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Trêve avec Saladin : les pèlerins pourront prier au Saint-Sépulcre

Conclue hier à Jaffa, une trêve de trois ans arrête les armes entre le roi Richard et le sultan. Le littoral de Tyr à Jaffa demeure aux mains des chrétiens ; Jérusalem reste au Sarrasin, mais nos pèlerins y pourront enfin monter prier au tombeau du Christ.

Foulque de Nesle, clerc à la suite de l'ost, devant Jaffa 3 septembre 1192 7 min de lecture
Enluminure médiévale montrant le roi Richard Cœur de Lion, couronné et portant un écu aux léopards, chevauchant en tête de ses chevaliers armés devant les remparts et la porte fortifiée d'une ville.
Maître de Fauvel et Richard de Montbaston, « Arrivée de Richard Cœur de Lion à Beît Nûbâ », miniature du Roman de Godefroy de Bouillon (1337), Bibliothèque nationale de France, Français 22495, f. 243v — domaine public (Wikimedia Commons).

Les armes se taisent. Depuis hier, deuxième jour de septembre, une trêve lie l'ost des chrétiens et l'armée du sultan Saladin. Elle courra trois années pleines. Après trois étés de sièges, de marches et de batailles, depuis la prise d'Acre jusqu'aux portes mêmes de la Ville sainte, les deux camps posent l'épée. On l'apprend d'abord avec un soulagement que nul, dans le camp, ne songe à cacher : les hommes sont épuisés, les chevaux fourbus, la maladie ronge les tentes.

Les termes en sont désormais connus. Tout le rivage, depuis Tyr au nord jusqu'à Jaffa au sud, reste à nous, avec ses ports et ses places. La forteresse d'Ascalon, que le roi Richard avait relevée de ses ruines à si grand-peine cet hiver, sera démantelée et rendue au sultan. Et Jérusalem — il faut le dire tout net — demeure aux mains des Infidèles.

Mais la trêve ne laisse pas la Ville sainte close aux fidèles du Christ. Le sultan a garanti aux pèlerins chrétiens libre accès à Jérusalem : ils y pourront monter sans être inquiétés, sans acquitter de péage, et prier au Saint-Sépulcre, au tombeau de Notre-Seigneur. Voilà ce que trois années de croix n'avaient pu obtenir par le fer, et qu'un accord obtient par la parole donnée.

Il y a là de quoi rendre grâce, et de quoi se ronger le cœur. Nous ne rentrerons pas dans la Ville en délivreurs, comme firent nos pères il y a bientôt cent ans. La Vraie Croix, elle, n'a pas été rendue. Mais la trêve n'est qu'une trêve : trois ans, et les portes de l'avenir restent ouvertes. Ce qui n'a pu être fait cette fois pourra l'être une autre.

Un accord conclu sans que les deux princes se voient

Que l'on ne s'imagine pas le roi Richard et le sultan Saladin assis face à face pour sceller cette paix. Les deux princes ne se sont jamais rencontrés, et ne se sont pas vus davantage cette fois. Tout s'est fait par messagers et par truchements, au long de semaines d'allées et venues entre les tentes.

L'homme par qui les paroles ont passé, c'est al-Adil — que les nôtres nomment Saphadin —, frère du sultan. C'est lui qui, de longue date, porte les propositions d'un camp à l'autre, tempère les colères et rapproche les exigences. On lui doit, pour une bonne part, que l'on ait fini par s'entendre plutôt que de reprendre le fer une fois de plus.

Le roi Richard, ces derniers temps, n'était guère en état de mener lui-même la chose : la fièvre l'a repris, comme elle a repris tant des nôtres sous ce ciel. On le sait d'ailleurs pressé de regagner l'Occident, où ses affaires d'Angleterre et de Normandie le rappellent. C'est aussi cela qui a hâté l'accord.

Ce que la trêve garde, ce qu'elle rend

Le partage est clair, et il est amer à qui rêvait de Jérusalem. Le royaume qui renaît n'est plus qu'une bande de côte : une ligne de ports et de villes le long de la mer, de Tyr à Jaffa, sans les hautes terres de l'intérieur. C'est peu, au regard de ce que fut le royaume avant la déroute de Hattin. C'est beaucoup, au regard de ce qui restait quand l'ost des rois débarqua.

Ascalon est le prix le plus dur. Le roi l'avait refortifiée pierre à pierre, y voyant la clef de la route d'Égypte et un verrou sur les arrières du sultan. Il la faut abattre et la remettre. Bien des barons l'ont mal pris ; mais telle était la condition sans laquelle le sultan ne signait pas.

