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Paul Barras, directeur : « Je suis ici depuis quatre ans, et j’y suis encore »

Seul des cinq directeurs fondateurs encore en place, quatre ans après l’établissement du régime, Paul Barras reçoit dans les ors du Luxembourg avec l’aisance d’un homme qui a vu passer tous les orages. Il balaie d’un revers de main les rumeurs de complot et les bruits de révision qui courent les salons. Il parle de Sieyès avec dédain, de Bonaparte avec la familiarité du protecteur, de sa propre réputation avec une hauteur souveraine. Un long entretien où affleure pourtant, sous l’assurance, la solitude d’un directeur que ses collègues ne lui doivent plus rien.

Propos recueillis par le service politique 17 brumaire an VIII, après-midi 15 min de lecture

On entre chez Barras comme on entre dans une cour. Le directeur nous reçoit au Luxembourg, dans un appartement où le luxe ne s’excuse de rien : les dorures, les tableaux, les laquais en tenue, tout dit un homme installé, qui a fait du palais son domaine et n’entend pas qu’on l’en déloge. Il paraît sans hâte, l’œil vif sous la lourdeur du personnage, cette assurance provençale qui a survécu à dix gouvernements et prétend en survivre à dix autres.

Il faut se souvenir de ce qu’il représente pour saisir sa superbe. Des cinq hommes qui prirent possession de ce palais à l’automne de 1795, il est le dernier encore assis dans le fauteuil directorial. Les autres sont tombés, ont fui, ont été poussés dehors ; lui demeure, deux fois président du Directoire, ayant traversé Thermidor, Vendémiaire, Fructidor, Prairial, sans jamais lâcher prise. Cette permanence, il la porte comme un titre, et l’on comprend vite qu’il la tient pour une preuve de force, non pour un accident.

L’homme parle avec une liberté de grand seigneur qui ne redoute personne. Il ironise sur ses collègues, sur les faiseurs de systèmes, sur les gazetiers qui le dépeignent en satrape. Rien ne semble l’atteindre, ni les caisses vides du Trésor, ni les bruits de conjuration qui montent des salons, ni la calomnie qui poursuit sa fortune et ses mœurs. Il écarte tout d’une phrase, d’un sourire, avec le détachement de celui qui a trop vu pour s’émouvoir.

Et pourtant, à mesure que l’entretien avance, une autre figure se dessine derrière le vétéran sûr de lui. Autour de lui, au Directoire, ne siègent plus que des hommes neufs, entrés au printemps ou à l’été, qui ne lui doivent ni leur place ni leur reconnaissance. Sa force est intacte, mais sa compagnie s’est vidée. Il est le pivot d’un régime dont il est aussi devenu l’isolé — le dernier des fondateurs dans une maison peuplée d’inconnus.

Grand entretien

Paul Barras, directeur

Note de rédaction : entretien reconstruit à partir de la fonction et de l’attitude attestées de Barras au 17 brumaire an VIII. Les propos ne sont pas des citations authentifiées ; ils s’en tiennent à ce qui pouvait être su et dit ce jour-là et ne révèlent pas l’issue de la crise.

Vous êtes le dernier des cinq directeurs fondateurs encore en place. Quatre ans, deux présidences : d’où vous vient cette permanence ?

De ce que je n’ai jamais confondu la politique avec les phrases. Regardez qui est entré ici avec moi à l’automne de 1795, et regardez qui reste : moi seul. Les autres ont cru qu’on gouvernait avec des principes, ou avec des systèmes, ou avec de la vertu ; ils sont tombés les uns après les autres, et je suis toujours dans ce fauteuil. Cela ne tient pas au hasard, monsieur. Cela tient à ce que j’ai toujours vu venir la vague avant qu’elle ne se lève, et à ce que je me suis toujours trouvé du bon côté quand elle est retombée. On me dit habile ; je veux bien de ce compliment-là. J’ai fait Thermidor quand il fallait abattre Robespierre, j’ai fait Vendémiaire quand il fallait mater les royalistes, j’ai fait Fructidor quand il fallait les mater encore. À chaque secousse, le régime a eu besoin d’un homme qui ne tremble pas. Cet homme, c’était moi. Voilà pourquoi j’y suis encore, et pourquoi j’entends y rester.

