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Acre est tombée !

Après deux années de siège, la place d'Acre s'est rendue aux deux rois ce vendredi 12 juillet. Première grande reconquête depuis la perte de la Vraie Croix à Hattin — mais les termes du traité restent à honorer.

Garnier de Rochefort, clerc à l'ost, devant Acre 12 juillet 1191 7 min de lecture
Enluminure médiévale montrant Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion recevant les clés de la ville de Saint-Jean-d'Acre en 1191
Grandes Chroniques de France (v. 1375-1380), Bibliothèque nationale de France, ms. Français 2813, f. 238v — domaine public (Wikimedia Commons).

Les bannières de la garnison ont été abattues des murs de Saint-Jean-d'Acre. Ce vendredi, la ville que l'ost des chrétiens assiège depuis près de deux ans a demandé merci et rendu ses armes. Sur la grève encombrée de tentes et de tombes, ceux d'entre nous qui ont vu tomber tant de compagnons avant ce jour ont peine à croire à la nouvelle.

C'est la première grande place reprise à Saladin depuis le désastre où nous perdîmes la Vraie Croix et le royaume, voici quatre étés. Les rois de France et d'Angleterre, arrivés l'un après l'autre ce printemps, ont serré le port de leurs flottes et battu les murailles sans relâche. La garnison, coupée de tout secours, a préféré traiter plutôt que périr. On chante des actions de grâces dans le camp ; mais chacun sait que la ville rendue n'est encore qu'une promesse à tenir.

Car la reddition n'est pas un simple abandon de murs : c'est un marché passé sous serment, dont les clauses ne s'accompliront qu'au fil des semaines. Et de part et d'autre, on doute que l'autre camp les tienne jusqu'au bout.

Les termes de la reddition

Selon ce qui se dit dans les tentes des barons, la garnison remet la ville avec tout ce qu'elle contient — ses engins, ses vivres et les navires du port. Les défenseurs, eux, auront la vie sauve et pourront se retirer avec leurs familles et leurs biens propres. C'est la coutume quand une place ouvre ses portes de son gré.

En échange de la délivrance des hommes de la garnison, retenus en gage, Saladin doit s'acquitter d'une lourde rançon. On avance le chiffre de deux cent mille pièces d'or ; nul ici n'a pesé cette somme, et l'on répète le nombre plus qu'on ne le vérifie. Le sultan doit encore relâcher les captifs chrétiens tombés en ses mains — quinze cents environ, gens de commune condition, et cent autres que les nôtres nommeront, seigneurs et hommes de renom retenus depuis Hattin.

Sur toutes les clauses, une seule fait battre les cœurs plus que l'or : la restitution de la Vraie Croix, enlevée sur le champ de Hattin et promenée depuis comme un trophée. La rendre est inscrit dans le traité. La revoir portée dans notre camp serait, pour beaucoup, la vraie victoire de ce jour.

Ce qui reste à voir

Rien de tout cela n'est encore accompli. L'or n'est pas versé, les captifs ne sont pas rendus, la Croix n'a pas reparu. Le traité prévoit, dit-on, des paiements et des échanges par étapes, sur plusieurs semaines. Les otages de la garnison demeurent entre nos mains jusqu'à ce que le sultan ait tenu parole.

On se défie des deux côtés. Dans notre camp, on rappelle que Saladin est retors et que les délais peuvent servir à gagner du temps ; on craint qu'il ne rassemble pas si vite tant d'or ni tant de prisonniers dispersés dans ses villes. Du côté du sultan, à ce qu'en rapportent les hérauts qui vont d'un camp à l'autre, on se méfie tout autant de nous, et l'on soupçonne les Francs de vouloir garder les otages quoi qu'il advienne. Nul ne sait, aujourd'hui, si l'accord tiendra jusqu'à son terme.

Ce ne sont pas les rois eux-mêmes qui ont mené le marchandage. Le sultan ne s'y est pas montré en personne : ce sont ses gens, et son frère al-Adil, que les nôtres nomment Saphadin, qui vont et viennent depuis des semaines pour les pourparlers. Le roi Richard et le roi Philippe, de leur côté, ont laissé traiter et n'ont approché ni le sultan ni son frère. On se parle par messagers, non de vive voix.

Le prix d'un siège de deux étés

Que la joie de ce jour ne fasse pas oublier ce qu'il a coûté. Depuis que le roi Guy vint asseoir le siège devant Acre, à la fin de l'été 1189, avec une poignée d'hommes, l'ost a plus souffert de la faim et des fièvres que du fer. Assiégeant la ville, nous étions nous-mêmes cernés par l'armée de secours du sultan ; pris entre deux feux, le camp a connu des hivers de disette où l'on payait le pain à prix d'or.

