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« Nous mourons du même mal » : la parole d’un aîné de la juiverie de Narbonne

Dans la juiverie de Narbonne, un homme d’une soixantaine d’années lave et met en terre les morts des siens, qui tombent du mal comme tombent les chrétiens. Il a vu, dans sa jeunesse, la fureur des bergers ; il a vu brûler des innocents sur le mensonge des puits empoisonnés. Il reconnaît aujourd’hui la même fable, et il parle — de sa communauté, de ses morts, et de la peur qui monte aux portes de sa maison.

Propos recueillis à Narbonne par le chroniqueur de la rédaction 24 mars 1348, 08h00 14 min de lecture

Le mal est entré dans Narbonne vers la mi-février, et il n’a pas demandé, en franchissant les portes, qui priait dans quelle langue. Il tue à la Grande Juiverie comme il tue à la Cité et au Bourg, aux mêmes jours, des mêmes bosses. Et tandis que les juifs de la ville enterrent leurs morts, une seconde peur monte contre eux : celle de la fable qui court les chemins du Midi depuis le début de l’an, et qui veut que le fléau soit leur ouvrage.

Nous avons voulu entendre, sur cette double épreuve, la voix de ceux qu’elle vise. Un homme a bien voulu nous parler : un aîné de la juiverie, d’une soixantaine d’années, homme de lettres, qui appartient à la confrérie chargée de laver et d’ensevelir les morts des siens. Il a demandé qu’on ne donnât pas son nom, et l’on comprend, par le temps qui court, qu’il l’ait demandé. C’est un homme posé, qui pèse ses mots, et que la fatigue et le deuil ont creusé sans lui ôter la tenue.

Nous rapportons ses propos tels qu’il nous les a livrés, sans les redresser. C’est la parole d’un seul homme, sur ce qu’il voit de sa place, dans sa maison et dans sa rue ; elle ne saurait valoir pour tous les juifs du royaume, dont les sorts diffèrent d’une ville à l’autre. Là où il dit sa peur, nous l’avons laissée ; elle dit, elle aussi, ce que sont ces semaines à Narbonne.

Grand entretien

Un aîné de la juiverie de Narbonne, âgé d’environ soixante ans, homme de lettres, appartenant à la confrérie qui lave et ensevelit les morts de sa communauté ; il n’a pas voulu qu’on donnât son nom.

Propos recueillis à Narbonne à la fin de mars 1348, alors que le mal frappe la ville et que la calomnie de l’empoisonnement des puits a déjà mené des innocents au supplice dans le Midi. Témoignage d’un seul homme, sur ce qu’il a vu de sa place ; il ne saurait valoir pour l’ensemble des juifs du royaume. La rédaction le rapporte tel qu’il a été livré, sans redresser sa parole.

On dit, sur les chemins, que le mal aurait épargné les juifs. Est-il vrai ?

Que ceux qui le disent viennent le voir de leurs yeux. Le mal n’a épargné personne chez nous, pas plus qu’ailleurs. Il est entré dans nos rues à la mi-février, en même temps qu’il entrait dans le reste de la ville, et il y frappe des mêmes signes : ces bosses dures qui se lèvent sous le bras et à l’aine, cette fièvre qui fait cracher le sang, la mort au bout de deux ou trois jours. J’ai lavé de mes mains des voisins que je saluais la semaine d’avant, des enfants que j’avais vus naître. J’ai vu des maisons de chez nous vidées d’un bout à l’autre, comme on en voit chez les chrétiens. Nous mourons du même mal, aux mêmes jours, et nous l’attrapons de la même façon, sans la comprendre mieux que quiconque. Voilà ce que je réponds à la fable : nos morts la démentent. Un homme qui aurait le secret d’un poison ne s’en donnerait pas à lui-même, ni à ses fils.

Vous ensevelissez vos morts vous-même ?

C’est mon office, et je le tiens pour un devoir sacré. Chez nous, un mort ne doit pas rester seul et ne doit pas être jeté en terre comme une bête : il faut le laver, le vêtir d’un linge simple, le veiller, et le porter en terre le jour même quand cela se peut. Nous sommes quelques-uns, une confrérie de gens de bien, qui nous chargeons de ce soin par charité, sans salaire, parce qu’il faut bien que quelqu’un rende aux morts ce qui leur est dû. En temps ordinaire, c’est un ouvrage grave et paisible. Aujourd’hui, il n’a plus de fin : à peine en a-t-on enseveli un qu’un autre nous est amené. Et je vous dirai la peine du double deuil : nous pleurons les nôtres qui s’en vont, et par-dessus ce chagrin nous portons la crainte de ce qu’on prépare aux vivants. On enterre d’une main, et de l’autre on veille la porte.

