Bonaparte appelé à protéger les Conseils : une journée de sûreté ou de bascule ?
Le Conseil des Anciens ordonne le transfert des assemblées à Saint-Cloud et confie la force armée au général revenu d’Égypte. Paris observe une manœuvre dont la légalité affichée ne suffit pas à dissiper les soupçons.
La République a parfois le goût des mots froids. Ce matin, on parle de sûreté, de représentation nationale, de transfert, de commandement. Rien dans ce vocabulaire ne dit clairement le trouble qui traverse Paris. Pourtant, derrière la procédure, chacun comprend qu’une partie du régime se joue aujourd’hui.
Le Conseil des Anciens affirme qu’un péril menace les assemblées. En conséquence, les Conseils doivent quitter Paris pour se réunir à Saint-Cloud. Cette décision, présentée comme une mesure de protection, retire les représentants de la capitale au moment même où les rumeurs de complot se multiplient. Elle donne aussi à ceux qui organisent la journée un espace plus contrôlable que les salles parisiennes.
La seconde décision est plus visible encore : Bonaparte reçoit le commandement des troupes chargées de protéger les Conseils. Le général est revenu d’Égypte avec un prestige que ni les défaites récentes ni les disputes du Directoire n’ont entamé. Lui confier la force armée revient à transformer une crise institutionnelle en crise surveillée par les baïonnettes.
Les partisans de la manœuvre jurent qu’il ne s’agit que de sauver la République de ses ennemis intérieurs. Le mot jacobin revient souvent, comme une alarme commode et peut-être sincère chez certains. Mais les preuves publiques demeurent minces. Beaucoup se demandent si le péril invoqué justifie la mesure, ou si la mesure avait besoin d’un péril pour devenir acceptable.
Bonaparte, lui, se présente comme le soldat de la représentation nationale. Cette posture rassure ceux qui veulent croire à une opération d’ordre. Elle inquiète ceux qui savent qu’un général victorieux n’est jamais un instrument ordinaire. Dans une République fatiguée, l’homme qui promet de protéger les lois peut vite devenir celui par qui elles changent.
La journée reste ouverte. Les Cinq-Cents n’ont pas encore livré toute leur réaction. Le Directoire paraît divisé. Paris n’est pas soulevé. Rien n’autorise à conclure ce soir à une nouvelle forme de pouvoir. Mais une certitude s’impose déjà : le 18 brumaire an VIII ne ressemble pas à une journée administrative. Il ressemble à une porte que plusieurs mains poussent en même temps, sans dire encore ce qu’il y a derrière.
Les lecteurs réagissent au 18 brumaire
Commentaires reconstitués : profils, sensibilités et disputes sont imaginés à partir des clivages du moment. La modération aussi a ses petites lâchetés.
Si les Conseils doivent être déplacés pour délibérer sans pression, qu’on les déplace. La République n’est pas un club bruyant.
Quand on commence à sauver la République loin du peuple, il ne reste bientôt que les soldats pour applaudir.
Bonaparte a sauvé l’Italie pendant que certains apprenaient à écrire des motions. Laissez travailler ceux qui savent décider.
Je suis profondément attaché à la légalité républicaine, raison pour laquelle je trouve préoccupant tout cela. Très préoccupant.
Votre amour soudain pour la Constitution de l’an III est touchant.
J’attends simplement de savoir si demain les rues seront calmes et si les paiements continueront. Le reste est littérature de clubs.
Évidemment on censure dès qu’on rappelle 1793. La modération protège les directeurs et les sabres.
BONAPARTE OU LE DÉSORDRE. C’est pourtant simple.
BONAPARTE OU LE DÉSORDRE. C’est pourtant simple.
BONAPARTE OU LE DÉSORDRE. C’est pourtant simple.