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Réactions | À la tribune et aux clubs : que faire du roi ?

Les Tuileries prises, la question n’est plus dans la rue mais à la tribune : que faire du roi ? L’Assemblée a répondu d’un décret — suspendre le souverain, convoquer une Convention nationale ; les clubs et les sections, eux, vont plus loin. Nous rangeons ici les prises de position publiques de ces deux journées, sans leur prêter d’arrière-pensée ni préjuger de ce que tranchera l’assemblée nouvelle.

Notre service politique 12 août 1792, 10h00 7 min de lecture

La forteresse des Tuileries n’a pas seulement perdu sa garde et son maître : elle a déplacé la question. Tant que l’on se battait sous ses fenêtres, il s’agissait de prendre un palais. Depuis que le roi s’est réfugié, avec les siens, au sein de la Législative, il s’agit de tout autre chose — de savoir ce qu’on fera désormais d’un souverain qui n’a plus de palais à défendre. À la tribune, dans les clubs, dans les assemblées de sections, cette question s’est dite tout haut depuis avant-hier. Nous en rangeons ici les réponses publiques, dans l’ordre où elles nous sont parvenues, en nous gardant d’y lire plus qu’elles ne portent.

Le décret : suspendre, non déposer

Le fait le plus considérable est venu de l’Assemblée elle-même, et il porte un nom : celui de M. Vergniaud, qui présidait la séance. C’est lui qui, devant les représentants et le roi présent dans l’enceinte, a porté le décret que l’on se répète aujourd’hui dans tout Paris. L’Assemblée, dit ce décret, invite le peuple français à former une Convention nationale ; et le chef du pouvoir exécutif — le roi — est provisoirement suspendu de ses fonctions, jusqu’à ce que cette Convention se soit prononcée. On observera la mesure des termes : l’Assemblée ne dépose pas le souverain, elle le suspend ; elle ne juge pas, elle renvoie à une assemblée qui reste à élire. C’est une porte ouverte, non une sentence.

Le mot de Convention mérite qu’on s’y arrête, car il dit l’ampleur de ce qui s’engage. Il ne s’agit pas de remanier un ministère ni de corriger une loi : il s’agit de convoquer une assemblée nouvelle, chargée de statuer sur la forme même du gouvernement, et que l’on dit devoir être élue d’une façon plus large qu’aucune jusqu’ici. La Constitution de 1791, jurée par le roi, se trouve ainsi comme suspendue avec lui, dans l’attente du verdict de cette assemblée à venir. Ce que la Convention décidera, nul ne le sait ce matin ; mais que le pays soit convoqué pour la former, voilà qui est décrété et public.

Un Conseil exécutif provisoire, Danton aux sceaux

L’Assemblée n’a pas seulement écarté le roi : elle s’est aussi donné un gouvernement. Les ministres en place ont été révoqués, et un Conseil exécutif provisoire de six membres élu pour assurer la marche des affaires. Parmi ces noms, un surtout court dans la ville : celui de M. Danton, porté au ministère de la Justice dès la journée du 10. On le dit homme de tribune et des Cordeliers, voix forte des sections, et l’on remarque qu’il a reçu, outre les sceaux, une sorte de prééminence sur ses collègues. Beaucoup voient dans ce choix un pont jeté entre l’Assemblée et cette Commune nouvelle qui s’est emparée de l’Hôtel de Ville : on attend de cet homme du peuple qu’il tienne ensemble des autorités que la journée d’hier a multipliées.

La Commune, Robespierre et la Convention

Car l’Assemblée n’est plus seule à parler. À l’Hôtel de Ville s’est installée une Commune insurrectionnelle, sortie des sections qui ont fait la journée du 10 ; et c’est de ce côté, autant que des clubs, que viennent les voix les plus pressantes. On nous dit que M. Robespierre, naguère député de l’ancienne Assemblée et orateur écouté des Jacobins, a été désigné par sa section pour la représenter à cette Commune. Sa parole, depuis des semaines, allait dans le sens que la journée vient de consacrer : il réclamait, dit-on, une Convention élue d’une manière plus large, voulant qu’on en finît avec la distinction qui partage les citoyens en actifs et passifs et écarte les plus pauvres du vote. Ce sont là les thèmes qu’on lui prête ; l’homme écrit et discourt beaucoup, et c’est le sens de ses vues qui circule, plus que la lettre.

L’exigence contre La Fayette

Une autre exigence revient sans cesse dans la bouche de ces orateurs, et celle-là vise un homme : M. de La Fayette. On se souvient que ce général, naguère idole de la milice parisienne, avait, en juin, adressé à l’Assemblée une lettre menaçante contre les clubs, qu’il accusait d’usurper tous les pouvoirs, et qu’on l’avait vu quitter son armée pour venir, disait-on, en découdre avec les Jacobins. Aux clubs comme aux sections, on demande désormais qu’il soit déclaré traître et mis en accusation. Nous notons cette exigence comme une parole publique, hautement tenue ; ce qu’en fera l’Assemblée, et ce que fera le général lui-même à la tête de ses troupes, demeure entier ce matin.

Une déchéance réclamée depuis le 3 août

Tout cela, du reste, ne tombe pas du ciel d’une seule journée. La déchéance du roi, les sections la réclamaient déjà à voix haute depuis le début du mois : on se rappelle que, le 3 août, une députation venue au nom de presque toutes les sections de Paris, et le maire Pétion lui-même, étaient venus à la barre demander qu’on en finît avec la royauté ; et que telle section avait annoncé qu’elle sonnerait le tocsin si la déchéance n’était pas prononcée. La journée du 10 a tranché par la force ce que ces pétitions demandaient par la voie réglée. Ce que la tribune et les clubs disent aujourd’hui n’est donc pas une humeur d’un matin : c’est l’aboutissement d’une demande déjà ancienne, que la prise des Tuileries a rendue irrésistible.