Depuis quand les juifs vivent-ils à Narbonne, et comment y vivent-ils ?

Depuis un temps que nul ne saurait dire, plus vieux que la mémoire des plus vieux. Nos pères étaient ici avant bien des seigneurs d’à présent. Nous demeurons en deux quartiers : la Grande Juiverie, qui relève du vicomte, et une plus petite qui relève de monseigneur l’archevêque. Deux maîtres, donc, chacun jaloux de ses droits sur nous — et de ses tailles, car nous payons cher le droit d’être tolérés. Cette double main, il faut le dire, nous a parfois abrités : là où le seigneur trouve son profit à nous garder, il ne nous livre pas volontiers à la rue. Nous avons notre escola, où nous prions et où nous étudions la Loi, notre bain pour les purifications, nos boucheries et notre four. Dans la rue, nous parlons la langue de tout le monde, celle du pays ; à la prière, l’hébreu de nos pères ; et pour nos actes et nos contrats, le latin des notaires, comme les chrétiens. Nous vivons parmi la ville, non pas au-dehors d’elle.

De quoi vivent les vôtres ?

De bien des métiers, quoi qu’on en croie. Il y a parmi nous des tanneurs, des teinturiers, des marchands de drap, des gens qui travaillent au sel des étangs, des artisans de toute sorte. Nous avons aussi des médecins, et de bons, qu’on va chercher jusque dans les maisons chrétiennes quand un enfant brûle de fièvre — car au chevet d’un malade, on regarde moins à la foi de celui qui soigne. Et il est vrai qu’il en est parmi nous qui prêtent de l’argent contre un intérêt. On nous le reproche assez ; mais ce prêt-là, sachez-le, on nous l’a laissé parce qu’il est défendu au chrétien de le pratiquer, et qu’il faut pourtant bien que le marchand trouve à emprunter, et le paysan à passer la mauvaise année. On nous a fait tenir la bourse qu’on ne voulait pas tenir soi-même, et l’on nous hait de la tenir. C’est un vieux tour, et je l’ai vu jouer toute ma vie.

On dit que la haine vise votre bourse autant que votre foi. Le croyez-vous ?

Je ne le crois pas, je le sais, car je l’ai vu. Là où l’on tue le juif, on efface aussi ce qu’on lui devait. Le créancier mort, la dette meurt avec lui ; les registres brûlent avec la maison, et le débiteur, le lendemain, se trouve quitte et pleure des larmes de crocodile. J’ai connu des hommes qui devaient à un des nôtres, et qui furent les plus ardents à crier contre lui quand la foule s’assembla. On nous prête un poison dans les puits, mais ce qu’on veut souvent, c’est le coffre et la quittance. On habille de zèle pieux une convoitise très ancienne. Je ne dis pas que tous ceux qui nous haïssent y cherchent leur profit ; il en est que la seule peur affole. Mais la fable arrange trop de monde à la fois, et c’est pour cela qu’elle prend si vite.

Quand cette accusation des puits est-elle arrivée jusqu’à vous ?

Elle est descendue avec le mal, ou peu après. Dès l’entrée de l’année, quand le fléau montait de Provence, on a commencé d’entendre ce murmure : que le mal ne serait pas naturel, mais un poison ; et que ce poison, les juifs l’auraient jeté dans les puits et les fontaines. Cela s’est passé de bouche en bouche, de marché en marché, grossissant à chaque relais, comme une nouvelle qu’on tient bientôt pour attestée à force de l’avoir redite. Nul ne sait qui l’a dite le premier ; c’est la marque de ces choses-là, elles n’ont pas d’auteur, elles n’ont que des porteurs. Un matin, on la murmure ; le lendemain, on nous regarde de travers dans la rue ; et le surlendemain, on frappe.

Qu’a-t-on déjà fait, ici, aux vôtres ?

