← Retour à l’édition Guerre

Les Anglais forcent le gué de la Blanchetaque et passent la Somme

Le 24 août, à marée basse, l’ost du roi d’Angleterre a traversé la Somme de force au gué de la Blanchetaque, malgré la garde postée par Godemar du Fay. Comment le passage a-t-il pu être forcé ? Les nouvelles qui parviennent depuis Abbeville peinent à expliquer l’issue. L’armée du roi Philippe, qui talonnait l’ennemi depuis plusieurs jours, est désormais de ce côté du fleuve. Une rencontre en Ponthieu n’est plus à écarter.

La rédaction 28 août 1346, 08h00 5 min de lecture

La nouvelle est confirmée depuis ce matin : l’armée anglaise a franchi la Somme au gué de la Blanchetaque, à quelques lieues en aval d’Abbeville, dans la journée du 24 août. Le gué, peu connu des routiers mais praticable à marée basse sur une largeur d’environ deux mille pas, était tenu par des gens de guerre postés par Godemar du Fay, seigneur de confiance du roi de France. Ils ne l’ont pas tenu.

De ce côté du fleuve, les nouvelles demeurent confuses. On ignore encore à quelle heure précise la marée a découvert le gué, et si Godemar du Fay a reçu renfort à temps. Les chroniqueurs qui suivent le camp rapportent que les archers anglais ont traversé dans l’eau même, arc en main, couvrant la charge des hommes d’armes montés qui ont enfoncé le dispositif français. La résistance aurait été vive — les arbalétriers présents se sont défendus, dit-on — mais le nombre et la résolution des assaillants ont emporté l’affaire.

Depuis lors, l’ost anglais chemine vers le nord, en Ponthieu. Des villages ont été mis à sac sur sa route — Noyelles, Le Crotoy, Rue selon les rapports qui parviennent. Le roi Philippe, qui avait concentré ses forces à Abbeville après avoir manqué plusieurs fois l’ennemi sur la Seine et la Somme, est désormais en marche pour rejoindre et contraindre le roi d’Angleterre à combattre. La chose paraît inévitable. Où et quand, nul ne peut le dire.

Un gué mal tenu — les premières explications

La Blanchetaque n’est pas un secret. Les habitants du pays la connaissent ; des marchands l’empruntent quand les ponts sont encombrés. Que les Anglais aient su la localiser étonne moins qu’on ne pourrait le croire — on rapporte qu’un habitant du cru les aurait guidés, mais la chose n’est pas établie et reste du domaine de la rumeur.

Ce qui interroge davantage, c’est la force exacte mise en place pour la défense. Godemar du Fay commandait, dit-on, plusieurs centaines d’hommes d’armes à cheval et des arbalétriers, appuyés de milices d’Abbeville. Les chiffres avancés dans les récits divergent considérablement — entre quelques centaines et plusieurs milliers selon les sources — et il faudra attendre des témoignages plus précis pour y voir clair. Ce que l’on sait : la défense n’a pas résisté à la traversée anglaise, et les pertes du côté français seraient lourdes parmi les gens de pied, les hommes d’armes à cheval ayant pour la plupart pu se retirer.

Rien dans les nouvelles disponibles ne permet d’imputer clairement l’issue à une faute de commandement, à un défaut de renforts ou à la seule vigueur de l’assaut. Le roi Philippe, qui se trouvait en arrière avec l’essentiel de l’ost, n’était pas à portée d’intervenir au moment du passage. Que le gué n’ait pas été renforcé plus tôt, alors que les Anglais cherchaient depuis plusieurs jours à franchir la Somme — ayant tenté Pont-Rémy et d’autres passages — demeurera, sans doute, une question posée au lendemain des événements.

La chevauchée anglaise depuis Normandie : récapitulatif des dernières semaines

Pour comprendre la situation, il faut rappeler le fil des événements depuis le débarquement. Le roi Édouard III a touché terre en Cotentin vers la mi-juillet, avec une armée dont les effectifs restent très disputés — les estimations les plus prudentes parlent de sept à dix mille hommes, d’autres récits les font monter bien au-delà, ce qui paraît excessif à ceux qui observent la réalité des convois. Caen a été pris et saccagé fin juillet. L’ost anglais a ensuite progressé vers la Seine, cherchant à franchir le fleuve avant de piquer au nord.

Le roi Philippe avait fait rompre les ponts et posté des gardes ; les Anglais ont néanmoins trouvé un passage vers Poissy et poussé jusqu’à la Somme. Là, même manœuvre : ponts tenus ou détruits, passages gardés. Plusieurs jours d’errance en aval d’Abbeville, et c’est finalement la Blanchetaque qui a cédé. Une chevauchée de destruction — greniers brûlés, villages pillés, bétail emmené — dont les populations de Normandie et de Picardie portent aujourd’hui le poids.

L’objectif de cette chevauchée est une question que tout homme politique se pose : s’agit-il de provoquer une bataille rangée, de ruiner le prestige du roi de France aux yeux de ses sujets, ou simplement de rejoindre Calais et ses approvisionnements par mer ? Les trois hypothèses circulent dans les cours. Pour l’heure, l’armée anglaise avance en Ponthieu, et c’est là que la réponse sera peut-être donnée.