La maladie a fait plus de vides que les assauts. Elle a emporté des chevaliers, des sergents, des pèlerins par centaines, et jusqu'à la reine Sibylle et ses deux filles, mortes du mal qui rôdait au camp l'automne dernier. Combien avons-nous mis en terre devant ces murs depuis deux ans ? Nul n'en tient le compte exact ; on parle de plusieurs milliers, et le chiffre fait frémir.

L'arrivée des flottes des deux rois, ce printemps — le roi de France à la fin d'avril, le roi d'Angleterre au début de juin —, a rompu l'étau et dressé les grands engins qui ont eu raison des murailles. Sans elles, Dieu sait combien de temps encore la ville aurait tenu, et combien des nôtres seraient morts sur cette grève avant de la voir se rendre.

Et maintenant ?

Acre reprise, la route de la côte s'ouvre vers le sud, et chacun tourne déjà les yeux vers la Ville sainte que nous sommes venus délivrer. Mais rien n'est décidé. Il faut d'abord que le traité s'exécute, que la Croix revienne, que les captifs sortent des geôles du sultan. Tant que l'or n'est pas pesé et les otages toujours gardés, la paix de ce jour reste suspendue à la parole des deux camps.

Pour l'heure, on relève les murs, on soigne les malades, on rend grâces. Le port d'Acre, verrou de toute la côte, est de nouveau entre nos mains. C'est beaucoup, après quatre années de deuil. C'est encore trop peu pour crier victoire.

Le contexte

Acre, grand port de la côte syrienne, était le verrou maritime du royaume latin ; sa perte après Hattin (juillet 1187) avait privé les chrétiens de leur principale base.

Le siège fut ouvert dès la fin de l'été 1189 par Guy de Lusignan, roi de Jérusalem sans royaume, avec une petite troupe ; les assiégeants furent longtemps eux-mêmes encerclés par l'armée de secours de Saladin.

Les deux souverains croisés ont débarqué ce printemps : Philippe Auguste vers la fin d'avril, Richard Cœur de Lion au début de juin, apportant flottes et machines de siège.

La Vraie Croix, relique la plus vénérée de l'Orient chrétien, fut prise par Saladin à Hattin en 1187 ; sa restitution figure au premier rang des exigences des croisés.

État des informations

L'édition s'en tient à ce qui est connaissable au 12 juillet 1191 : les termes annoncés de la reddition et l'état des lieux du camp. Elle ne préjuge en rien de l'exécution du traité ni de la suite des opérations.

Ce que l’on sait

  • La garnison d'Acre a rendu la ville le 12 juillet 1191 après près de deux ans de siège.
  • Les termes prévoient la remise de la ville et de son matériel, une rançon, la libération de captifs chrétiens, la restitution de la Vraie Croix, la garnison étant retenue en otage jusqu'à exécution du traité.
  • Les deux rois croisés (Philippe Auguste, Richard) ont débarqué au printemps 1191 et débloqué le siège ; Guy de Lusignan avait ouvert le siège en 1189.
  • Le siège a causé une lourde mortalité par faim et maladie dans les deux camps ; la reine Sibylle et ses filles sont mortes de maladie au camp à l'automne 1190.

Ce que l’on ignore

  • Le montant exact de la rançon et le nombre précis des captifs et otages : les chiffres avancés (environ 200 000 pièces d'or, ~1 500 captifs de commune condition plus 100 nommés) sont rapportés, non vérifiés.
  • Le total des morts du siège reste inconnu ; on parle de plusieurs milliers sans compte exact.
  • Le calendrier réel des paiements et des échanges, et si les deux camps l'honoreront jusqu'à son terme.

Sources historiques utilisées

secondary

Siège de Saint-Jean-d'Acre (1189-1191)

Wikipédia · 2024

Déroulé du siège, arrivée des rois (Philippe le 20 avril, Richard le 8 juin 1191), reddition du 12 juillet, mortalité par faim et maladie.

secondary

Siege of Acre (1189–1191)

Wikipedia · 2024

Termes de la reddition (rançon ~200 000 dinars, ~1 500 captifs de commune condition + 100 nommés, restitution de la Vraie Croix, garnison en otage) ; Saladin n'a pas négocié en personne.

secondary

The Siege of Acre, 1189-91 CE

World History Encyclopedia · 2019

Récit du siège, du blocus mutuel et de la mortalité du camp franc ; pourparlers de reddition.

secondary

Troisième croisade

Wikipédia · 2024

Cadre général de la croisade des trois rois et enchaînement des opérations en Terre sainte.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — « Acre est tombée ! »

La rédaction d'Aujourd'hier · 2026

Les formulations à chaud imitent une chronique latine du 12 juillet 1191 ; les faits sont établis par croisement des sources latines et arabes, la voix d'époque n'engage pas leur véracité.

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