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À Clermont, le pape remet l’Église en ordre

Depuis dix jours, prélats et abbés venus de tout le royaume siègent sous la présidence du pape Urbain II. Simonie, mariage des clercs, paix des faibles : le concile d’Auvergne referme les plaies de l’Église et confirme que le roi Philippe demeure hors de sa communion.

Foucher de Riom, à la suite du concile, Clermont 26 novembre 1095 5 min de lecture
Enluminure médiévale en deux scènes : à gauche, le pape Urbain II et des évêques à cheval se rendant en France ; à droite, Urbain II sur un siège présidant une session du concile face à des évêques mitrés assis.
Miniature anonyme, Roman de Godefroi de Bouillon (XIVe siècle), Bibliothèque nationale de France, ms. Français 22495 (base Mandragore) — domaine public, via Wikimedia Commons.

Depuis près de dix jours, la petite cité de Clermont, en Auvergne, ne désemplit pas. Le seigneur pape Urbain, second de ce nom, y a convoqué un concile comme on n’en avait plus vu depuis longtemps en ce royaume, et les tentes des prélats et de leurs suites couvrent les pentes autour de la ville, faute de logis en nombre suffisant pour tant de monde.

On compte à la session, selon ce qu’en rapportent les clercs de la curie, treize ou quatorze archevêques et plus de deux cents évêques, sans parler des abbés venus des grandes maisons de Cluny, de Marmoutier et d’ailleurs, accourus en si grand nombre que nul ne s’accorde à les dénombrer. Beaucoup ont dû tenir leurs assemblées en plein air, faute d’église assez vaste pour les contenir tous.

Jour après jour, le pape et les pères conciliaires ont repris l’œuvre entamée à Plaisance au printemps : arracher l’Église aux mains des puissants du siècle. Il a été rappelé et confirmé, par une trentaine de statuts, que nul clerc ne doit tenir évêché ni abbaye des mains d’un roi ou d’un seigneur laïque, ni acheter charge d’Église à prix d’argent — ce que les clercs nomment simonie —, sous peine de déposition.

Le concile a de même renouvelé la défense faite aux prêtres, diacres et chanoines de vivre en compagnie de femme, sous peine d’être privés de leur office, poursuivant l’œuvre de réforme des mœurs du clergé déjà voulue par le pape Grégoire, son prédécesseur.

Il a été proclamé encore, pour le repos du pauvre peuple, une paix et trêve de Dieu élargies : nul ne devra plus porter les armes contre marchands, paysans, clercs, moines ni femmes, ni molester quiconque se rend en pèlerinage ou tient marché, sous peine des foudres de l’Église.

Enfin, et ce n’est pas la moindre affaire traitée ici, le pape a confirmé que le roi Philippe demeure retranché de la communion des fidèles pour avoir pris à femme dame Bertrade, tenue pour épouse du comte d’Anjou, sans avoir voulu s’en séparer ni faire pénitence malgré les sommations de l’Église. Le roi ne s’est pas présenté au concile, et son excommunication, déjà prononcée par d’autres conciles de ce royaume, demeure donc entière.

Les pères conciliaires doivent clore leurs assises demain, et l’on annonce que le pape lui-même s’adressera alors, hors des murs, à tout le peuple assemblé, clercs et laïcs, sur un sujet que la curie ne dévoile point encore.

Le contexte

Le pape Urbain II, moine clunisien élu en 1088, poursuit depuis Plaisance, au printemps de cette année, l’œuvre de réforme de l’Église engagée par son prédécesseur Grégoire VII contre la simonie et la mainmise des laïcs sur les charges ecclésiastiques.

Le roi Philippe Ier a répudié son épouse Berthe de Hollande pour prendre Bertrade de Montfort, femme du comte Foulque d’Anjou ; cette union lui a déjà valu l’excommunication par plusieurs conciles du royaume, que l’archevêque Hugues de Die et l’évêque Yves de Chartres ont porté le plus rigoureusement.

Clermont, ville d’Auvergne, a déjà accueilli des conciles par le passé ; celui-ci rassemble un concours de prélats sans précédent connu de mémoire d’homme.

État des informations

Ce récit s’en tient à ce qui est connaissable à Clermont le 26 novembre 1095 : les travaux disciplinaires du concile et la confirmation de l’excommunication royale. Il ne préjuge en rien du contenu de l’assemblée annoncée pour le lendemain.

Ce que l’on sait

  • Un grand concile se tient à Clermont, en Auvergne, sous la présidence du pape Urbain II, réunissant un nombre considérable d’archevêques, d’évêques et d’abbés venus surtout du royaume de France.
  • Le concile a promulgué une trentaine de statuts contre la simonie et l’investiture des charges d’Église par les laïcs, contre le mariage et le concubinage des clercs, et a renouvelé la paix et la trêve de Dieu.
  • Le pape a confirmé l’excommunication du roi Philippe Ier, qui refuse de se séparer de dame Bertrade de Montfort et ne s’est pas présenté devant le concile.
  • Le concile doit se clore le lendemain par une assemblée publique où le pape doit s’adresser à tous, clercs et laïcs.

Ce que l’on ignore

  • Le jour exact de l’ouverture du concile est incertain : les uns disent le dix-septième jour de novembre, d’autres le dix-huitième.
  • Le nombre précis des prélats et abbés présents n’est connu d’aucun greffe : « treize ou quatorze archevêques, plus de deux cents évêques » ne sont que des ordres de grandeur rapportés au camp, et aucune liste officielle des présents n’a été dressée à ce jour.
  • Le contenu de l’adresse publique que le pape doit tenir demain hors des murs de Clermont n’est connu de personne à cette heure.

Sources historiques utilisées

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Concile de Clermont (1095)

Wikipédia (contributeurs) · 2024

Dates du concile (17/18 au 27/28 novembre 1095), effectifs approximatifs (une quatorzaine d’archevêques, environ deux cents évêques, nombreux abbés), teneur des canons (simonie, investiture laïque, célibat des clercs, trêve de Dieu), confirmation de l’excommunication de Philippe Ier faute de comparution.

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Council of Clermont

Wikipedia (contributors) · 2024

Confirme la tenue du concile du 17 au 27 novembre 1095, l’absence de liste officielle des participants et des signataires des décrets, l’ordre du jour centré sur la réforme clunisienne, la trêve de Dieu et l’excommunication de Philippe Ier, l’appel à la croisade réservé au dernier jour.

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Bertrade de Montfort

Wikipédia (contributeurs) · 2024

Répudiation de Berthe de Hollande par Philippe Ier, union avec Bertrade alors épouse du comte Foulque IV d’Anjou, excommunications antérieures portées par Hugues de Die et Yves de Chartres, confirmation de l’excommunication à Clermont faute de comparution du roi.

editorial-reconstruction

Note de reconstitution éditoriale

La rédaction d’Aujourd’hier · 2024

Les formulations « à chaud » et la voix du correspondant imitent un média du moment (novembre 1095). Les faits sont établis d’après les sources ci-dessus ; la couleur de voix latine ne modifie aucun fait, et aucune mention de la croisade ou de son appel n’a été introduite, celui-ci n’ayant pas encore eu lieu à la date de l’article.

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