Il faut être juste, même dans le malheur, et ne pas dire plus qu’il n’est. On n’a pas jeté bas notre quartier, on ne nous a pas égorgés en foule dans nos maisons — non, pas cela, pas encore. Mais des choses ont été faites, éparses et terribles. On a saisi des gens sur le soupçon, ici à Narbonne, et à Carcassonne, et l’on m’a dit jusqu’à Grasse ; on en a mis à la question ; on en a brûlé quelques-uns. On a arrêté de pauvres hères porteurs de je ne sais quelle poudre, on les a forcés d’en avaler pour prouver le poison, et sur leurs cris on a mené des nôtres au bûcher. Ce ne sont, jusqu’à cette heure, que des feux allumés çà et là, non l’incendie. Mais je vois la foule s’assembler et gronder, je l’entends aux portes, et je sais, moi qui ai de la mémoire, ce que devient un tel grondement quand rien ne l’arrête. Ce que je crains n’est pas encore arrivé. C’est justement pour cela que j’en parle.

On parle d’aveux. Que valent-ils ?

Rien. Moins que rien, car ils font croire à un crime là où il n’y en a point. Voyez comment la chose se fait : on prend un homme, on le lie, on le livre à la géhenne. On le tenaille, on le brûle, on lui disloque les membres, jusqu’à ce que la douleur lui ôte l’esprit. Alors on lui souffle ce qu’il doit dire — le nom, le poison, le puits — et il le répète, parce qu’un homme au bout de ses forces avouera d’avoir tué le soleil si l’on cesse de le tourmenter à ce prix. Puis on écrit cet aveu, on le montre, et l’on brûle l’homme sur l’aveu qu’on lui a arraché. Voilà tout le mécanisme, et il tourne à vide : il ne prouve rien que la cruauté de ceux qui le font tourner. Un aveu tiré par le fer n’est pas une parole d’homme ; c’est un cri qu’on a mis en forme.

Vous êtes assez vieux pour avoir vu d’autres fureurs. Vous en souvenez-vous ?

Je m’en souviens comme si c’était hier, et ma mémoire, hélas, ne me trompe pas. J’étais un jeune homme quand vinrent les bergers — les Pastoureaux, comme on les nommait. Une multitude de pauvres gens, des pâtres, des va-nu-pieds, partis du Nord en criant qu’ils allaient guerroyer les infidèles outre-mer, et qui, faute d’infidèles sous la main, se sont jetés sur nous en chemin. Ils ont remonté la Garonne en massacrant les juifs de ville en ville — à Toulouse, dans tout le Toulousain, et je ne sais combien de nos frères ils ont tués, en un lieu, m’a-t-on dit, jusqu’à en jeter des centaines dans une même fosse. On les a défaits enfin du côté de Carcassonne, et l’on a pourchassé jusqu’ici, vers Narbonne, ceux qui fuyaient. J’ai vu, cet été-là, ce dont une foule est capable quand elle se croit le bras de Dieu. On n’oublie pas cela.

Et cette histoire de puits, l’aviez-vous déjà entendue avant aujourd’hui ?

Oui, et c’est ce qui me glace : je l’ai déjà entendue, mot pour mot. L’année qui suivit les bergers, une autre fureur monta. On accusa d’abord les lépreux d’avoir empoisonné les puits et les fontaines pour faire périr le peuple ; puis, la torture aidant, on leur fit dire qu’ils avaient agi sur l’ordre des juifs, et les juifs sur celui de je ne sais quels rois d’au-delà des monts. La même poudre, les mêmes puits, les mêmes aveux tirés par le feu, les mêmes bûchers. À Chinon, on en brûla un grand nombre des nôtres dans une fosse creusée pour cela. C’était il y a plus d’un quart de siècle, et voici que j’entends aujourd’hui la même fable, dans les mêmes mots, comme si le temps n’avait rien appris aux hommes. Quand j’ai su qu’on reparlait de puits empoisonnés, je n’ai pas eu à me demander où cela menait. Je le savais déjà.

Vous a-t-on déjà chassés de ce royaume ?

