Le fils tombé près du père : John, vicomte Lisle
Auprès du vieux Talbot, à Castillon, est demeuré son fils, John, vicomte Lisle. On sait peu de chose de ce jeune seigneur, sinon qu'il était venu de mer ce printemps, à la tête de gens fraîchement levés, pour renforcer son père en Guyenne. Il n'avait, dit-on, guère plus de vingt-cinq ans.
Parmi les morts du 17 de ce mois, sous Castillon, on compte le propre fils du comte de Shrewsbury : John Talbot, que les Anglais nomment vicomte Lisle. Il est tombé, rapporte-t-on, non loin du vieux capitaine, dans la même presse et le même jour. De ce jeune seigneur, à dire vrai, nous savons peu : son nom paraît surtout attaché à celui de son père, et c'est dans son ombre qu'il avait passé la mer.
Il était le fils que le comte avait eu de sa seconde femme, dame de la maison de Beauchamp. Anobli et titré de son vivant par le roi d'Angleterre — baron, puis vicomte Lisle, à ce qu'on assure —, il n'avait pas vu, croyons-nous, plus d'une vingtaine d'années passées : un homme jeune, en somme, encore au seuil de son nom.
C'est au printemps de cette année qu'il avait abordé en Guyenne. Le comte son père tenait Bordeaux depuis l'automne dernier, l'ayant recouvrée pour les Anglais ; et le fils était venu de mer, à la tête de gens d'armes et d'archers fraîchement levés outre-Manche, pour grossir les forces de son père dans le pays. On les a vus l'un et l'autre devant les places de la Dordogne ces dernières semaines.
Sur l'homme lui-même, ce qu'il fut, ce qu'il valait aux armes, nous n'avons que peu à dire, et nous préférons l'avouer plutôt que de broder : il n'avait pas eu le loisir de se faire un nom à part de celui qu'il portait. On veut qu'aux derniers moments, quand tout fut rompu, il n'ait pas voulu quitter son père et soit demeuré près de lui : récit qui court les rangs anglais, et qu'on rapporte sans en pouvoir répondre. De deux Talbot venus ensemble, le père et le fils, aucun n'est reparti.