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Urbain II appelle les chevaliers à secourir les chrétiens d’Orient

Hier, au terme du concile, le pape a parlé en plein champ à une foule que nulle église n’aurait contenue. Il a pressé la chevalerie de cesser ses querelles et de prendre la route de l’Orient, au secours des frères chrétiens pressés par les Turcs. À qui partira, il promet la rémission de ses péchés.

Gautier de Nevers, clerc, à Clermont 28 novembre 1095 6 min de lecture
Le pape Urbain II prêchant devant une assemblée de clercs et de chevaliers, enluminure médiévale du concile de Clermont
Jean Colombe, « Urbain II prêchant au concile de Clermont », enluminure des Passages d'outremer de Sébastien Mamerot (v. 1474), BnF, ms. Français 5594, fol. 19r — domaine public (via Wikimedia Commons).

Clermont n’avait jamais vu pareille presse. Depuis dix jours, prélats et abbés venus de tout le royaume et d’ailleurs siégeaient en concile sous la conduite de notre saint-père le pape Urbain, second du nom. On y avait traité, comme il est d’usage, de la paix de Dieu, des mœurs des clercs et des maux de l’Église. Mais chacun sentait qu’un autre dessein montait, dont on ne savait encore le fond.

Il s’est découvert hier. La foule était si nombreuse qu’aucune nef ne l’eût tenue : on a dressé le siège du pape hors les murs, en plein champ, et c’est de là, en plein air, qu’Urbain a parlé aux clercs et aux laïcs assemblés. Nul ici ne rapporte ses paroles de la même façon, et je me garderai d’en donner le texte comme si je l’avais sous les yeux. Mais le sens, lui, a couru de bouche en bouche et ne fait pas de doute.

Le pape a peint la détresse des chrétiens d’Orient. Les Turcs, dit-il, ont poussé leurs conquêtes au cœur des terres de l’empire des Grecs, pressent nos frères de la foi et souillent les lieux saints. Il a appelé les hommes d’armes à cesser les guerres qu’ils se font entre eux — ces querelles privées où la chevalerie use ses forces contre des frères — et à tourner leurs armes contre les Infidèles, pour porter secours à ceux d’Orient.

Une expédition sous le signe du pèlerinage

Ce que le pape propose n’est pas une guerre comme les autres. Il l’a placée sous le signe du pèlerinage, ce chemin de pénitence que tant des nôtres ont déjà pris vers les lieux saints, le bourdon à la main. Partir en armes pour secourir les chrétiens d’Orient serait donc, tout ensemble, œuvre de guerre et voie de salut.

À qui prendrait cette route par piété, et non par orgueil ni par convoitise, Urbain a promis la rémission de ses péchés — cette grâce que l’Église accorde au pénitent. Le mot a fait grand bruit sous les tentes : beaucoup y entendent que la peine due pour leurs fautes leur serait remise, eux qui craignent l’au-delà et n’ont jusqu’ici racheté leurs violences que par de longues pénitences.

Le nom de Jérusalem est revenu dans les bouches, comme le terme de ce chemin. Ce qu’il faut au juste entendre par là — délivrer la cité du Sépulcre, y aller prier, ou secourir d’abord les Grecs sur la route — chacun l’emplit de sa propre ferveur, et les témoins d’hier ne s’accordent déjà pas. Les uns ont surtout retenu Jérusalem et le Sépulcre du Seigneur ; d’autres, le secours à porter aux chrétiens d’Orient et à l’empire des Grecs.

Une date fixée, l’Assomption prochaine

Le pape n’a pas laissé la chose au hasard des enthousiasmes. Il a fixé le départ : non pas sur l’heure, ni au cœur de l’hiver qui vient, mais l’an prochain, à la fête de l’Assomption de Notre-Dame, le quinzième jour d’août. D’ici là, dit-on, chacun aura le loisir de régler ses affaires, d’acquitter ses dettes et de se munir pour un si long voyage.

On rapporte que l’évêque du Puy, Adhémar, se serait avancé le premier pour recevoir la croix des mains du pape et se vouer à l’entreprise. Qu’un tel prélat donne l’exemple avant les barons a frappé les esprits : le voyage aurait ainsi son guide spirituel avant même d’avoir ses chefs de guerre.

Ce qu’il adviendra maintenant, nul ne le sait. Combien de chevaliers prendront la croix, quels grands seigneurs se lèveront, par quelles routes on gagnera l’Orient et ce qu’on y trouvera : autant de questions que l’assemblée d’hier laisse ouvertes. Pour l’heure, il n’y a qu’une parole du pape, une date, et une foule remuée jusqu’au fond.

Ce que Byzance avait demandé

Il faut se souvenir que le printemps dernier, au concile de Plaisance, des envoyés de l’empereur des Grecs, Alexis, étaient venus devant le pape peindre la poussée des Turcs en Asie et réclamer du secours. On dit qu’Urbain avait dès lors engagé des fidèles à prêter serment de porter aide à l’empire.

