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Urbain II, le pape venu de Cluny

Celui qui vient de haranguer la foule de Clermont n'est pas un inconnu pour l'Église de France. Moine de Cluny, cardinal de Rome, pape depuis sept ans face à un antipape installé dans la Ville : qui est Urbain II ?

Gausbert de Chalucet, clerc au concile, Clermont 28 novembre 1095 5 min de lecture

On le nomme partout ici « le seigneur pape Urbain », mais peu de laïcs savent d'où vient cet homme qui, la veille encore, tenait la foule des champs de Clermont sous sa voix. Il naquit en Champagne, non loin de Châtillon-sur-Marne, dans une famille de la petite noblesse ; on le dit né Eudes, que d'aucuns appellent aussi Eudes de Lagery, du nom du lieu de sa naissance. C'est sous ce nom d'Eudes qu'il fit ses premières études, à l'école cathédrale de Reims, où il eut pour maître le chanoine Bruno, celui-là même qui devait plus tard se retirer dans le désert de Chartreuse.

De Reims, où il fut lui-même chanoine puis, dit-on, archidiacre, Eudes prit l'habit à Cluny, la grande abbaye de Bourgogne dont la règle et le chant font l'admiration de toute la chrétienté latine. Il y servit sous l'abbé Hugues, et s'y fit assez remarquer pour être élevé au rang de grand prieur, second de la maison après l'abbé lui-même. C'est de Cluny que le pape Grégoire VII, voulant s'entourer d'hommes sûrs pour porter la réforme de l'Église, le fit venir à Rome et l'éleva cardinal-évêque d'Ostie, l'un des sept sièges qui entourent le successeur de saint Pierre.

En cette qualité, Eudes de Châtillon fut plus d'une fois envoyé au-delà des monts, en Germanie et en France, pour porter la cause de la réforme grégorienne : la lutte contre la simonie, ce trafic des charges d'Église que l'on achète et que l'on vend ; contre le nicolaïsme, le mariage ou le concubinage des clercs ; contre l'investiture des évêques par la main des princes laïcs, qui tiennent la crosse et l'anneau comme s'ils tenaient un fief. C'est sur ce dernier point que le pape Grégoire, prédécesseur d'Urbain, entra en lutte ouverte avec l'empereur Henri IV, lequel fit dresser contre Rome un pape de son choix, Guibert de Ravenne, que l'on nomme ici Clément III et que le concile de Clermont vient à nouveau de dénoncer comme intrus.

D'Ostie à la chaire de Pierre

Grégoire VII mourut en exil à Salerne voici près de dix ans, sans avoir pu rentrer dans Rome tenue par l'empereur et son antipape. Après un bref pontificat de son successeur, les cardinaux fidèles à la cause grégorienne, ne pouvant s'assembler dans une Rome hostile, élurent Eudes de Châtillon à Terracine, au printemps de l'an 1088. Il prit le nom d'Urbain, second du nom. Depuis lors, le seigneur pape n'a tenu Rome même que par intermittence, la meilleure part de la Ville demeurant aux mains des partisans de l'empereur et de Clément III, l'antipape installé au Latran.

Malgré cette contestation qui dure encore, Urbain a poursuivi l'œuvre de son maître Grégoire, mais avec, dit-on parmi les clercs qui l'approchent, plus de mesure et de patience dans les moyens : il tient des conciles, use de la persuasion et de l'appui des grands autant que de la sentence, pour faire reculer la simonie et l'investiture laïque et imposer partout la discipline des clercs.

Plaisance, puis la France

Au mois de mars de cette année, le pape tint un grand concile à Plaisance, en Lombardie, où se pressaient, dit-on, plusieurs milliers d'assistants, clercs et laïcs. C'est là que des envoyés de l'empereur des Grecs, Alexis, vinrent exposer devant l'assemblée la détresse des chrétiens d'Orient et le péril que les Turcs font peser sur Constantinople, demandant le secours des chevaliers d'Occident.

