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De Clermont aux Flandres, l’appel gagne du pays

Trois semaines après le concile où le pape Urbain a prêché le secours des chrétiens d’Orient, la nouvelle chemine de bouche en bouche vers le nord du royaume. Une lettre du souverain pontife, adressée aux fidèles de Flandre, en confirme le sens et rappelle le jour du départ : la mi-août prochaine.

Gautier de Saint-Omer, clerc, sur les routes de Flandre 15 décembre 1095 5 min de lecture
Enluminure médiévale montrant Pierre l'Ermite, en robe rouge, menant une colonne de pèlerins et de croisés en armure marchant vers l'est, sur fond d'or, dans un manuscrit du XIVe siècle.
Pierre l'Ermite menant la Croisade populaire (1096), enluminure, Egerton MS 1500, f. 45v, British Library (c. 1325-1350) — domaine public, via Wikimedia Commons.

La chose s’est dite à Clermont, en Auvergne, à la fin du mois passé, et voici qu’elle nous parvient jusqu’ici, portée par des clercs de retour et des marchands qui l’ont recueillie en chemin. Au terme du concile qu’il tenait dans cette ville, le pape Urbain, deuxième du nom, a tenu devant une grande assemblée un sermon dont on ne parle plus d’autre chose sur les chemins : il a exhorté les chrétiens d’Occident à porter secours à leurs frères d’Orient et à prendre la route de la Terre où le Christ a vécu.

Ce que rapportent les uns et les autres ne s’accorde pas toujours dans le détail, car nul de ceux que j’ai entendus n’était présent sous la tribune ce jour-là. Mais un point revient dans toutes les bouches : celui qui partira pour cette œuvre, non par cupidité ni pour l’honneur du monde mais par dévotion, se verra tenir le voyage pour pénitence, et le pape lui promet la rémission de ses péchés. C’est là, disent les clercs, une chose qui n’avait pas été offerte de la sorte.

Le doute qu’on pouvait avoir sur le sens de ces paroles, une lettre du pape lui-même est venue le lever ces jours derniers. Urbain a fait écrire aux fidèles de Flandre, à tous, princes et gens du commun, pour leur mander de vive voix ce qu’il a résolu au concile. Ceux qui en ont eu lecture m’ont assuré de sa teneur : le pape y déplore que les Églises d’Orient soient éprouvées et que la cité sainte de Jérusalem soit tombée en une servitude qu’il ne peut souffrir ; il tient l’expédition qu’il ordonne pour une voie de rémission des péchés ; et il fait savoir qu’il a établi à la tête de l’entreprise Adhémar, l’évêque du Puy, comme celui qui la conduira en son nom.

La même lettre fixe le jour du départ. Ce ne sera pas avant les moissons : le pape a désigné la fête de l’Assomption de la bienheureuse Marie, à la mi-août prochaine, comme le terme où ceux qui veulent partir devront s’être mis en chemin. D’ici là, tout reste à faire, et chacun a le temps de mettre ordre à ses affaires, de vendre ou d’engager ce qu’il faut, de régler ses dettes et ses querelles.

Ce que je puis dire, c’est que la parole ne reste pas lettre morte. Dans les bourgs que j’ai traversés, on en dispute à la sortie de la messe ; des hommes d’Église la répètent et l’expliquent aux gens qui ne savent lire ; on cite déjà, ici et là, tel prêcheur qui va par les chemins et qui remue les foules à ce propos. Combien, au bout du compte, prendront la croix, et de quelles conditions — chevaliers, gens de labeur, riches ou pauvres —, il serait bien téméraire de le dire aujourd’hui. La nouvelle est jeune ; elle court plus vite qu’on ne se décide.

On entend aussi, sur les routes, de plus sombres récits touchant le sort des pèlerins qui gagnent l’Orient et les périls qu’ils y courent. Ce que ces dires ont de vrai, je ne saurais en répondre : le chemin de Jérusalem se fait encore, et des nôtres en reviennent. Je les rapporte pour ce qu’ils valent, c’est-à-dire pour des propos de gens émus, non pour une chose établie.

Le contexte

Le pape Urbain II a tenu un concile à Clermont, en Auvergne, et y a prêché à la fin de novembre le secours des chrétiens d’Orient et la route de Jérusalem.

Jérusalem et les lieux saints sont depuis longtemps sous la domination des maîtres musulmans de l’Orient ; le pèlerinage y demeure pratiqué par les chrétiens d’Occident.

L’empereur de Constantinople avait, ces dernières années, sollicité l’aide des chrétiens latins face aux Turcs qui pressent ses frontières.

État des informations

Ce récit s’en tient à ce qui est connaissable dans le nord du royaume à la mi-décembre 1095 : la diffusion de l’appel de Clermont et la lettre du pape aux Flamands. Le départ n’est fixé qu’au 15 août prochain ; nous ne préjugeons ni de l’ampleur du mouvement ni de sa suite.

Ce que l’on sait

  • Au concile de Clermont, à la fin de novembre 1095, le pape Urbain II a prêché une expédition au secours des chrétiens d’Orient et vers Jérusalem, promettant la rémission des péchés à ceux qui partiraient par dévotion.
  • En décembre 1095, Urbain II a adressé une lettre aux fidèles de Flandre confirmant le sens de son appel : secours aux Églises d’Orient éprouvées, délivrance de Jérusalem, et l’expédition tenue pour une voie de pénitence et de rémission.
  • La lettre désigne Adhémar, évêque du Puy, pour conduire l’entreprise, et fixe le départ au jour de l’Assomption, le 15 août 1096.
  • La nouvelle de l’appel se diffuse vers le nord du royaume, relayée par des gens d’Église et des prêcheurs itinérants.

Ce que l’on ignore

  • Combien de personnes répondront à l’appel, de quelles conditions, et quelle ampleur prendra le mouvement.
  • Quels seigneurs et quels contingents se mettront en route, et par quels chemins.
  • Comment l’expédition s’organisera et se déroulera une fois le départ venu.

Sources historiques utilisées

secondary

Appel de Clermont

Wikipédia (contributeurs) · 2024

Concile de Clermont, sermon d’Urbain II à la fin de novembre 1095, appel au secours des chrétiens d’Orient et rémission des péchés ; retranscriptions postérieures par plusieurs témoins.

secondary

First Crusade

Wikipedia (contributors) · 2024

Diffusion de l’appel dans les mois suivant Clermont, prédication itinérante, rôle du légat Adhémar du Puy, fixation du départ à l’été 1096.

editorial-reconstruction

Note de reconstitution éditoriale

La rédaction d’Aujourd’hier · 2024

Les formulations « à chaud » et la voix du correspondant imitent un média du moment (mi-décembre 1095). Les faits sont établis d’après les sources ci-dessus ; la couleur de voix latine ne modifie aucun fait.

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