En échange, les gens des deux lois pourront aller et venir par le pays sans crainte, marchands comme pèlerins. Les routes de Jaffa, de Ramla, de Jérusalem s'ouvrent. Déjà, dans le camp, beaucoup se préparent à monter à la Ville sainte tant qu'il fait paix, pour accomplir enfin le vœu qui les avait mis en chemin.

Trois années, et l'espérance ouverte

On répète que la trêve court trois ans. C'est dire qu'elle a un terme, et que rien n'est scellé pour toujours. Nul, ici, ne tient Jérusalem pour perdue : on la tient pour non encore reprise. Les conseillers du roi ont jugé cet été qu'une ville même conquise n'eût pu être gardée, faute d'hommes pour la tenir une fois les croisés rembarqués. C'est un délai, non un renoncement.

Le royaume, cependant, a un maître pour le mener : le comte Henri de Champagne, époux de la reine Isabelle depuis ce printemps, à qui revient de gouverner ce qui reste de terre chrétienne et de faire respecter la trêve sur le rivage.

Pour l'heure, chacun songe au tombeau du Christ, désormais accessible, et à la traversée du retour pour ceux que l'Occident réclame. On n'a pas délivré la Ville sainte. On peut de nouveau y prier. Entre les deux, trois années pour reprendre souffle — et, si Dieu le veut, pour revenir.

Le contexte

Jérusalem est aux mains de Saladin depuis sa reddition, à l'automne 1187, quelques semaines après le désastre de nos armes à Hattin.

L'ost des rois avait pris Acre en juillet 1191, remporté la bataille d'Arsouf en septembre, puis relevé Jaffa et Ascalon, sans jamais mettre le siège devant Jérusalem elle-même.

Par deux fois cette année, l'armée s'est portée jusqu'aux abords de la Ville sainte, à Beit Nuba, avant de renoncer à l'assaut et de se replier.

Le sultan al-Malik al-Adil, frère de Saladin, mène depuis des mois les pourparlers entre les deux camps ; les deux souverains, eux, ne se sont jamais rencontrés.

État des informations

Cette édition s'en tient à ce qui est connaissable au lendemain de la conclusion, le 3 septembre 1192. La trêve est présentée pour ce qu'elle est — une trêve de trois ans, l'espoir d'un retour restant ouvert —, sans préjuger de la suite.

Ce que l’on sait

  • Une trêve de trois ans a été conclue le 2 septembre 1192 entre l'armée de Richard et celle de Saladin.
  • Les chrétiens conservent le littoral de Tyr à Jaffa ; Ascalon doit être démantelée et rendue au sultan.
  • Jérusalem reste sous domination musulmane, mais l'accès libre y est garanti aux pèlerins chrétiens.
  • Les négociations ont été menées côté ayyoubide par al-Adil, frère du sultan ; les deux rois ne se sont pas rencontrés en personne.

Ce que l’on ignore

  • Ce que vaudra la trêve dans les faits, et si la paix tiendra les trois années annoncées sur toute la côte.
  • Combien de temps encore le roi Richard demeurera en Terre sainte avant de rembarquer, et par quelle route il regagnera l'Occident.
  • Si une nouvelle expédition permettra un jour de reprendre Jérusalem au terme de la trêve.

Sources historiques utilisées

secondary

Troisième croisade

Wikipédia · 2024

Vue d'ensemble de la croisade et de sa conclusion : trêve de Jaffa du 2 septembre 1192, littoral de Tyr à Jaffa, Ascalon démantelée, libre accès des pèlerins à Jérusalem, rôle d'al-Adil, départ de Richard le 9 octobre.

secondary

Treaty of Jaffa (1192)

Wikipedia · 2024

Termes de la trêve de trois ans : bande côtière de Tyr à Jaffa conservée par les chrétiens, Ascalon rasée et rendue, Jérusalem musulmane mais ouverte aux pèlerinages chrétiens.

secondary

Richard Cœur de Lion

Wikipédia · 2024

Maladie de Richard et rappel par ses affaires d'Occident, négociations conduites par al-Adil, absence de rencontre en personne entre les deux souverains.

editorial-reconstruction

Note de reconstitution éditoriale

La rédaction d'Aujourd'hier · 2024

Les formulations à chaud imitent la voix d'un chroniqueur latin de septembre 1192. Les faits sont établis par croisement des sources ; la couleur d'époque (« les Infidèles », « le Sarrasin ») est un dispositif d'immersion, non un jugement de la rédaction.

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