Que conclure de ces décrets et de ces clameurs ? Rien de plus qu’ils ne portent. Le roi est suspendu, non déposé ; une Convention est convoquée, non encore réunie ; un Conseil de six ministres gouverne en attendant, et l’on réclame, dans les clubs, la tête politique d’un général. Le reste — ce que vaudra la suspension, ce que décidera l’assemblée à venir, ce qu’il adviendra de la personne du roi désormais sans palais — appartient à des jours que nous n’écrivons pas encore. Nous nous en tenons à ce que nous savons : des actes et des mots publics, dits au grand jour, dont la Convention seule dira le poids.

Le contexte

Le 10 août 1792, les sections parisiennes et les fédérés ont pris d’assaut le palais des Tuileries ; le roi et sa famille se sont réfugiés au sein de l’Assemblée législative.

Depuis le début du mois, presque toutes les sections de Paris réclamaient à la barre la déchéance du roi ; le 3 août, le maire Pétion était venu porter cette demande au nom de la Commune et des sections.

Une Commune insurrectionnelle, issue des sections, s’est emparée de l’Hôtel de Ville pendant la journée du 10 août.

M. de La Fayette, commandant d’une des armées du roi, avait en juin adressé à l’Assemblée une lettre menaçant les clubs, ce qui avait achevé de le brouiller avec les patriotes les plus avancés.

État des informations

Cette revue est datée du 12 août 1792, au matin. Elle ne retient que des actes et des propos publics et datables — décret de l’Assemblée, nomination du Conseil exécutif, voix des clubs et des sections —, ne prête à personne d’intention qu’elle ne puisse établir, et ne préjuge en rien de ce que décidera la Convention à venir, ni du sort réservé au roi.

Ce que l’on sait

  • Le 10 août, sur proposition de Vergniaud, président de séance, l’Assemblée législative a voté la suspension du roi et la convocation d’une Convention nationale, sans prononcer sa déposition.
  • Les ministres en place ont été révoqués et un Conseil exécutif provisoire de six membres élu pour gouverner dans l’attente de la Convention.
  • M. Danton a été porté au ministère de la Justice au sein de ce Conseil.
  • Une Commune insurrectionnelle s’est installée à l’Hôtel de Ville, et M. Robespierre a été désigné par sa section pour l’y représenter.
  • Dès le 3 août, presque toutes les sections de Paris et le maire Pétion avaient réclamé à la barre la déchéance du roi.

Ce que l’on ignore

  • On ignore quand la Convention se réunira, comment elle sera précisément élue, et ce qu’elle décidera de la royauté et de la personne du roi.
  • Le sort réservé à M. de La Fayette, et la conduite qu’il tiendra à la tête de son armée, ne sont pas connus.
  • On ne sait quelle autorité réelle exerceront, l’une à côté de l’autre, l’Assemblée, le Conseil exécutif provisoire et la Commune de l’Hôtel de Ville.
  • Le partage exact des pouvoirs entre le ministère de Danton et la Commune reste à établir.

Sources historiques utilisées

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Albert Mathiez, « Le dix août » (Hachette, 1934)

Albert Mathiez · 1934

Monographie savante de référence sur la journée, consultée sur le texte intégral (Wikisource). Elle couvre le déroulé complet : tocsin et Commune insurrectionnelle de la nuit du 9-10, mort de Mandat sur les marches de l’Hôtel de Ville et succession de Santerre, marche des fédérés marseillais (entrés fin juillet, chant de Rouget de Lisle) et des faubourgs sur le Carrousel, revue des troupes et défection des canonniers, insistance de Rœderer, procureur général syndic, à conduire le roi à l’Assemblée, traversée du jardin, accueil par Vergniaud et installation dans la loge du Logotachygraphe (« environ huit heures trois quarts »), assaut, gardes suisses, épuisement des cartouches (Durler : « Nous n’avions plus de munitions »), ordre de cesser le feu porté par d’Hervilly « de la part du roi » et billet royal, bilan approché des pertes (500 à 600 tués et blessés côté suisse, 285 relevés côté sections parisiennes), puis le décret de suspension et de convocation d’une Convention au suffrage universel indirect proposé par Vergniaud, le rappel des ministres girondins et l’adjonction de Monge, Lebrun et Danton, et le choix du Temple par la Commune contre le Luxembourg voulu par l’Assemblée.

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Georges Jacques Danton (1759-1794) — Encyclopædia Universalis

Notice biographique consultée pour Danton « né à Arcis-sur-Aube, avocat au Conseil du roi », « une notabilité de quartier, mis en vedette comme président du district des Cordeliers », substitut du procureur de la Commune de Paris (6 déc. 1791) et sa nomination comme ministre de la Justice au soir du 10 août 1792.

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Constitution du 3 septembre 1791 (titre III, chap. II) — Wikisource

Libellé vérifié sur Wikisource : le préambule intitule le roi « Louis, par la grâce de Dieu, et par la loi constitutionnelle de l’État, roi des Français » ; art. 2 : « La personne du roi est inviolable et sacrée ; son seul titre est Roi des Français. » Établit le changement de titre (de « roi de France et de Navarre » à « roi des Français ») et la Constitution de 1791 comme loi de l’État.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale de la journée du 10 août 1792

Les scènes de rue et le déroulé horaire sont plausibles mais reconstitués à chaud : le détail des heures, le premier coup de feu et le bilan des morts ne sont connus que par des récits ultérieurs et souvent contradictoires. Les formulations imitent un média du moment et ne préjugent pas des suites (ni Temple, ni Convention réunie, ni République).

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