Deux fois de mon vivant, et mes pères avant moi. J’étais enfant lorsque le roi — le Bel, comme on l’appelait — nous fit tous saisir en un seul jour et jeter hors du royaume, et prit nos biens, nos maisons, nos créances, tout. Nous sommes revenus quelques années après, quand un autre roi eut besoin de nous rappeler ; mais on ne revient pas dans sa maison, on revient dans ce qu’on veut bien vous en laisser. Puis, après l’affaire des lépreux, on nous chassa derechef. Toute notre vie tient dans ces allées et venues, et à chaque retour l’on nous fait payer le droit de rentrer. Nous sommes des tolérés, voyez-vous : on nous souffre tant qu’on y trouve son compte, et le jour où l’on n’y trouve plus le sien, la tolérance se retire comme la marée, et emporte ce que nous avons. C’est un sol qu’on habite sans jamais le tenir.

Qu’attendez-vous, à présent ?

Peu de chose, et pourtant j’attends. J’attends d’abord que ce grand malheur qui gronde ne se déchaîne pas ; chaque jour qu’il ne se déchaîne pas est un jour gagné. Et j’ai un espoir, que je nourris comme on nourrit une petite flamme au creux des mains contre le vent. On dit — je le dis comme on me le rapporte, sans en avoir vu la lettre — que le Saint-Père, à Avignon, où le mal sévit aussi durement qu’ici, aurait élevé la voix contre cette fable, l’aurait nommée fausse, et voudrait défendre qu’on nous fasse violence. Avignon n’est pas loin de nous, et la parole du pape porte partout. Si elle est vraie, cette parole, et si elle descend jusqu’aux villes, elle vaudra plus qu’une armée pour retenir les bras. Mais je ne l’ai pas encore entendue de source sûre, et l’on ne bâtit pas sa maison sur un bruit. J’espère, et j’attends. C’est déjà beaucoup, par ces temps, de pouvoir espérer.

Comment tient-on, dans une maison comme la vôtre ?

On tient parce qu’il le faut, et parce que les nôtres ont tenu avant nous à travers pire, peut-être. On enterre nos morts avec les honneurs qui leur sont dus, on prie, on garde les usages, on instruit les enfants — car un peuple qui transmet ne meurt pas tout entier, même quand on le tue. Ma maison, le soir, n’est pas sans lumière : on y étudie encore, on y dit encore les bénédictions, à voix un peu basse. Et je vous dirai une chose qu’on ne dit pas assez : tous les chrétiens de cette ville ne croient pas la fable, il s’en faut. J’ai des voisins qui, ces jours-ci, m’ont fait dire de me tenir tranquille chez moi et qu’ils veilleraient ; un marchand avec qui je traite depuis vingt ans m’a serré la main sur le pas de sa porte, à la vue de tous, ce qui n’est pas rien. La ville n’est pas d’un seul bloc contre nous. Alors nous tenons. Nous ne nous résignons pas — se résigner, ce serait donner raison à ceux qui nous veulent morts. Nous tenons, et nous attendons que la raison revienne aux hommes, comme elle finit, quelquefois, par revenir.

Le contexte

Le mal, entré dans le royaume par Marseille à l’automne 1347, a remonté la Provence puis le Languedoc ; il est entré dans Narbonne vers la mi-février 1348 et y frappe juifs et chrétiens également.

Les juifs de Narbonne demeurent en deux quartiers relevant de deux seigneurs distincts : la Grande Juiverie sous l’autorité du vicomte, une plus petite sous celle de l’archevêque ; ils y ont leur escola (synagogue et école), leur bain rituel, leurs métiers.

La calomnie de l’empoisonnement des puits, née dans le Midi au début de 1348, a déjà mené à des saisies, des tortures et quelques bûchers d’innocents à Narbonne, à Carcassonne et jusqu’à Grasse.

Les juifs du royaume gardent la mémoire de fureurs récentes : la croisade des bergers, les Pastoureaux, qui massacra les juifs du Midi en 1320 ; l’accusation d’empoisonnement des puits imputée aux lépreux puis aux juifs en 1321, avec ses bûchers ; et les expulsions du royaume de 1306 et de 1322, chaque fois assorties de la saisie des biens.

État des informations

Ce témoignage, recueilli à Narbonne à la fin de mars 1348, est celui d’un seul homme, sur ce qu’il voit de sa communauté ; il ne saurait valoir pour l’ensemble des juifs du royaume. La rédaction nomme calomnie l’accusation portée contre les juifs et ne lui accorde aucun crédit ; elle distingue les exactions déjà survenues du grand malheur que le témoin redoute, et ne préjuge en rien des suites de cette épreuve.

