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Moscou fête son héros : Khrouchtchev accueille Gagarine sur la place Rouge

Deux jours après le vol, la capitale soviétique a réservé un accueil de triomphe au major Gagarine. De l’aérodrome de Vnoukovo au Kremlin, le premier secrétaire a fait de l’exploit la démonstration de son régime.

La rédaction 14 avril 1961, 18h00 6 min de lecture
Youri Gagarine, en uniforme et brandissant un bouquet, salue la foule depuis la tribune du mausolée de Lénine sur la place Rouge, aux côtés de Nikita Khrouchtchev, le 14 avril 1961.
Iou. D. Korolev / Главархив Москвы (Archives centrales de Moscou), 14 avril 1961 — CC BY 4.0, via mos.ru (Wikimedia Commons).

Moscou n’avait pas connu pareille effervescence depuis longtemps. Ce vendredi 14 avril, la capitale soviétique a fait de l’homme qui a tourné autour de la Terre le héros d’une journée entière, soigneusement orchestrée. À la mi-journée, l’appareil ramenant Iouri Gagarine s’est posé à l’aérodrome de Vnoukovo, au sud-ouest de la ville, où l’attendaient Nikita Khrouchtchev, premier secrétaire du Parti, entouré de Léonid Brejnev et de la quasi-totalité des dirigeants du régime.

Devant les caméras de la télévision soviétique, le jeune pilote a descendu seul un long tapis rouge pour rejoindre la tribune officielle, sous les applaudissements d’une foule considérable. Les agences soviétiques ont parlé de centaines de milliers de personnes massées le long du parcours menant, à travers la ville, jusqu’à la place Rouge. Là, devant le mausolée de Lénine, c’est un véritable meeting populaire qui a été improvisé, drapeaux et portraits brandis.

Au pied du Kremlin, le commandant Gagarine — promu major dès le jour de son vol — a reçu des mains de Khrouchtchev le titre de Héros de l’Union soviétique et l’ordre de Lénine, ainsi qu’une distinction créée pour l’occasion : celle de « pilote-cosmonaute de l’U.R.S.S. ». Le pouvoir a manifestement voulu graver dans la mémoire collective la date du 12 avril et le visage de celui qui en est désormais l’incarnation.

Le discours : un « triomphe du socialisme »

Du haut de la tribune, le premier secrétaire n’a pas séparé l’exploit de l’homme du régime qui l’a rendu possible. À l’entendre, le vol de Vostok démontre « ce que peut, de façon illimitée, le génie d’un peuple libre » et confirme « la justesse de la doctrine marxiste-léniniste ». Le succès est présenté comme « une nouvelle victoire des idées de Lénine », fruit du travail des savants, ingénieurs et ouvriers soviétiques.

Khrouchtchev a tenu à rappeler le parcours de son héros : un fils du peuple, élève de l’école soviétique, membre actif du Komsomol devenu communiste, « membre du grand Parti de Lénine ». La leçon qu’il en tire est limpide : ce sont, selon lui, les origines modestes de Gagarine et le système qui l’a formé qui ont fait de lui le premier homme à quitter la Terre. Le premier secrétaire a même eu un mot pour la jeune épouse du commandant, Valentina, qu’il a saluée comme une « remarquable femme soviétique ».

Le registre est ouvertement triomphal, et il faut le restituer comme tel : c’est la parole d’un chef d’État qui transforme une prouesse technique en argument politique. Le pouvoir soviétique revendique une avance qu’il dit accumuler depuis le premier Spoutnik, et la présente comme la supériorité de son modèle sur celui de l’Occident. Nous rapportons cette lecture sans la faire nôtre : ce qui est établi, c’est qu’un homme est revenu vivant de l’espace ; l’interprétation qu’en donne le Kremlin lui appartient.

Une mise en scène à la mesure de l’enjeu

Tout, dans cette journée, a été pensé pour le retentissement. La retransmission télévisée, l’ampleur de la foule, la présence du corps dirigeant au grand complet, la rapidité des décorations : Moscou a voulu montrer au monde l’unité d’un pays derrière son cosmonaute. Les correspondants étrangers présents dans la capitale décrivent une liesse populaire que l’appareil d’État a su canaliser et amplifier.

Reste qu’au-delà de la chorégraphie officielle, c’est bien un homme de vingt-sept ans, souriant et visiblement intimidé, que la foule est venue voir. Plusieurs témoins ont relevé, pendant qu’il avançait sur le tapis rouge, un lacet défait à l’une de ses bottes — menu détail aussitôt commenté, qui a sans doute fait beaucoup pour la sympathie qu’inspire le personnage. Le héros que célèbre le régime garde, pour l’instant, le visage très ordinaire d’un jeune officier de chasse.

Ce que cette journée ne dit pas, en revanche, c’est ce que sera la suite. Le Kremlin parle d’une avance ; il ne dit rien des moyens, des risques ni des programmes à venir, soigneusement tenus secrets. À Moscou comme ailleurs, on fête aujourd’hui un exploit accompli, non une partie qui serait jouée.

Le contexte

Le 12 avril 1961, l’U.R.S.S. a annoncé par la voix de l’agence Tass que le major Iouri Gagarine avait effectué un vol autour de la Terre à bord du vaisseau Vostok, avant de revenir sain et sauf.

Depuis le lancement de Spoutnik 1 en octobre 1957, l’Union soviétique a multiplié les succès spatiaux, dont la chienne Laïka à bord de Spoutnik 2.

Iouri Gagarine, né en 1934 dans la région de Smolensk, est un pilote de chasse issu d’un milieu modeste ; il a été promu major le jour même de son vol.

État des informations

Nous rapportons et attribuons le registre triomphal du discours de Khrouchtchev sans l’endosser. L’édition s’en tient à ce qui est connaissable au 14 avril 1961 : elle constate un exploit et une avance revendiquée par le Kremlin, jamais une victoire acquise, et ne préjuge en rien de la suite.

Ce que l’on sait

  • Un accueil officiel a été réservé à Gagarine à Moscou le 14 avril 1961, de l’aérodrome de Vnoukovo à la place Rouge, en présence de Khrouchtchev et des dirigeants du régime.
  • Gagarine a reçu le titre de Héros de l’Union soviétique, l’ordre de Lénine et la distinction de pilote-cosmonaute de l’U.R.S.S. ; il avait été promu major le jour de son vol.
  • Dans son discours, Khrouchtchev a présenté l’exploit comme un triomphe du socialisme et des idées de Lénine, et Gagarine comme un fils du peuple soviétique.

Ce que l’on ignore

  • Le nombre exact de personnes présentes le long du parcours : les chiffres avancés émanent des seules agences soviétiques.
  • Les détails techniques du vol et des programmes spatiaux soviétiques, tenus secrets par le pouvoir.

Sources historiques utilisées

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Iouri Gagarine

Wikipédia (FR)

Réception triomphale à Moscou le 14 avril 1961, place Rouge, en présence de Khrouchtchev et de Brejnev ; promotion au grade de major le jour du vol.

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Yuri Gagarin

Wikipedia (EN)

Cortège de Vnoukovo à la place Rouge, foule estimée, remise du titre de Héros de l’Union soviétique, de l’ordre de Lénine et de la distinction de pilote-cosmonaute de l’U.R.S.S.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Les formulations « à chaud » de cet article imitent le compte rendu d’un quotidien du 14 avril 1961. Le registre triomphal du pouvoir soviétique est cité et attribué, jamais endossé par la rédaction.

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12 avril 1961, 18h007 min