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Commios l’Atrébate, chef de l’armée de secours : “Nous venons délivrer Alésia, mais une armée de tous les peuples obéit à tous et à personne”

Hors des lignes romaines, l’immense armée de secours se rassemble, et avec elle l’espoir des assiégés. L’un de ses chefs, ancien allié de César devenu son ennemi juré, raconte la difficulté de coordonner tant de peuples et la fenêtre étroite par laquelle il faudra frapper. Un long entretien recueilli sur les routes des renforts, qui ignore encore comment finira l’assaut.

Propos reconstitués par l’édition gauloise début octobre 52 av. J.-C. 15 min de lecture

On ne le rencontre pas dans une cité ni sous une tente fixe, mais au mouvement d’une armée qui se forme : Commios l’Atrébate chevauche au milieu de contingents venus de toute la Gaule pour délivrer Alésia. Le bruit des chariots, des troupeaux, des langues mêlées dit assez la nature de cette force — immense, hétéroclite, exaltée et fragile. C’est de là, des chemins de l’ouest et du sud par où affluent les renforts, qu’il accepte de nous parler.

Son cas est singulier et instructif. Commios fut longtemps l’homme de César : c’est Rome qui l’avait installé roi des Atrébates, lui qui servit le proconsul, négocia pour lui, lui amena des cavaliers. Puis vint la rupture, et une tentative d’assassinat ourdie, dit-on, par les officiers romains. De serviteur, il est devenu l’un des plus implacables adversaires de César. Nul mieux que lui ne connaît l’ennemi qu’on va combattre — ni ne le hait davantage.

Il parle de l’armée de secours sans forfanterie. Il en mesure la puissance et la faiblesse du même regard : tant de peuples réunis font une marée, mais une marée a-t-elle un chef ? Plusieurs grands noms commandent ensemble, et cette pluralité, qui dit l’ampleur du soulèvement, complique l’unité de l’assaut. Délivrer Alésia, ce n’est pas seulement vaincre les lignes romaines ; c’est faire agir comme un seul corps des dizaines de peuples qui n’ont jamais obéi à un seul homme.

À l’heure où nous écrivons, l’assaut n’a pas livré son verdict. Commios sait la fenêtre étroite : les assiégés s’affaiblissent, les Romains se retranchent derrière leur double muraille, et le secours doit frapper fort et juste, au bon moment, en accord avec une sortie de Vercingétorix qu’il faudra coordonner sans presque pouvoir communiquer. Tout, dit-il, tient à cette concordance — la chose la plus difficile à obtenir d’une armée de tous les peuples.

Grand entretien

Commios, roi des Atrébates, chef de l’armée de secours

Note de rédaction : entretien extrapolé à partir du rôle attribué à Commios par le récit de César dans l’armée de secours d’Alésia. La source est romaine et hostile ; les propos ne sont pas authentifiés et ne révèlent pas l’issue du siège.

Vous avez servi César, et vous voilà à la tête de ceux qui veulent l’abattre. Comment en êtes-vous arrivé là ?

Je n’en rougis pas, et je veux qu’on l’entende bien. Oui, j’ai servi Rome ; Rome m’avait fait roi, et j’ai cru, un temps, que l’on pouvait composer avec elle, garder son peuple en lui prêtant main-forte. Je me suis trompé, et l’on m’a guéri de mon erreur de la pire façon : par le fer, dans une rencontre où des officiers romains ont tenté de me faire tuer alors qu’on m’avait promis la parole d’un entretien. J’ai gardé la vie et une cicatrice, et avec elles une certitude : on ne traite pas avec qui vous tue sous couvert de pourparlers. Depuis ce jour, j’ai juré de ne plus jamais me trouver en présence d’un Romain autrement que les armes à la main. Ma haine n’est pas un emportement ; elle est une leçon.

Cette connaissance intime de César vous donne-t-elle un avantage ?

Elle me donne un avantage et un fardeau. Un avantage, car je sais comment il pense, comment il frappe vite quand on l’attend lent, comment il transforme une faiblesse en piège. Je sais aussi qu’il est mortel, qu’il a connu la peur, qu’il a déjà été à deux doigts du désastre. Cela, beaucoup de nos guerriers l’ignorent, qui le croient invincible. Mais c’est aussi un fardeau, car connaître l’ennemi empêche de le sous-estimer, et un chef qui voit trop clair peine parfois à entraîner ceux qui ne voient rien. Je dois à la fois nourrir l’audace des nôtres et la tempérer de prudence. Ce n’est pas la moindre des difficultés.