De Plaisance, le seigneur pape a pris la route de la France, son pays d'origine, qu'il traverse depuis l'été, tenant conciles et dédicaces, rencontrant les grands du royaume, avant de venir présider ici même, à Clermont, en Auvergne, l'assemblée qui vient de s'achever et d'où il a lancé, hier, son appel aux barons et au peuple.

Un pape sans le roi de France à ses côtés

On ne s'étonnera pas que le roi Philippe, notre sire, n'ait point paru à ce concile : le seigneur pape le tient sous le coup de sentences pour son remariage avec dame Bertrade, tenu pour irrégulier tant que vit son épouse légitime. Cette affaire, elle aussi, occupe les pères du concile, à côté de la grande cause de l'Orient.

Le contexte

Le pape Grégoire VII, dont Urbain II fut le proche conseiller, avait engagé l'Église dans une réforme profonde des mœurs cléricales et dans une lutte ouverte contre l'empereur Henri IV sur la question des investitures.

Depuis la mort de Grégoire VII en 1085, l'Église latine reste divisée entre les tenants d'Urbain II et ceux de l'antipape Clément III (Guibert de Ravenne), soutenu par l'empereur et maître d'une bonne part de Rome.

Le concile de Plaisance, en mars 1095, a reçu la demande d'aide de l'empereur byzantin Alexis Comnène contre les Turcs, quelques mois avant l'appel lancé à Clermont.

État des informations

Ce portrait s'en tient à ce qui est connu du parcours d'Urbain II à la date du 28 novembre 1095, à l'issue du concile de Clermont. Il ne préjuge en rien du sort de l'appel lancé la veille ni de la suite du pontificat.

Ce que l’on sait

  • Urbain II, né Eudes (ou Odo) de Châtillon, est originaire de Champagne, région de Lagery ; il fut chanoine de Reims, moine puis grand prieur de Cluny, avant d'être fait cardinal-évêque d'Ostie par Grégoire VII.
  • Il a été élu pape à Terracine en mars 1088, dans un contexte où Rome demeurait tenue par les partisans de l'antipape Clément III (Guibert de Ravenne), soutenu par l'empereur Henri IV.
  • Il poursuit le programme de réforme grégorienne : lutte contre la simonie, contre le mariage des clercs, contre l'investiture des évêques par les laïcs.
  • Il a présidé le concile de Plaisance en mars 1095, où une ambassade byzantine a demandé secours contre les Turcs, puis a traversé la France durant l'été et l'automne avant de présider le concile de Clermont, achevé hier par un appel aux barons et au peuple.
  • Le roi Philippe Ier est tenu à l'écart des affaires du concile pour son remariage contesté avec Bertrade de Montfort.

Ce que l’on ignore

  • L'étendue exacte de son autorité réelle sur Rome et sur les diocèses encore acquis à Clément III.
  • La suite que prendra, au-delà de Clermont, l'appel lancé hier par le seigneur pape.

Sources historiques utilisées

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Urbain II

Wikipédia (contributeurs) · 2024

Naissance sous le nom d'Eudes (Odo) de Châtillon ou de Lagery en Champagne, études à Reims sous Bruno, entrée à Cluny, priorat, cardinalat à Ostie sous Grégoire VII, élection à Terracine en mars 1088, concile de Plaisance en mars 1095 et concile de Clermont en novembre 1095.

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Pope Urban II

Wikipedia (contributors) · 2024

Éducation à l'école cathédrale de Reims, cardinalat en 1073, évêché d'Ostie vers 1080, légation en Germanie 1084-1085, élection le 12 mars 1088, conflit avec Henri IV et Clément III, concile de Plaisance mars 1095, appel de Clermont le 27 novembre 1095.

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Querelle des investitures

Wikipédia (contributeurs) · 2024

Contexte du conflit entre la papauté réformatrice et l'empereur Henri IV sur l'investiture laïque des évêques, toile de fond du schisme entre Urbain II et l'antipape Clément III.

editorial-reconstruction

Note de reconstitution éditoriale

La rédaction d'Aujourd'hier · 2024

Les formulations « à chaud » et la voix du clerc-correspondant imitent un média du moment (novembre 1095). Les faits sont établis d'après les sources ci-dessus ; la couleur de voix latine ne modifie aucun fait.

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