La marche sur le Ponthieu — l’affrontement se dessine

Depuis le passage de la Somme, l’ost anglais se déplace vers le nord-est, à travers le comté de Ponthieu — terre que le roi Édouard III revendique au titre de son héritage maternel et qui lui est familière. Ce n’est pas anodin : combattre sur ce terrain serait, pour lui, défendre une possession légitime autant que mener une guerre d’invasion. L’argument a sa valeur dans les cours d’Europe.

Le roi Philippe, selon les nouvelles qui arrivent ce matin, a quitté Abbeville et progresse avec ses forces. Les deux armées sont désormais de part et d’autre d’un même pays plat, sans obstacle naturel décisif pour les séparer. Les chevaucheurs anglais auraient été signalés à moins d’une journée de marche. La rencontre est possible dans les prochains jours. Mais une armée qui marche vite peut aussi éviter le combat si elle le juge prématuré — et nul ne sait encore quelle est l’intention véritable du roi d’Angleterre.

Les seigneurs du nord de la France qui rejoignent l’ost royal apportent chacun leur contingent, mais aussi leurs incertitudes. L’ennemi a jusqu’ici réussi à choisir ses terrains et ses moments. Cette fois, si l’on en croit les nouvelles, les deux armées pourraient bien se trouver face à face sans que l’une puisse esquiver l’autre. Ce qui se passera alors dépend d’un terrain, d’une journée, de décisions que personne n’a encore prises.

Le contexte

Édouard III d’Angleterre revendique la couronne de France comme petit-fils de Philippe IV par sa mère Isabelle ; les pairs l’ont écarté en 1328 au profit de Philippe VI de Valois.

La guerre entre les deux couronnes dure depuis 1337 ; la supériorité navale anglaise a été établie à l’Écluse en 1340.

La chevauchée anglaise a débuté par un débarquement en Cotentin vers la mi-juillet 1346 ; Caen a été saccagée fin juillet.

Après avoir traversé la Seine vers Poissy, l’ost anglais a cherché plusieurs jours un passage sur la Somme avant de forcer le gué de la Blanchetaque le 24 août.

Le Ponthieu est un comté que le roi d’Angleterre revendique par héritage de sa mère Isabelle de France.

État des informations

Édition du 28 août 1346. Les nouvelles de la Blanchetaque parviennent depuis quatre jours ; leur fiabilité est inégale. Cette édition s’en tient aux faits confirmés et distingue ce qui est rapporté de ce qui est su. La suite des mouvements en Ponthieu est entièrement ouverte.

Ce que l’on sait

  • Le passage de la Blanchetaque a eu lieu le 24 août 1346, à marée basse.
  • La défense française était commandée par Godemar du Fay.
  • Les Anglais ont franchi le gué malgré la résistance, avec appui de leurs archers.
  • L’ost anglais progresse en Ponthieu depuis le 24 août ; des villages ont été pillés sur sa route.
  • Le roi Philippe VI est en marche pour rejoindre l’ennemi.

Ce que l’on ignore

  • Le nombre exact des défenseurs français à la Blanchetaque reste incertain ; les récits divergent.
  • Les pertes françaises au passage sont rapportées comme lourdes parmi les gens de pied, mais aucun chiffre fiable n’est disponible.
  • On ignore si Godemar du Fay a demandé des renforts et s’ils lui ont été accordés à temps.
  • L’intention précise du roi d’Angleterre — bataille, marche vers Calais, ou autre — n’est pas connue.
  • Le lieu et la date d’une éventuelle rencontre entre les deux armées restent totalement incertains.

Sources historiques utilisées

secondary

Battle of Blanchetaque — Wikipedia

Date (24 août 1346), lieu (gué en aval d’Abbeville), commandants (Godemar du Fay côté français), déroulement de la traversée avec archers dans l’eau, raisons de l’échec de la défense, estimation des forces et des pertes.

secondary

Chevauchée d’Édouard III (1346) — Wikipédia

Contexte général de la chevauchée depuis le débarquement en Cotentin, passage de la Seine à Poissy, errance sur la Somme, passage de la Blanchetaque et marche subséquente en Ponthieu.

secondary

Bataille de Crécy — Wikipédia

Contexte de la chevauchée et de la position des deux armées après le passage de la Blanchetaque ; utilisé uniquement pour les faits antérieurs au 26 août 1346 connaissables au 28 août.

editorial-reconstruction

Reconstitution journalistique

Cet article est rédigé comme si la rédaction des « Échos du Passé » couvrait les événements au 28 août 1346, quatre jours après le passage de la Blanchetaque. Aucune information postérieure à cette date — notamment ce qui se produira en Ponthieu dans les jours suivants — n’y est utilisée ni anticipée.

Articles liés

À la une

Désastre en Ponthieu : la fleur de la chevalerie taillée en pièces devant Crécy

Les nouvelles nous parviennent de cinq jours, confuses et grossies de bouche en bouche, mais elles concordent sur l’essentiel : le samedi 26 août, près de Crécy-en-Ponthieu, l’ost du roi de France s’est brisé contre les Anglais retranchés sur une crête. On dit la perte affreuse, et l’on pleure déjà de très grands noms. Nous rapportons ici ce qui remonte jusqu’à nous, sans pouvoir encore en mesurer toute l’étendue.

31 août 1346, 08h009 min