À Clermont, le pape remet l’Église en ordre
Depuis dix jours, prélats et abbés venus de tout le royaume siègent sous la présidence du pape Urbain II. Simonie, mariage des clercs, paix des faibles : le concile d’Auvergne referme les plaies de l’Église et confirme que le roi Philippe demeure hors de sa communion.
Depuis près de dix jours, la petite cité de Clermont, en Auvergne, ne désemplit pas. Le seigneur pape Urbain, second de ce nom, y a convoqué un concile comme on n’en avait plus vu depuis longtemps en ce royaume, et les tentes des prélats et de leurs suites couvrent les pentes autour de la ville, faute de logis en nombre suffisant pour tant de monde.
On compte à la session, selon ce qu’en rapportent les clercs de la curie, treize ou quatorze archevêques et plus de deux cents évêques, sans parler des abbés venus des grandes maisons de Cluny, de Marmoutier et d’ailleurs, accourus en si grand nombre que nul ne s’accorde à les dénombrer. Beaucoup ont dû tenir leurs assemblées en plein air, faute d’église assez vaste pour les contenir tous.
Jour après jour, le pape et les pères conciliaires ont repris l’œuvre entamée à Plaisance au printemps : arracher l’Église aux mains des puissants du siècle. Il a été rappelé et confirmé, par une trentaine de statuts, que nul clerc ne doit tenir évêché ni abbaye des mains d’un roi ou d’un seigneur laïque, ni acheter charge d’Église à prix d’argent — ce que les clercs nomment simonie —, sous peine de déposition.
Le concile a de même renouvelé la défense faite aux prêtres, diacres et chanoines de vivre en compagnie de femme, sous peine d’être privés de leur office, poursuivant l’œuvre de réforme des mœurs du clergé déjà voulue par le pape Grégoire, son prédécesseur.
Il a été proclamé encore, pour le repos du pauvre peuple, une paix et trêve de Dieu élargies : nul ne devra plus porter les armes contre marchands, paysans, clercs, moines ni femmes, ni molester quiconque se rend en pèlerinage ou tient marché, sous peine des foudres de l’Église.
Enfin, et ce n’est pas la moindre affaire traitée ici, le pape a confirmé que le roi Philippe demeure retranché de la communion des fidèles pour avoir pris à femme dame Bertrade, tenue pour épouse du comte d’Anjou, sans avoir voulu s’en séparer ni faire pénitence malgré les sommations de l’Église. Le roi ne s’est pas présenté au concile, et son excommunication, déjà prononcée par d’autres conciles de ce royaume, demeure donc entière.
Les pères conciliaires doivent clore leurs assises demain, et l’on annonce que le pape lui-même s’adressera alors, hors des murs, à tout le peuple assemblé, clercs et laïcs, sur un sujet que la curie ne dévoile point encore.