← Retour à l’édition À la une

Le comte de Toulouse prend la croix

Trois jours après le grand appel du pape aux champs de Clermont, la nouvelle court de tente en tente : le comte de Toulouse, le plus riche des seigneurs du Midi, a fait porter au pape son adhésion par ses envoyés. Il n’était pas là pour l’entendre de ses oreilles ; il a répondu le premier.

Foucher d’Auvergne, aux abords de Clermont 30 novembre 1095 4 min de lecture
Sceau équestre de Raymond IV de Saint-Gilles, comte de Toulouse et marquis de Provence, armé et casqué sur son cheval, bouclier à la croix, glaive levé.
Sceau de Raymond IV de Saint-Gilles, comte de Toulouse, gravure d'après l'Histoire générale du Languedoc (dessin Privat), reproduction Cartes Postales Labouche, XIXᵉ siècle — domaine public, via Wikimedia Commons.

On ne parle que de cela aux abords de Clermont. Deux jours à peine après que le seigneur pape eut, aux champs hors la ville, appelé la chevalerie d’Occident à porter secours aux chrétiens d’Orient et à marcher vers le Sépulcre, ses envoyés sont venus lui annoncer que le comte Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse et marquis de Provence, prenait la croix. Le comte lui-même n’a point paru au concile ; ce sont ses hommes qui, au nom de leur seigneur, en ont fait porter la nouvelle au pape.

Nul, ici, ne s’étonne du poids de ce nom. Raymond de Saint-Gilles compte parmi les plus grands et les plus riches barons du Midi, tenant Toulouse, le Rouergue et la marche de Provence ; on le dit aussi l’un des plus âgés d’entre les seigneurs que l’appel du pape pourrait toucher. Qu’un tel homme se fasse le premier des grands seigneurs laïcs à répondre, avant même que la nouvelle du concile n’ait couru tout l’Occident, tient du chapitre pour ceux qui commentent l’affaire au camp.

On rapporte que le seigneur pape, ayant reçu ce message, en a témoigné grande joie devant les clercs qui l’entouraient, et que plusieurs y voient un signe pour les autres grands du royaume, encore hésitants ou non informés. L’évêque du Puy, Adhémar, qui a lui-même pris la croix dès le concile, s’entretient, dit-on, avec les gens qui portent la parole du comte.

De la bouche même de Raymond, on ne sait ici rien de plus que ce que ses envoyés ont porté : son adhésion à l’appel du pape, rien de plus. Pourquoi n’a-t-il pas fait le voyage lui-même jusqu’à Clermont, nul ne le dit avec certitude ; les uns avancent les affaires de son comté, d’autres son âge et la saison déjà rude pour les chemins d’Auvergne. Ce ne sont là que des on-dit.

Reste à savoir si le comte prendra en personne la route d’Orient, avec quels compagnons et quelles forces, et quels autres grands seigneurs suivront son exemple. Sur tout cela, on n’a pour l’heure que des bruits de camp, non des certitudes.

Le contexte

Le pape Urbain II a prêché, aux champs hors de Clermont, le 27 novembre 1095, dernier jour du concile qu’il y tenait depuis le 17, un appel à la chevalerie d’Occident pour porter secours aux chrétiens d’Orient menacés par les Turcs et rouvrir la route de Jérusalem.

Adhémar de Monteil, évêque du Puy, a pris la croix dès la séance du concile.

État des informations

Ce récit s’en tient à ce qui est connaissable aux abords de Clermont le 30 novembre 1095 : l’appel du pape et l’adhésion annoncée par les envoyés du comte de Toulouse. Il ne préjuge en rien de la suite du voyage ni du rôle que tiendra le comte.

Ce que l’on sait

  • Le pape Urbain II a prêché l’appel à la croisade le 27 novembre 1095, au dernier jour du concile de Clermont.
  • Le 28 novembre 1095, des envoyés du comte Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse et marquis de Provence, sont venus annoncer au pape son adhésion à l’appel.
  • Raymond de Saint-Gilles n’a pas paru en personne au concile ; ce sont ses représentants qui ont porté la nouvelle.
  • Il compte parmi les seigneurs les plus riches et les plus puissants du Midi, tenant Toulouse, le Rouergue et la marche de Provence, et parmi les plus âgés des grands qui pourraient répondre à l’appel.

Ce que l’on ignore

  • Les raisons exactes de son absence au concile.
  • S’il prendra lui-même la route d’Orient, en quelle saison, avec quelles forces et sous quel commandement.
  • Si d’autres grands seigneurs laïcs suivront son exemple, et sous quel délai.
  • Le rang exact que le comte tiendra parmi les chefs de cette entreprise.

Sources historiques utilisées

secondary

Raymond de Saint-Gilles

Wikipédia (contributeurs) · 2024

Raymond de Saint-Gilles, l’un des premiers princes à répondre à l’appel d’Urbain II ; adhésion reçue par le pape le 28 novembre 1095, au lendemain du concile de Clermont.

secondary

Raymond IV of Toulouse

Wikipedia (contributors) · 2024

Raymond, comte de Toulouse, décrit comme le plus âgé et le plus riche des croisés, l’un des premiers à prendre la croix.

secondary

Council of Clermont

Wikipedia (contributors) · 2024

Concile tenu à Clermont du 17 au 27 novembre 1095 ; l’appel à la croisade prêché par Urbain II le dernier jour, le 27 novembre.

editorial-reconstruction

Note de reconstitution éditoriale

La rédaction d’Aujourd’hier · 2024

Les formulations « à chaud » et la voix du correspondant imitent un média du moment (fin novembre 1095). Les faits sont établis d’après les sources ci-dessus ; la couleur de voix latine ne modifie aucun fait.

Articles liés