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Baudouin de Flandre élu empereur

Réunis en conclave depuis plusieurs jours, les douze électeurs désignés par l’ost et par Venise ont arrêté leur choix : le comte Baudouin de Flandre et de Hainaut ceindra la couronne des Grecs. Le marquis Boniface de Montferrat, que beaucoup donnaient favori, en repart le visage sombre, et le camp bruit déjà de ce qu’on lui doit en retour.

Aymar de Cîteaux, clerc 9 mai 1204 5 min de lecture

Aujourd’hui, en la chapelle du palais des Blachernes, les douze hommes chargés de choisir qui régnerait sur l’empire des Grecs ont rendu leur sentence : le comte Baudouin, sire de Flandre et de Hainaut, est élu empereur. Nulle voix ne s’est élevée contre l’issue une fois le nom prononcé, mais ce fut, dit-on, chose disputée jusqu’au bout, tant le marquis Boniface de Montferrat avait de partisans dans l’ost.

Le comte Baudouin est tenu par tous pour un sire loyal, pieux et de grande vaillance ; il avait pris la croix des premiers et n’a failli à nul assaut. C’est, disent les barons, un choix qui honore l’ost autant que Venise, et qui doit, par sa jeunesse même, rassurer ceux qui craignaient de voir l’empire retomber aux seules mains d’un homme déjà trop lié aux Grecs.

Douze voix pour trancher

Le mode choisi pour élire un maître à cet empire fut arrêté par les barons et le doge de Venise avant même que la ville ne fût livrée au sac : six hommes de l’ost, six hommes de Venise, jurant sur les saintes reliques de porter leur voix à qui, selon leur conscience, servirait le mieux les besoins de l’armée et gouvernerait le plus dignement la terre conquise. La majorité devait suffire à faire loi.

On dit que les six Vénitiens, unis et constants, ont pesé lourd dans la balance, et que c’est leur poids joint à celui d’une partie des barons qui a fait pencher le choix vers le comte de Flandre plutôt que vers le marquis de Montferrat. D’aucuns y voient la marque d’une entente ancienne entre le doge et les seigneurs du nord ; d’autres n’y trouvent que le jugement loyal de douze hommes liés par serment.

Le marquis déçu

Le marquis Boniface, lui, comptait beaucoup d’amis dans l’armée, et sa parenté avec la maison de Constantinople — son frère avait jadis tenu terre en cet empire, et il a lui-même épousé une dame de sang impérial — faisait dire à plusieurs qu’il serait le mieux venu sur ce trône. Aussi son dépit, ce jour, ne se cache guère : ses gens en parlent haut dans les quartiers qu’ils occupent, et l’on chuchote qu’il tiendrait la chose pour injure.

Le bruit court dans le camp que le marquis réclamerait, en juste retour, la ville et la terre de Thessalonique, où sa maison a jadis eu des droits. Rien n’en est arrêté à cette heure, et nous ne le donnons que pour ce qu’il vaut : une rumeur, non un accord. Le sire Baudouin n’a rien scellé, et le doge Enrico Dandolo, avec le maréchal Geoffroi de Villehardouin, s’emploient, dit-on, à apaiser le marquis avant que le différend ne tourne à la brouille ouverte entre gens qui portent tous la croix.

Chacun sait ici combien cet accord entre Venise et les barons est chose neuve et fragile, tenue par des serments plus que par l’usage. Le sacre du comte Baudouin, annoncé pour la semaine prochaine, dira si cette élection referme la querelle ou si elle ne fait que la déplacer.

Le contexte

Constantinople a été prise et livrée au sac les 12 et 13 avril derniers.

Avant même l’assaut, un traité de partage avait fixé qu’un quart de la ville et de l’empire reviendrait à l’élu, le reste se partageant par moitié entre Venise et les barons.

Le marquis Boniface de Montferrat a épousé une dame de la maison impériale grecque et sa famille a par le passé tenu terre à Thessalonique.

État des informations

Nous rapportons l’élection du jour et les bruits qui courent le camp à son sujet, sans préjuger de ce qui sera arrêté entre le nouvel empereur et le marquis dans les jours qui viennent.

Ce que l’on sait

  • Le 9 mai 1204, une commission de douze électeurs — six Vénitiens, six croisés — a élu Baudouin, comte de Flandre et de Hainaut, empereur.
  • Le marquis Boniface de Montferrat, donné favori par beaucoup, n’a pas été choisi.
  • Le couronnement du comte Baudouin est annoncé pour la semaine suivante.

Ce que l’on ignore

  • Ce qui sera donné au marquis Boniface en compensation n’est, à cette date, ni arrêté ni public : la ville de Thessalonique n’est encore qu’un bruit de camp, non un accord conclu.
  • La solidité de cet équilibre entre Venise et les barons, et la manière dont le marquis acceptera l’issue, restent à voir.

Sources historiques utilisées

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Baudouin Ier de Constantinople

Article de Wikipédia en français : circonstances de l’élection du 9 mai 1204 par les douze électeurs, opposition à Boniface de Montferrat, couronnement du 16 mai.

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Baldwin I, Latin Emperor

Article de Wikipédia en anglais : composition de la commission électorale (six Vénitiens, six croisés), rôle de l’appui vénitien dans le choix de Baudouin contre Boniface de Montferrat.

secondary

Boniface I, Marquis of Montferrat

Article de Wikipédia en anglais : dépit de Boniface après l’élection, différend au sujet de Thessalonique et médiation d’Enrico Dandolo et de Geoffroi de Villehardouin ; le règlement définitif (royaume de Thessalonique) n’intervient qu’en août 1204, postérieurement à cet article.

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Empire latin de Constantinople

Article de Wikipédia en français consulté pour le traité de partage (partitio Romaniae) conclu avant le sac et le principe du quart impérial attribué à l’élu.

editorial-reconstruction

Note de reconstitution éditoriale — l’élection du 9 mai

Aujourd’hier imagine une gazette de camp tenue par un clerc proche des barons, rapportant l’élection le jour même. La rumeur touchant Thessalonique, réglée seulement en août 1204 dans les faits, est ici traitée comme un bruit non confirmé, fidèle à ce qu’on pouvait en savoir le 9 mai.

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