On dit pourtant le Directoire à bout de souffle, le Luxembourg qui se défait. Partagez-vous ce sentiment ?

Que le régime soit fatigué, je ne le nierai pas ; on l’est toujours, après quatre années pareilles. Nous avons gouverné dans la guerre, dans la disette, dans les complots de tous les bords, avec une Constitution qui vous lie les mains à chaque décision. Cela use, je vous l’accorde. Mais fatigué n’est pas mourant, et l’on enterre bien vite ce qui respire encore. J’entends depuis quatre ans qu’il n’en a plus pour un mois ; il a survécu à tous ceux qui le disaient. Un gouvernement ne meurt pas de lassitude, monsieur ; il meurt quand plus personne ne veut le défendre, et je suis là, précisément, pour le défendre. Ceux qui annoncent sa fin sont ceux qui la souhaitent, et ils la souhaitent parce qu’ils espèrent en profiter. Je ne leur ferai pas ce plaisir. Le Directoire a passé de plus mauvais moments que celui-ci et il en est sorti. Il en sortira encore, à condition qu’on ne se laisse pas gagner par ces vapeurs de découragement que vos salons cultivent avec tant de complaisance.

Vos collègues Gohier, Moulin, Ducos sont entrés récemment. Ils ne vous doivent rien. Ne vous sentez-vous pas isolé au Directoire ?

Isolé ? Vous voulez dire libre. Quand mes collègues d’autrefois me devaient leur place, il me fallait ménager leurs humeurs, compter leurs voix, ménager des reconnaissances. Aujourd’hui je ne dois rien à personne et personne ne me doit rien : c’est une position d’une clarté admirable. Ces messieurs sont arrivés d’hier ; Gohier fait le légaliste, Moulin joue au soldat de la République, Ducos suit son philosophe comme son ombre. Fort bien. Qu’ils s’agitent. Moi, je n’ai pas besoin d’obligés pour peser ; je pèse par moi-même, par ce que je sais, par ce que je tiens, par les quatre ans que j’ai dans ce palais et qu’aucun d’eux n’aura jamais. Un homme qui n’attend rien de ses collègues n’en craint rien non plus. Croyez-moi, dans les temps troubles, ne devoir sa place qu’à soi-même est la meilleure des cuirasses. Les autres pactisent, se groupent, se défont ; moi je demeure, à égale distance de tous, et c’est de cette distance que vient ma force. On appelle cela de la solitude ; j’appelle cela de l’indépendance.

Le mot de « révision » court dans Paris et dans les salons. On parle de refaire la Constitution. Qu’en est-il ?

Ah, la révision ! Voilà bien le mot de la saison, celui qu’on se répète de dîner en dîner comme on se passe une mode. Il y a toujours, dans cette ville, un mot qui court les salons ; l’an dernier c’en était un autre, l’an prochain ce sera encore un autre. Que des gens d’esprit trouvent la Constitution de l’an III imparfaite, je le veux bien ; elle l’est, je suis le premier à le savoir, moi qui gouverne avec depuis quatre ans. Mais de là à croire qu’on va la refaire d’un trait de plume parce que trois beaux parleurs l’ont décidé entre la poire et le fromage, il y a un abîme. On ne touche pas à la loi fondamentale d’un État comme on change de tapissier. Je n’ai vu, pour l’heure, ni projet sérieux, ni majorité pour le porter, ni homme capable de le mener. Des bavardages, monsieur, du bruit de salon. Que ceux qui rêvent d’une autre Constitution la rêvent tout haut ; c’est encore la meilleure façon de s’assurer qu’elle restera un rêve. Je ne cours pas après les mots à la mode. Je gouverne avec ce que j’ai.

On cite le nom de Sieyès. Il veut, dit-on, un exécutif fort, et il « cherche une épée ». Que pensez-vous de lui ?