On dit votre armée immense. Est-ce votre force principale ?

C’est notre force et notre péril, dans le même souffle. Immense, elle l’est : jamais peut-être la Gaule n’a rassemblé tant d’hommes pour une seule cause. Cette marée doit, à elle seule, faire douter César enfermé entre ses deux murailles. Mais une armée nombreuse mange beaucoup, se déplace lentement, s’étire sur les chemins, et surtout se commande mal. Le nombre n’est une force que s’il frappe ensemble ; dispersé, il n’est qu’une foule. Ma crainte n’est pas que nous soyons trop peu ; elle est que nous soyons trop nombreux pour agir d’un seul élan. Une grande armée mal accordée peut être battue par une petite armée bien tenue. César le sait, et c’est là-dessus qu’il compte.

Vous n’êtes pas seul à commander. N’est-ce pas une faiblesse ?

C’est la marque de notre soulèvement et son talon fragile. Nous sommes plusieurs à la tête de cette armée, car aucun peuple n’aurait accepté de remettre tous ses guerriers à un chef d’un autre peuple. Cette pluralité dit la grandeur du moment : la Gaule entière se lève, non un seul roi. Mais elle complique tout. Une décision qui, sous un chef unique, se prendrait en un instant, demande chez nous des conciliabules, des compromis, des fiertés à ménager. Le jour de l’assaut, il faudra pourtant agir comme un seul homme. J’y travaille sans relâche : je préfère perdre une heure en palabres aujourd’hui que de voir, demain, un peuple charger quand l’autre recule.

Comment vous accorder avec les assiégés, que les lignes romaines séparent de vous ?

Voilà l’angoisse de toutes mes nuits. Pour briser l’étau, il faut frapper des deux côtés à la fois : nous, du dehors, contre la muraille tournée vers l’extérieur ; Vercingétorix, du dedans, contre celle qui le retient. Si nous frappons ensemble, au même endroit, au même instant, les Romains, pris entre deux feux, ne pourront tenir partout. Mais comment fixer ce moment quand un fossé hérissé de pieux et toute une armée nous séparent ? Quelques signaux, des feux, des cris, un messager qui se glisse au péril de sa vie — voilà nos seuls liens. Tout notre sort tient à cette concordance presque impossible. Une attaque qui vient trop tôt ou trop tard, et le sang coule en vain.

Les Romains se sont retranchés derrière des ouvrages formidables. Comment les enfoncer ?

Par le nombre, par la ruse, et par l’endroit. On ne se jette pas au hasard contre une muraille continue ; on cherche le point faible, le terrain où la ligne romaine s’étire mal, la pente qui gêne leurs traits. Nos éclaireurs sondent jour et nuit le tracé de leurs ouvrages. Là où le fossé est moins profond, là où une hauteur domine leur camp, c’est là qu’il faudra porter l’effort en masse. Cela coûtera cher, je ne le cache pas : franchir leurs pièges, leurs trous, leurs pieux aiguisés, sous une grêle de javelots, demandera des vies en grand nombre. Mais une muraille n’est forte que partout à la fois ; rompue en un seul point, elle ne protège plus rien. C’est ce point que nous cherchons.

Le temps presse-t-il autant qu’on le dit ?

Il presse plus qu’on ne le dit, et c’est ce qui m’interdit le luxe de la prudence longue. Derrière ces murs, Vercingétorix et les siens ont faim ; chaque jour qui passe les affaiblit, et une armée affamée ne pourra plus, le moment venu, fournir la sortie vigoureuse dont dépend notre plan. Nous ne pouvons donc pas attendre indéfiniment de réunir le dernier contingent ni d’aplanir la dernière querelle. Il faudra frapper bientôt, peut-être avant d’être tout à fait prêts, parce que l’attente joue pour César et contre nos frères enfermés. Tout l’art est là : trop tôt, nous nous brisons mal coordonnés ; trop tard, nous délivrons des affamés incapables de combattre. La fenêtre est étroite, et elle se referme.

Si l’assaut échouait, que resterait-il de la Gaule libre ?