Mais ce que l’on a entendu hier à Clermont paraît d’une autre ampleur que l’envoi de quelques renforts à un prince : c’est un appel général, adressé à toute la chevalerie, sous le signe du pèlerinage et de la rémission des péchés. Comment l’empereur de Constantinople recevra une telle levée d’hommes marchant vers ses terres, et si c’est bien là ce qu’il demandait, nul ne le sait encore.

Le contexte

Urbain II, né Eudes de Châtillon en Champagne, est pape depuis 1088 ; il tient réforme de l’Église dans l’esprit de son prédécesseur Grégoire VII.

Depuis une vingtaine d’années, les Turcs seldjoukides ont porté leurs conquêtes en Asie mineure aux dépens de l’empire des Grecs et tiennent Jérusalem et la Terre sainte.

Au concile de Plaisance, au printemps 1095, des ambassadeurs de l’empereur Alexis étaient venus demander au pape une aide militaire contre les Turcs.

Le concile de Clermont, ouvert vers le milieu du mois, a d’abord traité de la paix de Dieu, de la discipline des clercs et des affaires de l’Église avant le sermon d’hier.

État des informations

Ce récit s’en tient à ce qui est connaissable à Clermont le 28 novembre 1095, au lendemain du sermon : une parole du pape, une date de départ, une foule remuée. Le texte du discours étant perdu et les témoignages divergents, nous rapportons le sens de l’appel sans en donner de verbatim, et ne préjugeons en rien de ce qui suivra.

Ce que l’on sait

  • Au dernier jour du concile de Clermont, le 27 novembre 1095, le pape Urbain II a prononcé un sermon en plein air, hors des murs, devant une foule trop nombreuse pour tenir dans une église.
  • Le pape a appelé les hommes d’armes à cesser leurs guerres privées et à porter secours aux chrétiens d’Orient contre les Turcs.
  • Il a promis la rémission des péchés à ceux qui prendraient cette route par piété, sous le signe du pèlerinage, et le nom de Jérusalem a été prononcé comme terme du voyage.
  • Le départ a été fixé à la fête de l’Assomption, le 15 août 1096.
  • On rapporte qu’Adhémar, évêque du Puy, s’est avancé le premier pour recevoir la croix.

Ce que l’on ignore

  • Le texte exact du sermon : il n’a pas été fixé par écrit et les témoins présents en rapportent déjà des versions différentes.
  • Ce que recouvre au juste le mot de Jérusalem — délivrance de la cité, pèlerinage au Sépulcre, ou secours d’abord porté aux Grecs.
  • Combien de chevaliers et quels grands seigneurs répondront à l’appel, par quelles routes et vers quelle issue.
  • Si l’appel lancé à Clermont correspond à ce que l’empereur Alexis avait demandé à Plaisance — le secours ponctuel réclamé et la levée générale annoncée hier ne se recouvrent pas visiblement.

Sources historiques utilisées

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Concile de Clermont (1095)

Wikipédia (contributeurs) · 2024

Sermon d’Urbain II au dernier jour du concile, prononcé en plein air hors les murs devant une foule trop nombreuse ; appel à cesser les guerres privées et à secourir les chrétiens d’Orient ; rémission des péchés sous le signe du pèlerinage ; départ fixé au 15 août 1096 ; Adhémar du Puy premier à prendre la croix ; texte du sermon perdu et récits divergents.

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Council of Clermont

Wikipedia (contributors) · 2024

Sermon du 27 novembre 1095, dernier jour du concile ; appel à porter secours aux chrétiens d’Orient contre les Turcs seldjoukides ; « unjustly to wage private warfare… now go against the infidels » ; départ à l’Assomption 1096 ; Adhémar de Monteil désigné pour conduire l’entreprise ; texte perdu, chroniqueurs divergents, insistance variable sur Jérusalem selon les récits.

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Concile de Plaisance

Wikipédia (contributeurs) · 2024

Ambassade d’Alexis Comnène (mars 1095) réclamant une aide militaire contre les Turcs ; le pape engage dès Plaisance des fidèles à jurer de secourir l’empire des Grecs.

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Urbain II

Wikipédia (contributeurs) · 2024

Eudes de Châtillon, né en Champagne, pape depuis 1088 ; appel à la croisade lancé le 27 novembre 1095 au concile de Clermont ; Adhémar du Puy désigné guide spirituel.

editorial-reconstruction

Note de reconstitution éditoriale

La rédaction d’Aujourd’hier · 2024

Les formulations « à chaud » et la voix latine du correspondant imitent un média du moment (fin novembre 1095). Le texte du sermon étant perdu, nous n’en donnons aucun verbatim : seul le sens rapporté par les témoins est restitué, sans que la couleur de voix d’époque modifie aucun fait établi.

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