Sieyès ! Le grand homme des brochures, l’oracle qui n’a jamais gouverné une commune et prétend refaire la République sur le papier. On l’écoute comme un augure parce qu’il parle peu et se drape dans le mystère ; moi, je l’ai vu de trop près pour être dupe de ce silence. C’est un métaphysicien, monsieur, un faiseur de constitutions qui dessine des mécaniques d’horloger et s’étonne ensuite que les hommes ne soient pas des rouages. Il veut un exécutif fort : soit, qui n’en veut pas ? Encore faut-il savoir le tenir une fois qu’on l’a fait, et ce n’est pas dans les livres qu’on l’apprend. On dit qu’il cherche une épée. Cela m’amuse. Un homme qui a besoin d’emprunter le sabre d’un autre avoue par là qu’il n’est rien par lui-même. Il croit qu’il se servira du soldat ; c’est le soldat qui se servira de lui, et le beau songe constitutionnel finira dans une antichambre. Moi, voyez-vous, je n’ai jamais eu besoin de chercher une épée : quand il en a fallu une, je l’ai prise, et je l’ai tenue par la garde, pas par la lame.

Justement, Bonaparte est rentré d’Égypte. Paris l’acclame. Vous qui l’avez lancé, comment le voyez-vous aujourd’hui ?

Comment je le vois ? Comme mon ouvrage, monsieur, en partie du moins, et je le dis sans fausse modestie parce que c’est la vérité. Qui était-il en Vendémiaire ? Un jeune officier corse, sans emploi, sans fortune, que j’ai remarqué et employé quand il fallait un homme décidé pour balayer les sections. C’est moi qui lui ai ouvert la porte ; c’est de mon appui qu’est sorti son commandement d’Italie, où il a cueilli la gloire que vous savez. On l’acclame aujourd’hui ? Tant mieux. J’aime que mes protégés réussissent ; leur éclat rejaillit sur qui les a faits. Il revient auréolé, la foule crie son nom, les salons se l’arrachent : le spectacle est joli et je ne le lui envie pas. Un général a besoin de gloire comme un directeur a besoin d’argent ; c’est sa monnaie. Mais qu’on ne s’y trompe pas : la gloire des camps et le gouvernement des hommes sont deux métiers différents. Je le connais depuis assez longtemps pour savoir ce qu’il vaut, et ce qu’il vaut, je l’ai vu naître. On ne surprend pas facilement celui qui vous a tenu sur les fonts.

Un général si couru, si sollicité de toutes parts : à qui pensez-vous qu’il se ralliera ?

À ses intérêts, comme tout le monde, et ses intérêts, il sait où ils sont. On me le décrit courtisé par tous les partis, les uns lui faisant les yeux doux, les autres lui promettant merveille ; je veux bien le croire, un vainqueur est toujours entouré. Mais un homme comme lui ne se donne pas au premier qui l’appelle ; il pèse, il attend, il regarde de quel côté penche le solide. Et le solide, en ce moment, c’est encore ce palais, c’est encore ce fauteuil, c’est encore moi. Il n’oublie pas d’où il vient ni à qui il doit ses premières épaulettes ; ces choses-là créent des liens que la gloire ne défait pas si vite. Je ne le crains pas, si c’est là où vous voulez en venir. Pourquoi craindrais-je un homme que j’ai fait et dont je connais le prix ? Qu’il fréquente les uns et les autres, qu’il ait soupé avec Sieyès sous mon propre toit si le cœur lui en disait : cela ne m’ôte pas le sommeil. Le jour où il faudra choisir, il choisira ce qui dure, et ce qui dure, jusqu’ici, c’est moi. Je ne parie pas là-dessus : je le sais.

On parle tout bas d’une conjuration qui se nouerait autour du Directoire. Y trempez-vous ?

