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Raymond de Saint-Gilles, le grand baron du Midi

Ses envoyés l’ont annoncé au concile dès le lendemain du sermon : le comte de Toulouse prend la croix. Portrait du plus considérable des seigneurs laïcs à avoir répondu à l’appel du pape.

Pons d’Aiguilhe, correspondant pour le Midi, à Toulouse 30 novembre 1095 4 min de lecture

On le disait au concile, quoique absent : le lendemain même du grand sermon d’Urbain II, des envoyés de Raymond, comte de Toulouse et marquis de Provence, sont venus faire savoir devant l’assemblée que leur seigneur prenait la croix. Nul grand baron laïc de ce rang n’avait encore fait pareille déclaration ; nombre de clercs présents à Clermont y voient un signe de poids pour l’entreprise que le pape appelle de ses vœux.

Le comte de Toulouse n’est pas un cadet en quête de fortune. À la mort de son frère aîné Guillaume IV, voici deux ans, il a pris la suite à la tête du comté ; il tient depuis Toulouse, l’Albigeois, l’Agenais, le Quercy et le duché de Narbonne, et porte aussi, depuis l’an dernier, le titre de marquis de Provence. On le compte, sans conteste, parmi les seigneurs les plus riches et les mieux pourvus en terres de tout le royaume, et l’un des plus âgés à se lever pour cette cause : il a, dit-on, dépassé la cinquantaine, quand la plupart des princes qui se pressent autour du pape sont d’âge à peine mûr.

Sa réputation d’homme d’armes n’est pas neuve. Voici près de dix ans, il a porté ses gens au-delà des Pyrénées pour prêter main-forte aux rois chrétiens d’Espagne dans leurs guerres contre les Sarrasins de ce pays. C’est là, dit-on à sa cour, qu’il a pris la mesure de ce que peut coûter une guerre menée pour la foi, loin de ses terres. Il a d’ailleurs resserré ses liens avec l’Espagne chrétienne en prenant pour épouse, l’an passé, une fille du roi de Castille, Elvire, dont on loue la dot autant que la piété.

On le tient pour un homme de dévotion sincère, attaché aux réformes que le concile vient de rappeler, et désireux, dit-on autour de lui, de visiter de son vivant les lieux où le Seigneur a marché. Ce zèle n’a pas toujours été sans embarras pour son âme : un mariage jugé trop proche par l’Église lui avait valu, voici bien des années, d’être frappé de l’anathème ; le pape d’alors avait depuis levé cette peine, et rien aujourd’hui ne pèse plus sur sa réputation de bon chrétien.

Ce que sera sa part exacte dans l’entreprise annoncée à Clermont, nul ne saurait le dire à cette heure : le comte lui-même n’a pas quitté ses terres, et l’on ignore encore quand il prendra la route, avec quelles forces, ni aux côtés de quels autres seigneurs. Mais dans tout le Midi, on tient déjà pour assuré que si l’expédition se fait, le comte de Toulouse y comptera parmi les premiers.

Le contexte

Le concile de Clermont s’est ouvert à la mi-novembre pour les affaires ordinaires de l’Église ; le pape Urbain II l’a clos le 27 novembre par un appel à porter secours aux chrétiens d’Orient.

Raymond de Saint-Gilles a réuni Toulouse, le Rouergue, le duché de Narbonne et, depuis 1094, la marche de Provence.

Il a combattu en Espagne, aux côtés des rois chrétiens, contre les Sarrasins de ce pays, avant d’épouser en 1094 Elvire, fille du roi Alphonse de Castille.

État des informations

Ce portrait s’en tient à ce que l’on sait du comte de Toulouse le 30 novembre 1095, à l’annonce de son adhésion. Il ne préjuge en rien du rôle qu’il tiendra dans l’expédition à venir, ni de son issue.

Ce que l’on sait

  • Le 28 novembre, au lendemain du sermon, des envoyés du comte de Toulouse ont annoncé au concile qu’il prenait la croix.
  • Raymond de Saint-Gilles tient Toulouse, le Rouergue, le duché de Narbonne et le marquisat de Provence ; il est tenu pour l’un des seigneurs laïcs les plus riches et les plus âgés à avoir répondu à l’appel.
  • Il a combattu en Espagne contre les Sarrasins de ce pays voici une dizaine d’années et a épousé en 1094 Elvire de Castille.
  • Il avait, dans sa jeunesse, été frappé d’excommunication pour un mariage jugé trop proche par l’Église ; la peine a depuis été levée.

Ce que l’on ignore

  • La part et le rang exacts que tiendra le comte dans l’expédition annoncée, la date de son départ et les forces qu’il rassemblera.
  • Ce qui a le plus pesé dans sa décision — dévotion, ambition, ou les deux à la fois.

Sources historiques utilisées

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Raymond IV de Toulouse

Wikipédia (contributeurs) · 2024

Titres (comte de Toulouse, duc de Narbonne, marquis de Provence depuis 1094), richesse, mariage avec Elvire de Castille en 1094, excommunications de jeunesse levées, campagne en Espagne en 1087, adhésion précoce à l’appel de Clermont.

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Raymond IV of Toulouse

Wikipedia (contributors) · 2024

« The oldest and the richest of the crusaders » ; marquisat de Provence acquis en 1094 ; mariage avec Elvire de Castille.

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Appel de Clermont

Wikipédia (contributeurs) · 2024

Ralliement de Raymond de Saint-Gilles annoncé par ses envoyés le 28 novembre 1095, au lendemain du sermon d’Urbain II.

editorial-reconstruction

Note de reconstitution éditoriale

La rédaction d’Aujourd’hier · 2024

Les formulations « à chaud » et la voix du correspondant imitent un média du moment (novembre 1095). Les faits sont établis d’après les sources ci-dessus ; la couleur de voix latine ne modifie aucun fait.

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