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John Talbot, le vieux lion d'Angleterre

Il fut, des années durant, la terreur de nos provinces et le plus redouté des capitaines anglais. Pris jadis à Patay aux côtés de la geste de la Pucelle, rappelé l'an passé pour défendre la Guyenne, John Talbot est tombé devant Castillon. Portrait d'un homme de guerre dont le nom seul, longtemps, fit trembler.

Notre correspondant en Guyenne 28 juillet 1453 7 min de lecture

Il y a des noms qui, à eux seuls, semblaient faire reculer les armées. Celui de Talbot fut de ceux-là. Pendant un quart de siècle, l'Anglais John Talbot, comte de Shrewsbury, a couru nos provinces l'épée à la main, surgissant où on ne l'attendait pas, emportant les places par surprise, et laissant derrière lui une réputation qui, chez bien des gens d'armes français, valait toute une armée. On l'a tant redouté qu'on en avait fait, de ce côté-ci de la Manche, une manière d'ogre des camps. Le voici tombé devant Castillon, et c'est l'heure de dire qui fut cet homme.

De sa naissance, on ne sait au juste l'année, et l'on en dispute. La voix commune le tenait pour fort vieux — « le vieux Talbot », disait-on dans les rangs, et d'aucuns lui prêtaient bien soixante-quinze ou quatre-vingts ans. D'autres le font moins chargé d'années. La vérité se tient sans doute entre les deux, et nous nous garderons d'en trancher : ce qui est sûr, c'est qu'il était d'un âge où la plupart des hommes ont depuis longtemps quitté la selle, et que cela ajoutait à l'étonnement qu'inspirait son ardeur.

Une longue guerre dans nos provinces

On l'a vu à l'œuvre partout où l'Anglais a porté ses armes en France. Du temps même du siège d'Orléans, il était l'un des chefs devant la ville, aux côtés de Suffolk et de Scales. Capitaine dur, prompt à frapper, il s'est fait une renommée par ces coups de main soudains dont il avait le secret : on cite la prise de Pontoise un matin d'hiver, celle de Harfleur, et bien d'autres places enlevées avant qu'on eût le temps de s'armer. C'est cette manière, autant que sa valeur, qui a fait sa terreur.

En Guyenne, où les Anglais commandent depuis des âges, on l'a tant honoré qu'on l'y nommait, dit-on, « roi Talbot », comme s'il y eût régné. Ailleurs, ceux qui aimaient à le grandir l'appelaient « l'Achille anglais », du nom de ce héros des anciens dont les poètes disent qu'il était le premier des combattants. Tels sont les surnoms que sa réputation lui a value : nous les rapportons pour ce qu'ils sont, le signe de la crainte et de l'admiration qu'il inspirait, non un jugement que nous prononcerions.

Pris jadis à Patay

Ce capitaine que l'on disait invincible, les nôtres l'avaient pourtant tenu une fois. C'était en l'an 1429, au temps où la Pucelle et les gens du roi rouvraient la Loire à coups d'épée. Après la chute des places de la rivière, l'armée anglaise de campagne fut rencontrée et rompue en rase plaine de Beauce, près de Patay, avant même de s'être pu retrancher ; et Talbot, dans la déroute, demeura aux mains des Français. Il fut prisonnier plusieurs années avant d'être échangé. Voilà donc un homme qui avait déjà connu, de notre fait, le revers et la captivité, et qui n'en avait pas pour autant renoncé à la guerre.

Rappelé pour la Guyenne

L'an passé, quand la Guyenne, à peine rentrée sous la main du roi de France, s'émut et appela les Anglais à son secours, c'est lui que l'on tira d'Angleterre pour la reprendre. Vieux comme il était, il passa la mer, descendit sur Bordeaux à l'automne, et la ville lui rouvrit ses portes. Tout l'hiver et le printemps, il s'employa à relever les défenses du pays et à raffermir ce qui chancelait, en lieutenant du roi d'Angleterre pour le duché. Son fils, le baron de Lisle, l'y vint joindre avec des renforts.

C'est dans cette dernière entreprise qu'il a trouvé la mort, devant Castillon, où il était accouru pour secourir la place que les Français assiégeaient. Du détail de sa fin, on parle diversement dans les camps, et nous le dirons ailleurs ; qu'il suffise ici de constater que le vieux capitaine est tombé sur le champ, et son fils auprès de lui. Ainsi s'est éteint celui que, des deux côtés, on tenait pour le plus redoutable des chefs de l'Anglais.

Le contexte

Depuis Azincourt (1415) et le traité de Troyes (1420), l'Anglais a longtemps tenu de larges pans du royaume ; mais le vent a tourné, et la Guyenne, anglaise depuis près de trois siècles, est rentrée sous la main du roi de France l'an 1451 avant de se soulever de nouveau.

Talbot fut l'un des chefs du siège d'Orléans en 1429, puis fut pris à Patay la même année, lors de la campagne de la Loire menée au temps de la Pucelle.

Rappelé d'Angleterre en 1452, il rentra dans Bordeaux à l'automne et fut fait lieutenant du roi d'Angleterre pour la Guyenne.

État des informations

Ce portrait, écrit après la journée de Castillon, s'en tient à ce qui était connu de la vie et de la renommée de Talbot. Il donne son âge en fourchette, attribue ses surnoms à la mémoire qui les a forgés, et ne préjuge en rien de ce qui suivra sa mort.

Ce que l’on sait

  • John Talbot, comte de Shrewsbury, fut l'un des plus fameux et des plus redoutés capitaines anglais de la guerre en France, l'un des chefs du siège d'Orléans en 1429.
  • Il fut fait prisonnier des Français à Patay, en juin 1429, puis échangé après plusieurs années de captivité.
  • Rappelé d'Angleterre en 1452 pour défendre la Guyenne, il rentra dans Bordeaux à l'automne et en fut le lieutenant pour le roi d'Angleterre.
  • Il est mort devant Castillon, et son fils, le baron de Lisle, a péri avec lui.

Ce que l’on ignore

  • L'année de sa naissance, et donc son âge exact, ne sont pas connus avec certitude : on le donne tantôt fort vieux, tantôt moins, et nous ne le tenons qu'en fourchette.
  • Le détail précis des circonstances de sa mort au combat, que l'on rapporte de plusieurs manières.

Sources historiques utilisées

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John Talbot, 1st Earl of Shrewsbury — Wikipedia

Carrière militaire de Talbot en France, capture à Patay (1429), surnoms (« le roi Talbot », « l'Achille anglais »), rappel en Guyenne (1452) et mort à Castillon (17 juillet 1453) ; naissance débattue (~1384-1387).

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Bataille de Castillon — Wikipédia

Mort de Talbot devant Castillon le 17 juillet 1453, son grand âge présumé, son rappel pour reprendre la Guyenne et la présence de son fils le baron de Lisle.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Les formulations « à chaud » imitent une feuille d'information du temps ; reconstitution maison croisée sur les sources ci-dessus, sans rien avancer qui n'ait été recoupé.

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26 juillet 1453, 08h006 min