Une conjuration ! Mais, monsieur, je n’ai pas besoin de conjurer : je gouverne. Comprenez-vous ce que cela signifie ? Le conspirateur est un homme qui n’a pas le pouvoir et qui le convoite par des chemins de traverse ; moi, je l’ai, ce pouvoir, je suis assis dessus depuis quatre ans, à quoi bon me cacher dans les antichambres pour intriguer contre moi-même ? Cette idée est d’une bouffonnerie achevée. On voit des complots partout parce que c’est plaisant, cela donne du piquant aux dîners, cela fait frissonner les dames. La vérité est plus plate : il n’y a pas de conjuration, il y a des ambitieux qui s’agitent, comme il y en a toujours eu, comme il y en aura toujours. Que d’autres se réunissent le soir pour refaire l’État à voix basse, c’est possible, cela ne m’étonnerait pas de certains ; qu’ils y réussissent est une autre affaire. Quant à moi, je fais mon métier au grand jour, dans ce cabinet, avec les moyens de l’État. Je n’ai rien à comploter parce que je n’ai rien à conquérir. On ne complote que ce qu’on ne possède pas.

Les caisses sont vides, on parle de banqueroute, l’emprunt forcé a mécontenté tout le monde, les banquiers réclament de la stabilité. Le Directoire peut-il tenir dans une telle détresse ?

Les caisses vides ! Vous croyez m’apprendre quelque chose ? Elles étaient vides quand j’y suis entré, elles l’ont été chaque année depuis, et le régime tient toujours. On ne gouverne pas la France depuis la Révolution qu’avec des coffres pleins, sans quoi il y a beau temps qu’il n’y aurait plus de gouvernement du tout. Nous avons connu l’assignat qui ne valait rien, la disette, les fournisseurs qui vous tiennent à la gorge, et nous avons passé. L’emprunt forcé a fâché les riches ? Je le veux bien, on ne demande jamais de l’argent à un homme sans le fâcher ; mais il fallait de l’argent et on l’a levé. Les banquiers réclament de la stabilité : ils en réclament toujours, c’est leur nature, ils voudraient des rentes assurées et des révolutions douillettes. Qu’ils patientent. La confiance revient avec les victoires, et nos armées viennent d’en remporter. Un État qui gagne aux frontières retrouve du crédit aux guichets ; cela a toujours été ainsi. Je ne dis pas que la situation soit brillante — je ne suis pas un charlatan —, je dis qu’elle n’a rien qui doive faire perdre la tête à des gens sérieux.

Sur les frontières, précisément, le danger reflue : Masséna a vaincu à Zurich, le duc d’York a capitulé en Hollande. Comment lisez-vous ce redressement ?

Je le lis comme la preuve que ce régime, qu’on donnait pour perdu, sait encore vaincre. Souvenez-vous de l’état où nous étions au cœur de l’été : les coalisés partout menaçants, l’Italie perdue, les mauvaises nouvelles s’entassant sur ma table jour après jour. On nous enterrait déjà. Et voici qu’à l’automne la barre est redressée : Masséna taille en pièces les Russes et les Autrichiens devant Zurich, la Hollande tient bon, le duc d’York doit signer sa reculade et remballer son expédition. Voilà où nous en sommes, monsieur, et ce n’est pas le fait du hasard. C’est le Directoire qui a nommé ces généraux, qui a levé ces hommes, qui a tenu quand tout semblait céder. La République n’est pas envahie ; elle porte de nouveau la guerre chez l’adversaire. On me permettra d’en tirer quelque fierté, car j’étais à ce fauteuil dans les mauvais jours comme dans les bons, et je n’ai pas déserté quand la partie paraissait mauvaise. Ceux qui gémissaient en juillet feraient bien de s’en souvenir en novembre.

On vous fait pourtant une réputation cruelle : le faste du Luxembourg, votre fortune, vos mœurs. Vos ennemis vous disent « sans foi ni mœurs ». Que leur répondez-vous ?