N’exigez pas de moi que je peigne notre défaite ; ce serait l’appeler. Mais puisque vous insistez, je vous répondrai franchement : si cette armée-ci, la plus grande que nous ayons jamais levée, se brisait contre les lignes romaines, alors je ne sais pas quelle autre la Gaule pourrait encore rassembler. Nous avons mis dans cette entreprise nos meilleurs hommes et notre dernière espérance commune. C’est dire le prix de la journée qui vient. Voilà pourquoi je ne dors guère, pourquoi je harcèle les chefs et les éclaireurs, pourquoi je voudrais que chaque peuple comprenne ce qu’il joue. Quant à moi, vaincu, je ne me rendrai pas : j’ai juré de ne plus regarder un Romain en face. Mais je préfère, et de loin, vaincre. Le reste, les dieux le savent ; nous, nous avons l’assaut à préparer.

Le contexte

Une vaste armée de secours gauloise s’est rassemblée pour briser le siège d’Alésia, commandée par plusieurs chefs dont Commios l’Atrébate.

Commios, jadis installé roi par César et à son service, est passé à la révolte après une tentative d’assassinat imputée aux Romains.

La délivrance suppose une attaque coordonnée entre l’armée de secours, au-dehors, et une sortie des assiégés, au-dedans.

L’entretien est recueilli avant l’assaut décisif, dont il ignore l’issue.

État des informations

Cet entretien restitue la position des secours à la veille de l’assaut, sans préjuger de son résultat.

Ce que l’on sait

  • Une armée de secours gauloise s’est formée aux abords des lignes romaines.
  • Elle est commandée par plusieurs chefs, sans autorité unique.
  • Commios figure parmi ses chefs après sa rupture avec Rome.

Ce que l’on ignore

  • Le moment et le point exacts de l’assaut ne sont pas arrêtés.
  • La coordination avec une sortie des assiégés reste très incertaine.
  • L’issue de la bataille de dégagement est inconnue.

Sources historiques utilisées

primary

Commentarii de Bello Gallico, livre VII

Jules César · -52

Source principale, mais romaine et politiquement intéressée. Elle doit être lue comme un témoignage orienté.

primary

Vie de César

Plutarque

Récit postérieur utile pour certains motifs narratifs, sans valeur de reportage immédiat.

secondary

Alésia, l’archéologie face à l’imaginaire

Michel Reddé

Repère moderne pour les dispositifs de siège, les travaux romains et la prudence sur les chiffres.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale gauloise

Pour une période lacunaire, les scènes de rédaction sont extrapolées de façon raisonnable et signalées comme telles.

secondary

Commios l’Atrébate et l’armée de secours d’Alésia — encyclopédie Wikipédia

Notices consultées et recoupées (Commios, siège d’Alésia, guerre des Gaules) en tenant compte du caractère romain et orienté de la source antique principale.

Les lecteurs réagissent

Les lecteurs réagissent depuis l’oppidum

Commentaires reconstitués : profils, sensibilités et disputes sont imaginés à partir des clivages du moment. La modération aussi a ses petites lâchetés.

10 commentaires
ArverneLibre début octobre 52 av. J.-C., soir

Ceux qui parlent déjà de négocier n’ont rien compris. Si Alésia tient, les peuples verront que Rome peut être arrêtée.

👍 244 · 🚩 18
EduenPrudent début octobre 52 av. J.-C., soir

Tenir, oui. Mourir enfermés pour prouver une phrase, non. La prudence n’est pas toujours une trahison.

👍 92 · 🚩 47
ForgeronDeGergovie début octobre 52 av. J.-C., soir

LA PRUDENCE A DES SANDALES ROMAINES.

👍 173 · 🚩 33
DruideSceptique début octobre 52 av. J.-C., soir

On dit que les secours approchent. Qui les a vus ? À quelle distance ? Combien de feux ? Les présages ne remplacent pas les éclaireurs.

👍 198 · 🚩 5
ForgeronDeGergovie début octobre 52 av. J.-C., nuit

ON SORT. ON CASSE LES PIEUX. ON RENTRE. SIMPLE.

👍 121 · 🚩 44
ForgeronDeGergovie début octobre 52 av. J.-C., nuit

ON SORT. ON CASSE LES PIEUX. ON RENTRE. SIMPLE.

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ForgeronDeGergovie début octobre 52 av. J.-C., nuit

ON SORT. ON CASSE LES PIEUX. ON RENTRE. SIMPLE.

👍 27 · 🚩 13
EduenPrudent début octobre 52 av. J.-C., nuit

Tout le monde veut l’unité gauloise tant que ce sont les autres qui donnent leurs vivres.

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ArverneLibre début octobre 52 av. J.-C., nuit

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ArverneLibre début octobre 52 av. J.-C., nuit

La modération supprime les vrais patriotes mais laisse les prudents expliquer pourquoi il faudrait attendre Rome avec une coupe de vin.

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