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Adhémar du Puy, l’évêque qui prit la croix le premier

Prélat du Velay, ancien pèlerin de Terre sainte, l’évêque Adhémar de Monteil s’est avancé, dit-on, le premier au pied de l’estrade quand le pape appela hier à marcher vers l’Orient. Le Saint-Père en a fait le conducteur de l’entreprise.

Bertrand de Chantelle, clerc, à Clermont en Auvergne 28 novembre 1095 5 min de lecture

De tous les noms qui courent ce matin dans les rues encombrées de Clermont, il en est un que chacun répète : celui d’Adhémar, évêque du Puy-en-Velay. Non qu’il soit le plus puissant des seigneurs assemblés ni le plus haut des prélats du concile ; mais parce qu’on rapporte que ce fut lui, hier, au terme du sermon du pape Urbain, qui vint le premier se jeter aux genoux du Saint-Père pour demander la croix.

Pour beaucoup de pèlerins venus du Nord, le nom sonnait inconnu. Ceux du Midi, eux, le connaissent bien : depuis une vingtaine d’années il tient le siège épiscopal du Puy, l’un des grands sanctuaires de la Vierge où affluent les gens de tout le pays. C’est un homme de l’Église, mais aussi un homme du siècle, issu, dit-on, de la noblesse des bords du Rhône, et rompu aux usages de la guerre autant qu’à ceux de l’autel.

Un évêque du Velay, homme d’Église et de cheval

Adhémar est né, assure-t-on, d’une famille seigneuriale du pays de Valence, de ces lignages du Sud qui donnent aussi bien des chevaliers que des clercs. On le fit évêque du Puy voici près de vingt ans, du temps où le pape Grégoire réformait l’Église et déposait les prélats qu’il jugeait indignes de leur charge.

Depuis, il gouverne un diocèse où l’on prie beaucoup et où l’on se bat souvent, entre seigneurs querelleurs des montagnes du Velay. On dit de lui qu’il sait tenir les rênes et porter le fer, ce qui, chez un évêque appelé à conduire des hommes d’armes vers un pays lointain, n’est pas la moindre des qualités que le pape aura pesées.

Le pèlerin de Jérusalem

Une chose, surtout, met Adhémar à part parmi les prélats du concile : il a déjà vu la Terre sainte. On rapporte qu’il y a quelques années, l’évêque prit le bourdon et l’escarcelle du pèlerin et s’en fut, par de longues routes, vénérer les lieux où souffrit le Seigneur. Les récits divergent sur le terme exact de son voyage, mais beaucoup, ici, tiennent pour assuré qu’il gagna Jérusalem même.

À une assemblée qui vient d’entendre le pape peindre les malheurs des chrétiens d’Orient et les périls des routes du pèlerinage, un homme qui connaît déjà ce chemin vaut mieux que dix seigneurs qui l’ignorent. Voilà, murmure-t-on au camp des barons, pourquoi le Saint-Père a jeté les yeux sur lui.

Le premier au pied de l’estrade

Ce qu’on raconte du moment où le pape acheva son sermon tient déjà de la chose célèbre. À peine la foule eut-elle poussé son cri — Dieu le veut ! — que l’évêque du Puy, dit-on, fendit la presse et vint s’agenouiller devant Urbain pour recevoir la croix d’étoffe cousue sur l’épaule, avant tout autre. Peu après, on assure que Raymond de Saint-Gilles, le puissant comte de Toulouse, fit dire par ses envoyés qu’il prenait le même engagement.

Nous rapportons ce récit avec la prudence qu’il mérite : nous le tenons de témoins encore émus, et les mémoires, en pareille heure, s’accordent rarement au détail près. Que l’évêque ait pris la croix, nul n’en doute ; qu’il l’ait fait le tout premier, c’est ce que redisent ceux qui étaient au plus près de l’estrade.