Rien. Je ne réponds pas à la calomnie, monsieur ; on ne se baisse pas pour ramasser toutes les pierres qu’on vous jette. Ces messieurs me reprochent mon train de maison ? Un directeur de la République reçoit, représente, tient son rang ; faudrait-il gouverner la France dans un galetas pour leur plaire ? On me prête une fortune : qu’ils la comptent, s’ils en ont le loisir ; les envieux ont toujours trouvé que les autres avaient trop. Quant à mes mœurs, elles ne regardent que moi, et je n’ai de comptes à rendre là-dessus qu’à ceux que cela concerne, ce qui ne fait pas grand monde. « Sans foi ni mœurs » : je connais la formule, elle me poursuit depuis des années, elle a fait le tour des pamphlets. Eh bien, cet homme sans foi ni mœurs est toujours dans ce fauteuil, quand ses vertueux accusateurs sont tombés ou oubliés. La calomnie est le tribut que la médiocrité paie au pouvoir. Je l’encaisse sans sourciller. Un homme qu’on n’attaque pas est un homme qui ne compte plus ; à ce prix-là, je consens volontiers à ce qu’on me déchire.

Cet été jacobin — loi des otages, emprunt forcé — a réveillé la peur d’un retour d’anarchie. Êtes-vous le rempart contre les jacobins, comme vous le fûtes contre les royalistes en Vendémiaire ?

Je suis le rempart contre le désordre, d’où qu’il vienne, et le désordre a deux visages qui se valent. À droite, les royalistes qui voudraient nous ramener les Bourbons et leur cortège de vengeances ; je les ai matés en Vendémiaire, le canon a parlé et ils s’en souviennent. À gauche, les exagérés du Manège, qui rêvent de recommencer les grandes journées, de rouvrir les clubs, de dresser à nouveau l’échafaud permanent ; ceux-là ne me font pas moins horreur. La loi des otages, l’emprunt forcé, toutes ces mesures de fièvre qu’on nous a arrachées cet été, je sais ce qu’elles ont coûté en inquiétude et en rancune. La République n’a pas fait tomber une tyrannie pour se donner celle des sections. Ma place, monsieur, a toujours été au milieu : assez ferme pour que les royalistes n’espèrent rien, assez républicain pour que les patriotes sincères n’aient rien à craindre, et assez résolu pour que ni les uns ni les autres ne prennent la rue. C’est une position inconfortable, on y reçoit les coups des deux bords ; c’est aussi la seule tenable pour qui veut que la République dure. Je m’y tiens. Je m’y tiendrai.

Une dernière question. Si demain l’on voulait réviser la Constitution, réduire les pouvoirs du Directoire ou le renverser, que feriez-vous ?

Voilà une question qu’on pose à un homme pour voir s’il se découvre. Je ne me découvrirai pas. Ce que je ferais ? Ce que j’ai toujours fait : je serais là. Comprenez bien ceci, et ce sera ma conclusion : on ne réduit pas, on ne renverse pas un homme qui tient ce palais depuis quatre ans comme on renvoie un commis. J’ai vu monter bien des entreprises contre ce fauteuil ; aucune n’y a réussi tant que j’ai voulu y rester. Que d’autres calculent, s’arrangent, croient tenir les fils : je les laisse faire, je les regarde, et je garde mes cartes contre moi. Un vieux joueur ne montre jamais son jeu avant l’heure ; c’est même à cela qu’on reconnaît qu’il est vieux. Qu’on essaie de toucher au Directoire, et l’on verra que le Directoire, ce n’est pas cinq fauteuils vides : il y a encore quelqu’un dedans, et ce quelqu’un ne se laisse pas prendre les mains vides. Je ne menace personne, monsieur ; je constate simplement que je suis ici depuis quatre ans, et que j’y suis encore. Tirez-en la conclusion que vous voudrez ; moi, j’en tire celle qu’on ne m’en délogera pas d’un mot ni d’un décret.

Le contexte

Paul Barras est, avec Sieyès, Gohier, Moulin et Ducos, l’un des cinq directeurs qui composent l’exécutif de la République.

Il est le seul des cinq directeurs entrés en fonction à l’établissement du régime, en 1795, à siéger encore au Directoire.

Le Directoire est traversé de divisions internes, dans un contexte de crise financière et de rumeurs de révision constitutionnelle.

