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Bonaparte appelé à protéger les Conseils : une journée de sûreté ou de bascule ?

Le Conseil des Anciens ordonne le transfert des assemblées à Saint-Cloud et confie la force armée au général revenu d’Égypte. Paris observe une manœuvre dont la légalité affichée ne suffit pas à dissiper les soupçons.

La rédaction politique 18 brumaire an VIII, fin de matinée 8 min de lecture
Crise politique aux abords des Tuileries le 18 brumaire an VIII.
Paris, 18 brumaire an VIII : la force armée prend position aux abords du pouvoir.

La République a parfois le goût des mots froids. Ce matin, on parle de sûreté, de représentation nationale, de transfert, de commandement. Rien dans ce vocabulaire ne dit clairement le trouble qui traverse Paris. Pourtant, derrière la procédure, chacun comprend qu’une partie du régime se joue aujourd’hui.

Le Conseil des Anciens affirme qu’un péril menace les assemblées. En conséquence, les Conseils doivent quitter Paris pour se réunir à Saint-Cloud. Cette décision, présentée comme une mesure de protection, retire les représentants de la capitale au moment même où les rumeurs de complot se multiplient. Elle donne aussi à ceux qui organisent la journée un espace plus contrôlable que les salles parisiennes.

La seconde décision est plus visible encore : Bonaparte reçoit le commandement des troupes chargées de protéger les Conseils. Le général est revenu d’Égypte avec un prestige que ni les défaites récentes ni les disputes du Directoire n’ont entamé. Lui confier la force armée revient à transformer une crise institutionnelle en crise surveillée par les baïonnettes.

Les partisans de la manœuvre jurent qu’il ne s’agit que de sauver la République de ses ennemis intérieurs. Le mot jacobin revient souvent, comme une alarme commode et peut-être sincère chez certains. Mais les preuves publiques demeurent minces. Beaucoup se demandent si le péril invoqué justifie la mesure, ou si la mesure avait besoin d’un péril pour devenir acceptable.

Bonaparte, lui, se présente comme le soldat de la représentation nationale. Cette posture rassure ceux qui veulent croire à une opération d’ordre. Elle inquiète ceux qui savent qu’un général victorieux n’est jamais un instrument ordinaire. Dans une République fatiguée, l’homme qui promet de protéger les lois peut vite devenir celui par qui elles changent.

La journée reste ouverte. Les Cinq-Cents n’ont pas encore livré toute leur réaction. Le Directoire paraît divisé. Paris n’est pas soulevé. Rien n’autorise à conclure ce soir à une nouvelle forme de pouvoir. Mais une certitude s’impose déjà : le 18 brumaire an VIII ne ressemble pas à une journée administrative. Il ressemble à une porte que plusieurs mains poussent en même temps, sans dire encore ce qu’il y a derrière.

Le contexte

Le calendrier républicain place cette édition au 18 brumaire an VIII, soit le 9 novembre 1799.

Le texte s’interdit de raconter le 19 brumaire comme déjà connu.

Les acteurs invoquent une légalité institutionnelle, mais l’armée occupe une place centrale dans la journée.

État des informations

Cette édition est datée du 18 brumaire an VIII et ne révèle pas ce qui se jouera le 19 brumaire à Saint-Cloud.

Ce que l’on sait

  • Le Conseil des Anciens invoque un péril contre la représentation nationale.
  • Les Conseils doivent être transférés à Saint-Cloud.
  • Bonaparte reçoit un commandement militaire autour de Paris.
  • Plusieurs directeurs sont fragilisés ou isolés dans la journée.

Ce que l’on ignore

  • La réalité précise du complot dénoncé reste impossible à vérifier à cette heure.
  • On ignore si les Cinq-Cents accepteront sans résistance la manœuvre institutionnelle.
  • La place exacte de l’armée dans la crise demeure ambiguë.
  • La forme du régime qui pourrait sortir de cette journée n’est pas connue.

Sources historiques utilisées

primary

Le Moniteur universel, an VIII

Repère de presse et de vocabulaire politique, à lire avec prudence dans un contexte de contrôle de l’information.

secondary

Napoléon ou le mythe du sauveur

Jean Tulard

Repère moderne sur la construction politique du rôle de Bonaparte.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale du 18 brumaire

Les scènes de rédaction et de rue sont plausibles, mais reconstituées à partir d’un événement très documenté après coup.

Les lecteurs réagissent

Les lecteurs réagissent au 18 brumaire

Commentaires reconstitués : profils, sensibilités et disputes sont imaginés à partir des clivages du moment. La modération aussi a ses petites lâchetés.

11 commentaires
Thermidorien75 18 brumaire an VIII, 18h12

Si les Conseils doivent être déplacés pour délibérer sans pression, qu’on les déplace. La République n’est pas un club bruyant.

👍 219 · 🚩 25
SansCulotteAnII 18 brumaire an VIII, 18h16

Quand on commence à sauver la République loin du peuple, il ne reste bientôt que les soldats pour applaudir.

👍 188 · 🚩 32
SoldatDItalie 18 brumaire an VIII, 18h20

Bonaparte a sauvé l’Italie pendant que certains apprenaient à écrire des motions. Laissez travailler ceux qui savent décider.

👍 302 · 🚩 61
RoyalisteDiscret 18 brumaire an VIII, 18h22

Je suis profondément attaché à la légalité républicaine, raison pour laquelle je trouve préoccupant tout cela. Très préoccupant.

👍 74 · 🚩 19
Thermidorien75 18 brumaire an VIII, 18h24

Votre amour soudain pour la Constitution de l’an III est touchant.

👍 146 · 🚩 7
RentierDuMarais 18 brumaire an VIII, 18h27

J’attends simplement de savoir si demain les rues seront calmes et si les paiements continueront. Le reste est littérature de clubs.

👍 119 · 🚩 14
SansCulotteAnII 18 brumaire an VIII, 18h31

👍 0 · 🚩 83
SansCulotteAnII 18 brumaire an VIII, 18h34

Évidemment on censure dès qu’on rappelle 1793. La modération protège les directeurs et les sabres.

👍 211 · 🚩 49
SoldatDItalie 18 brumaire an VIII, 18h36

BONAPARTE OU LE DÉSORDRE. C’est pourtant simple.

👍 141 · 🚩 36
SoldatDItalie 18 brumaire an VIII, 18h36

BONAPARTE OU LE DÉSORDRE. C’est pourtant simple.

👍 28 · 🚩 11
SoldatDItalie 18 brumaire an VIII, 18h37

BONAPARTE OU LE DÉSORDRE. C’est pourtant simple.

👍 17 · 🚩 10

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