Ce que l’on sait

  • Le mal frappe les juifs de Narbonne comme les chrétiens, aux mêmes jours et des mêmes signes — bosses aux aisselles et aux aines, crachement de sang, mort en quelques jours ; le témoin lave et ensevelit lui-même les morts des siens.
  • Des exactions éparses — saisies, mises à la torture, quelques bûchers d’innocents — ont déjà frappé des juifs sur la calomnie de l’empoisonnement des puits, à Narbonne, à Carcassonne et jusqu’à Grasse.
  • Les juifs de Narbonne vivent sous la double autorité du vicomte et de l’archevêque, en deux quartiers ; ils gardent la mémoire des expulsions du royaume de 1306 et de 1322, chaque fois assorties de la saisie de leurs biens.
  • La mémoire des fureurs anciennes est vive : les Pastoureaux qui massacrèrent les juifs du Midi en 1320, et l’accusation d’empoisonnement des puits de 1321 avec ses aveux forcés et ses bûchers, dont celui de Chinon.

Ce que l’on ignore

  • Jusqu’où ira la fureur des foules, et si le grand malheur redouté — l’assaut de la communauté entière — se déchaînera ou non, nul ne le sait à cette heure.
  • Si et quand une parole de protection viendra, et si elle descendra jusqu’aux villes avec assez de force pour retenir les bras.
  • La cause véritable du mal demeure inconnue ; aucune des explications avancées ne désigne de main humaine coupable.

Sources historiques utilisées

secondary

Accusation d’empoisonnement des puits contre les Juifs — Wikipédia (FR)

Naissance dans le Midi de la France, au début de 1348, de la calomnie de l’empoisonnement des puits ; saisies, tortures et bûchers d’innocents à Narbonne et à Carcassonne ; mendiants arrêtés porteurs de poudres et aveux arrachés sous la torture. L’accusation est ici nommée pour ce qu’elle est — une calomnie —, jamais examinée comme une thèse.

secondary

Persécution des Juifs pendant la peste noire — Wikipédia (FR)

Cadre général des persécutions imputant le fléau aux juifs sur l’accusation d’empoisonnement des puits ; mécanisme des aveux extorqués par la torture ; motif de l’effacement des dettes dues aux créanciers juifs. Sert à situer les exactions éparses du printemps 1348 dans le Midi sans anticiper les massacres postérieurs.

secondary

Peur des lépreux de 1321 — Wikipédia (FR)

Précédent de 1321 : accusation d’empoisonnement des puits et fontaines portée d’abord contre les lépreux, puis, sous la torture, contre les juifs ; aveux forcés, bûchers (dont Chinon), sur la même fable de la poudre et des puits que celle de 1348. Sert au parallèle établi par le témoin.

secondary

Croisade des pastoureaux de 1320 — Wikipédia (FR)

Croisade des bergers de 1320 : bandes de pâtres remontant la vallée de la Garonne et massacrant les communautés juives du Midi (Toulouse et le Toulousain, Verdun-sur-Garonne avec un grand nombre de morts), défaite près de Carcassonne, poursuite des fuyards vers Narbonne. Sert au souvenir de jeunesse du témoin.

secondary

La Narbonne juive au Moyen Âge — Corbières Matin

Structure de la juiverie de Narbonne : double autorité (Grande Juiverie sous le vicomte, quartier moindre sous l’archevêque), escola et synagogue, bain rituel, métiers divers (médecine, tannerie, teinture, sel des étangs, prêt à intérêt), expulsion de 1306 et retour partiel de 1315.

editorial-reconstruction

Note de reconstitution éditoriale — Aujourd’hier

Cet entretien reconstitue le témoignage plausible d’un aîné juif non nommé de la juiverie de Narbonne, à la fin de mars 1348, dans la langue et l’horizon de savoir de son époque. Le personnage est une figure humble et vraisemblable, non un individu attesté ; ses propos n’anticipent aucun fait postérieur — ni les massacres de l’avril et du printemps qui suivent, ni aucune parole pontificale scellée. La calomnie de l’empoisonnement des puits y est nommée pour ce qu’elle est et jamais examinée comme une thèse ; les faits d’arrière-plan (mal entré à Narbonne vers la mi-février 1348, exactions éparses sur la fable, structure de la juiverie, précédents de 1320 et 1321, expulsions de 1306 et 1322) sont étayés par les sources ci-dessus.

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