L’entretien est daté du 17 brumaire an VIII et ne révèle pas l’issue de la crise en cours.

État des informations

Ces propos restituent l’assurance et la superbe d’un directeur au faîte de son ancienneté, tels qu’ils pouvaient s’exprimer ce jour-là.

Ce que l’on sait

  • Paul Barras est directeur depuis l’établissement du régime en 1795 et le seul des fondateurs encore en fonction.
  • Les autres directeurs, Sieyès, Gohier, Moulin et Ducos, sont entrés en fonction plus récemment.
  • Les armées de la République ont remporté à l’automne des succès à Zurich et en Hollande, tandis que le Trésor demeure exsangue.

Ce que l’on ignore

  • Nul ne sait si une révision de la Constitution de l’an III aboutira ni sous quelle forme.
  • On ignore vers quel parti le général Bonaparte, courtisé de toutes parts, se rangera.
  • L’avenir du Directoire et le maintien de Barras dans ses fonctions restent incertains.

Sources historiques utilisées

primary

Le Moniteur universel, an VIII

Repère de presse et de vocabulaire politique, à lire avec prudence dans un contexte de contrôle de l’information.

secondary

Napoléon ou le mythe du sauveur

Jean Tulard

Repère moderne sur la construction politique du rôle de Bonaparte.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale du 18 brumaire

Les scènes de rédaction et de rue sont plausibles, mais reconstituées à partir d’un événement très documenté après coup.

secondary

Paul Barras et le Directoire — encyclopédie Wikipédia

Notices consultées et recoupées (Paul Barras, Directoire, coup d’État du 18 Brumaire, Emmanuel-Joseph Sieyès) pour restituer sa longévité, son isolement et sa posture d’assurance sans projeter le dénouement de la crise.

Les lecteurs réagissent

Les lecteurs réagissent au 18 brumaire

Commentaires reconstitués : profils, sensibilités et disputes sont imaginés à partir des clivages du moment. La modération aussi a ses petites lâchetés.

11 commentaires
Thermidorien75 18 brumaire an VIII, 18h12

Si les Conseils doivent être déplacés pour délibérer sans pression, qu’on les déplace. La République n’est pas un club bruyant.

👍 219 · 🚩 25
SansCulotteAnII 18 brumaire an VIII, 18h16

Quand on commence à sauver la République loin du peuple, il ne reste bientôt que les soldats pour applaudir.

👍 188 · 🚩 32
SoldatDItalie 18 brumaire an VIII, 18h20

Bonaparte a sauvé l’Italie pendant que certains apprenaient à écrire des motions. Laissez travailler ceux qui savent décider.

👍 302 · 🚩 61
RoyalisteDiscret 18 brumaire an VIII, 18h22

Je suis profondément attaché à la légalité républicaine, raison pour laquelle je trouve préoccupant tout cela. Très préoccupant.

👍 74 · 🚩 19
Thermidorien75 18 brumaire an VIII, 18h24

Votre amour soudain pour la Constitution de l’an III est touchant.

👍 146 · 🚩 7
RentierDuMarais 18 brumaire an VIII, 18h27

J’attends simplement de savoir si demain les rues seront calmes et si les paiements continueront. Le reste est littérature de clubs.

👍 119 · 🚩 14
SansCulotteAnII 18 brumaire an VIII, 18h31

👍 0 · 🚩 83
SansCulotteAnII 18 brumaire an VIII, 18h34

Évidemment on censure dès qu’on rappelle 1793. La modération protège les directeurs et les sabres.

👍 211 · 🚩 49
SoldatDItalie 18 brumaire an VIII, 18h36

BONAPARTE OU LE DÉSORDRE. C’est pourtant simple.

👍 141 · 🚩 36
SoldatDItalie 18 brumaire an VIII, 18h36

BONAPARTE OU LE DÉSORDRE. C’est pourtant simple.

👍 28 · 🚩 11
SoldatDItalie 18 brumaire an VIII, 18h37

BONAPARTE OU LE DÉSORDRE. C’est pourtant simple.

👍 17 · 🚩 10

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