La France est en guerre avec l’Allemagne depuis dix-sept heures
Ce dimanche 3 septembre, à dix-sept heures, l’état de guerre est entré en vigueur entre la France et le Reich allemand. L’ultimatum sommant l’Allemagne de retirer ses troupes de Pologne est resté sans réponse ; notre ambassadeur à Berlin, M. Robert Coulondre, en a notifié les conséquences à la Wilhelmstrasse. Le Royaume-Uni, lui, est en guerre depuis ce matin. La cause est connue de tous : l’invasion de la Pologne, voici deux jours.
La France est en guerre. Depuis dix-sept heures, ce dimanche 3 septembre, l’état de guerre est ouvert entre la République et l’Allemagne du chancelier Hitler. La nouvelle, attendue de jour en jour depuis l’agression de la Pologne, n’en frappe pas moins le pays d’une gravité que chacun mesure : c’est la seconde fois, en l’espace d’une vie d’homme, que l’on se bat contre le même adversaire.
L’engrenage s’est noué en quelques heures. Sommé de suspendre son attaque contre la Pologne et d’en retirer ses troupes, le gouvernement du Reich n’a donné aucune réponse satisfaisante. À l’expiration du délai fixé, à dix-sept heures, heure de Paris, notre ambassadeur à Berlin, M. Robert Coulondre, s’est rendu à la Wilhelmstrasse pour y notifier au ministre des Affaires étrangères, M. von Ribbentrop, que la France se trouvait désormais tenue de remplir les engagements qu’elle avait contractés envers la Pologne.
Selon les éléments parvenus ce soir, c’est dans l’après-midi que notre représentant a remis la note française, dont l’échéance était arrêtée à dix-sept heures. L’Allemagne ayant laissé passer ce terme sans céder, l’état de guerre s’est trouvé constitué de plein droit à l’heure dite. Aucun ménagement de langage n’a paru possible : c’est en termes mesurés, mais sans équivoque, que la rupture a été signifiée.
La France n’est pas seule. Le Royaume-Uni l’a précédée de quelques heures : à Londres, l’ultimatum britannique expirait ce matin à onze heures, et c’est dès la matinée que le gouvernement de Sa Majesté s’est déclaré en état de guerre avec l’Allemagne. Les deux alliés, liés à la Pologne par leur parole, entrent ainsi ensemble dans le conflit, à quelques heures d’intervalle.
Du côté français, ce sont le président du Conseil, M. Édouard Daladier, et le ministre des Affaires étrangères, M. Georges Bonnet, qui ont conduit ces dernières démarches, l’acte étant accompli au nom des engagements internationaux de la France. La décision prolonge l’avertissement adressé ces jours derniers à Berlin : que l’invasion de la Pologne ne resterait pas sans réponse.
Comment cette guerre se conduira-t-elle ? Nul, ce soir, ne saurait le dire. La Pologne est attaquée à l’est ; nos armées, mobilisées, prennent leurs positions ; mais de la forme que prendront les opérations, de l’heure et du lieu où le choc se produira, on ne sait rien encore. La question est sur toutes les lèvres : la France passera-t-elle à l’offensive, ou la lutte se réglera-t-elle d’abord sur d’autres fronts ? À ces interrogations, l’heure n’apporte aucune réponse.
Ce que l’on sait, ce soir, tient en peu de mots : un délai a expiré, une note a été remise, et, à dix-sept heures, la France est entrée en guerre. Le reste appartient aux jours qui viennent.