Désigné pour conduire l’entreprise

Le geste d’Adhémar n’est pas resté celui d’un pèlerin de plus. Au concile, on donne pour certain que le pape l’a désigné pour porter son autorité au sein de l’expédition et la conduire en son nom, à la façon d’un légat placé à la tête des croisés. Ce n’est pas un chef de guerre que Rome nomme là, mais le représentant du Saint-Siège, dont les seigneurs armés devront prendre l’avis.

Ce que recouvrira au juste cette charge, par-delà les mots prononcés à Clermont, nul ne le sait encore : l’entreprise n’en est qu’à ses premiers serments, et les grands barons du royaume n’ont pas tous répondu. Mais qu’un évêque, et celui-ci plutôt qu’un autre, ait été mis à la tête d’une armée de pèlerins en marche vers l’Orient, voilà qui dit assez le caractère de cette expédition : elle se veut œuvre d’Église avant d’être fait d’armes.

Le contexte

Le pape Urbain II tient depuis le 18 novembre 1095 un concile à Clermont, en Auvergne ; il y a prononcé le 27 novembre, en plein air, un sermon appelant les chrétiens d’Occident à secourir l’Orient et à délivrer les routes du pèlerinage.

Adhémar de Monteil est évêque du Puy-en-Velay, l’un des grands sanctuaires mariaux du royaume, depuis les années 1070, au temps de la réforme conduite par le pape Grégoire VII.

Le Puy est un point de départ et de rassemblement de pèlerins ; son évêque est un prélat connu du Midi, familier des routes et des usages de la guerre entre seigneurs.

État des informations

Ce portrait s’en tient à ce que l’on peut savoir de l’évêque du Puy au lendemain du sermon, le 28 novembre 1095. Il ne préjuge en rien de ce que sera l’expédition ni du rôle qu’y tiendra Adhémar.

Ce que l’on sait

  • Adhémar de Monteil est évêque du Puy-en-Velay depuis les années 1070 ; il est réputé issu d’une famille seigneuriale du pays de Valence, dans le Sud.
  • Il a pris la croix au concile de Clermont à l’appel d’Urbain II.
  • Le pape l’a désigné pour conduire l’expédition en son nom, comme représentant du Saint-Siège auprès des croisés.

Ce que l’on ignore

  • L’origine familiale exacte et la date de naissance d’Adhémar, que les récits ne fixent pas avec certitude.
  • La destination précise de son pèlerinage d’Orient : plusieurs témoignages parlent de Jérusalem, sans que tous s’accordent.
  • La portée réelle de sa charge de légat une fois l’armée en marche, et l’attitude qu’auront à son endroit les grands barons.

Sources historiques utilisées

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Adhémar de Monteil

Wikipédia (contributeurs) · 2024

Évêque du Puy nommé dans les années 1070 sous Grégoire VII, origine seigneuriale probable du Valentinois donnée pour incertaine, pèlerinage d’Orient vers le milieu des années 1080 (destination Jérusalem attestée par une partie des manuscrits), prise de croix à Clermont et désignation comme légat.

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Adhemar of Le Puy

Wikipedia (contributors) · 2024

Premier à s’engager dans la croisade au concile de Clermont, suivi de près par Raymond de Saint-Gilles ; désignation comme légat pontifical datée du 27 novembre 1095, confirmée par une lettre d’instruction d’Urbain II de décembre 1095 faisant de lui le conducteur de l’expédition.

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Concile de Clermont

Wikipédia (contributeurs) · 2024

Tenue du concile en novembre 1095, sermon d’Urbain II du 27 novembre appelant à l’expédition d’Orient, prise de croix des premiers seigneurs et clercs.

editorial-reconstruction

Note de reconstitution éditoriale

La rédaction d’Aujourd’hier · 2024

Les formulations « à chaud » et la voix du clerc chroniqueur imitent un média du moment (fin novembre 1095). Les faits sont établis d’après les sources ci-dessus ; le récit de la prise de croix « la première » est donné pour tradition rapportée par les témoins, non pour fait écrit, conformément à ce qu’on pouvait en savoir à la date.

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