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Alexis IV ne peut payer : il fond jusqu’aux icônes

Depuis l’automne, le camp attend son dû. L’empereur qu’il a remis sur le trône avait juré des sommes énormes ; il n’en réunit qu’une part, et pour y parvenir fait fondre le métal des saintes images. Nous exposons ce que l’on sait de ce manquement, et ce qu’il fait lever de colère des deux côtés de la Corne d’Or.

Aymar de Cîteaux, clerc 20 janvier 1204 4 min de lecture

On comptait, à Zara, sur des monts d’or. Six mois après que le jeune Alexis eut recouvré le trône de son père, il faut se rendre à l’évidence : la promesse ne se tient pas. Le camp reste à Galata, sur l’autre rive de la Corne d’Or, où il hiverne depuis l’automne dans l’attente d’un paiement qui s’égrène au compte-gouttes et ne vient plus.

Nous ne rapportons ici que ce qui se voit et se compte, sans démêler encore jusqu’où le différend nous portera. Mais le fait est là, connu de tout le camp et, dit-on, de toute la ville : l’empereur promis si riche à Zara ne trouve plus, dans ses propres coffres, de quoi honorer sa parole.

Des versements bien en deçà du serment

Rappelons le chiffre juré : deux cent mille marcs, par-dessus l’acquittement de la dette envers Venise, sans compter les hommes et les chevaliers promis pour la Terre sainte. De cette somme, l’empereur n’a pu réunir, à ce jour, qu’une fraction que l’on tient pour de l’ordre de cent mille marcs, tout compté, une bonne part étant déjà passée aux Vénitiens pour solder l’ancien marché. Le reste ne vient pas, ou vient si lentement que le camp, à chaque nouvelle échéance, se retrouve floué de moitié.

L’empereur allègue que son oncle, en fuyant Constantinople l’an dernier, a emporté le trésor du sceptre et laissé les coffres presque vides. Nous n’avons pas moyen de vérifier ce que ces coffres contenaient avant la fuite ; nous rapportons ce que l’on nous en dit, sans le donner pour preuve.

L’or des images saintes

Pour trouver malgré tout de quoi payer, l’empereur en est venu à un geste qui trouble jusqu’à ses propres sujets : il a fait dépouiller des églises leur vaisselle d’argent, et fondre jusqu’à des icônes vénérées, pour en tirer le métal. On rapporte que des images saintes, ornées d’or et d’argent depuis des générations, ont ainsi fini au creuset. Nous tenons la chose pour établie, tant elle se dit ouvertement des deux côtés de l’eau.

Chez les Grecs, ce n’est pas tenu pour un simple expédient de finances. Beaucoup y voient un sacrilège, un empereur qui dépouille ses propres saints pour payer des étrangers restés en armes devant sa capitale. La rumeur veut que des clercs grecs en tirent, pour l’empereur, un présage funeste ; nous la rapportons comme rumeur, sans la faire nôtre.

Deux colères qui montent ensemble

Dans notre camp, l’attente aigrit les esprits. Des seigneurs, à qui l’on doit encore leur part, comptent et recomptent ce qui manque, et beaucoup ne croient plus qu’Alexis tiendra jamais l’entier de sa promesse. On murmure qu’il faudra bientôt réclamer son dû autrement qu’en paroles, si le versement ne reprend pas.

Dans la ville, à l’inverse, on nous tient pour la cause de tout ce dénuement : c’est pour payer notre présence que l’on fond les images des saints. Le peuple grec, dit-on, s’échauffe autant contre son empereur, jugé faible et prodigue du sacré, que contre le camp latin qui campe encore à ses portes sans en partir. Nous ne savons pas jusqu’où portera cette double colère ; nous savons seulement qu’elle monte des deux rives à la fois.

Le contexte

À Zara, l’hiver dernier, le jeune Alexis avait promis le règlement de la dette due à Venise, deux cent mille marcs d’argent, dix mille hommes de guerre et cinq cents chevaliers pour la Terre sainte, et la soumission de l’Église grecque à Rome, en échange de son rétablissement.

Alexis et son père Isaac ont été couronnés co-empereurs à l’été, après le retour de l’ost devant Constantinople.

Le camp croisé et vénitien est établi à Galata, sur la rive nord de la Corne d’Or, en face de la cité.

Un grand incendie, à la fin de l’été, a détruit un large quartier de Constantinople et jeté des milliers de Grecs sur les routes.

État des informations

Les sommes sont données en ordre de grandeur, d’après ce qui se compte et se dit dans le camp, jamais comme un décompte arrêté. Nous ne préjugeons de rien au-delà de ce 20 janvier : ni de la suite du différend, ni du sort de l’empereur.

Ce que l’on sait

  • L’empereur Alexis IV n’a réuni, à ce jour, qu’une fraction de la somme promise à Zara, de l’ordre de cent mille marcs, très en deçà des deux cent mille jurés.
  • Pour trouver cet argent, il a fait fondre de la vaisselle d’église et des icônes saintes afin d’en extraire le métal précieux.
  • Ce geste indigne une part du peuple grec, qui y voit un sacrilège.
  • Les croisés, impayés, campent toujours à Galata et l’hostilité monte des deux côtés de la Corne d’Or.

Ce que l’on ignore

  • On ignore combien l’empereur pourra encore réunir, et s’il tiendra un jour le reste de sa promesse.
  • Jusqu’où portera la colère des Grecs contre leur empereur, et celle du camp latin devant les versements manquants, nul ne peut le dire à cette date.

Sources historiques utilisées

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Alexis IV Ange

Article de Wikipédia en français : Alexis IV ne réunit qu’une moitié environ de la somme promise, dont une grande part est allée aux Vénitiens ; montée des tensions avec la population grecque et réfugiés latins dans les campements croisés.

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Alexios IV Angelos

Article de Wikipédia en anglais : fonte des trésors d’église et d’icônes pour réunir environ 100 000 marcs, jugement de Nicétas Choniatès sur ce geste comme signe du déclin, montée des tensions avant la déposition.

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Quatrième croisade

Article de Wikipédia en français consulté pour situer les versements d’Alexis IV dans la chronologie de l’hiver 1203-1204 et le montant initial promis à Zara (200 000 marcs).

editorial-reconstruction

Note de reconstitution éditoriale — l’or des icônes

Aujourd’hier imagine une gazette embarquée avec le camp de Galata, qui expose au 20 janvier 1204 le manquement d’Alexis IV et la fonte des objets sacrés, sans préjuger du sort de l’empereur ni de l’issue du différend, encore inconnaissable à cette date.

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