour acquises. Reste à comprendre comment elles se sont nouées en si peu de temps.

L’ombre de Saladin

L’homme qui nous fait face n’est plus le lieutenant qu’on avait connu. Maître de l’Égypte depuis près de seize ans, il a pris Damas voilà treize étés, puis Alep il y a quatre ans. Le Caire, la Syrie intérieure, la haute vallée : autant de terres qui, hier encore, se disputaient entre elles et qui répondent aujourd’hui à une seule voix.

Le résultat, chacun peut le lire sur une carte. Nos seigneuries de Terre sainte, du comté de Tripoli à la principauté d’Antioche, du royaume de Jérusalem aux forteresses de l’Outre-Jourdain, sont désormais ceintes de toutes parts par les terres des Infidèles. L’homme qui les gouverne peut lever ses cavaliers d’Égypte comme de Syrie et les faire converger à sa guise. Cet encerclement n’a rien de neuf : nous le savions depuis la prise d’Alep. Nous avions seulement fini par nous y habituer.

La trêve et le raid de Renaud

Il existait une trêve. Elle nous couvrait, tant bien que mal, et les marchands des deux camps s’y fiaient pour faire passer leurs caravanes entre l’Égypte et Damas. C’était peu, mais c’était un abri.

Cet abri, le sire de l’Outre-Jourdain l’a fait tomber. Renaud de Châtillon, maître du Krak de Moab et de Montréal, a lancé ses gens sur une caravane qui cheminait vers Damas, taillé en pièces son escorte et jeté marchands et conducteurs dans ses cachots. Ce n’était pas la première fois que ce seigneur portait la main sur les convois : déjà, naguère, il s’en était pris à des pèlerins en route vers La Mecque, au mépris des accords.

Cette fois, la mesure a débordé. Sommé de rendre les captifs et le butin, Renaud n’a rien voulu entendre, et le roi n’a pu ou n’a su l’y contraindre. On tient, dans le camp d’en face, que la trêve est morte par sa faute — et l’on ne se prive pas de le dire. Un homme, une caravane : il n’en a pas fallu davantage pour rouvrir la guerre.

L’avertissement du Cresson

Que la guerre fût déjà revenue, le premier jour de mai nous l’a appris dans le sang. Près de la Fontaine du Cresson, non loin de Séphorie, un fort parti de cavaliers infidèles traversait le pays quand une petite troupe des nôtres se jeta sur elle. Ils étaient de l’ordre du Temple et de celui de l’Hôpital : une poignée de frères, peut-être cent quarante ou cent cinquante chevaliers, face à des milliers d’hommes.

Le combat fut bref et le carnage total. Roger des Moulins, maître de l’Hôpital, y laissa la vie, percé de traits. Presque tous les frères tombèrent autour de lui ; à peine quelques-uns, dit-on, en réchappèrent. On murmure qu’un tel malheur tenait moins à la force de l’ennemi qu’à l’emportement de ceux qui voulurent charger coûte que coûte, un contre dix.

Voilà l’avertissement. Il datait de deux mois à peine. On y vit d’abord un revers cruel, l’orgueil de quelques braves payé trop cher. On aurait dû y lire autre chose : que l’ennemi était en nombre, en mouvement, et résolu. Ce que le printemps avait annoncé tout bas, l’été vient de le crier.

Le contexte

Saladin gouverne l’Égypte depuis 1171, tient Damas depuis 1174 et Alep depuis 1183 : les terres musulmanes qui entourent les États francs répondent désormais à un seul maître.

Renaud de Châtillon est seigneur d’Outre-Jourdain, maître des forteresses du Krak de Moab et de Montréal, qui commandent les routes caravanières entre l’Égypte et la Syrie.

La Fontaine du Cresson se trouve près de Séphorie, en Galilée ; l’affrontement du 1er mai 1187 opposa un petit parti de Templiers et d’Hospitaliers à une forte colonne de cavaliers de Saladin.

État des informations

Pièce de rappel : nous relions des faits déjà survenus pour éclairer le désastre présent, sans rien préjuger de la suite.

Ce que l’on sait

  • Saladin a réuni l’Égypte (1171), Damas (1174) et Alep (1183), encerclant les États francs.
  • La trêve a été rompue par le raid de Renaud de Châtillon sur une caravane musulmane.
  • Le 1er mai 1187, à la Fontaine du Cresson, un parti franc de Templiers et d’Hospitaliers a été détruit : un avertissement déjà donné.

Ce que l’on ignore

  • On ignorait, au printemps, que l’affrontement décisif viendrait si vite et si complet.

Sources historiques utilisées

secondary

Bataille de Hattin — Wikipédia (fr)

Ascension de Saladin (Égypte 1171, Damas 1174, Alep 1183), rupture de la trêve par le raid de Renaud de Châtillon, encerclement des États francs.

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Renaud de Châtillon — Wikipédia (fr)

Seigneur d’Outre-Jourdain et de Montréal, forteresses du Krak et de Chawbak ; attaque de la caravane Égypte-Damas et précédent des convois de La Mecque.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Cette pièce de rappel recompose, au ton d’un chroniqueur des États francs de 1187, l’enchaînement des causes connaissables du désastre ; les formulations à chaud imitent un média du moment.

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