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Le cardinal de Guise, seconde tête de la maison de Lorraine

Louis de Lorraine, cardinal-archevêque de Reims, vient de périr à son tour dans sa geôle, un jour après son frère le duc. Portrait de celui qui portait, à trente-trois ans, la tiare spirituelle d'une maison dont le duc portait l'épée.

Thomas Guérin, chroniqueur 24 décembre 1588 7 min de lecture

On savait la maison de Lorraine forte de deux têtes : celle du duc, hier abattue dans le château même où elle avait cru triompher ; celle du cardinal, son cadet, que les soldats du roi viennent à leur tour de faire taire dans sa prison. Louis de Lorraine, cardinal de Guise, archevêque-duc de Reims et pair de France, n'avait pas trente-quatre ans.

Il n'était pas un homme d'épée. Troisième fils du feu duc François de Guise et de la duchesse Anne d'Este, il fut, dès l'enfance, destiné à l'Église quand ses aînés, Henri et Charles, l'étaient aux armes et au gouvernement. Mais dans une maison comme celle-là, porter la pourpre n'a jamais voulu dire se tenir à l'écart des affaires du siècle.

Sa mort, survenue au lendemain de celle de son frère, referme en un jour et demi ce que trente ans avaient bâti : les deux piliers, l'un séculier, l'autre spirituel, sur lesquels reposait la puissance de la maison de Guise dans le royaume.

Un prince de l'Église fait à dix-neuf ans

Né le 6 juillet 1555 à Dampierre, Louis de Lorraine reçoit très jeune l'héritage ecclésiastique de sa maison. Son oncle, le cardinal de Lorraine, lui résigne dès 1574 l'archevêché de Reims — siège qui donne à celui qui le tient le titre de premier pair de France et le privilège de sacrer les rois. Il n'a alors pas vingt ans.

Le pape Grégoire XIII le crée cardinal le 21 février 1578, l'année même où meurt un autre de ses oncles, le premier cardinal de Guise, dont il recueille une part des bénéfices. Il est sacré évêque deux ans plus tard. À ces charges s'ajoutent, au fil des années, plusieurs abbayes, dont celle, considérable, de Fécamp.

De cette accumulation de titres et de revenus, on a beaucoup jasé à la cour et dans les diocèses. On prête au cardinal une vie plus mondaine que ne l'exigerait sa robe, des attachements qui ne sont pas ceux d'un pasteur, et jusqu'à des enfants qu'il n'aurait pas reniés. Nous rapportons ces bruits comme tels : ils courent depuis des années sur son compte, sans que nul, à notre connaissance, n'ait eu à en répondre devant une juridiction d'Église.

Aux États de Blois, la voix du clergé ligueur

C'est aux États généraux, ouverts à Blois le 16 octobre dernier, que le cardinal a tenu, ces dernières semaines, le rôle le plus visible de sa carrière. Avec le cardinal de Bourbon, il présidait l'ordre du clergé, où les députés favorables à la Ligue formaient une large majorité. À ce titre, il a pesé de tout son poids pour que les griefs du roi contre les ligueurs ne soient pas prononcés publiquement à l'ouverture de l'assemblée.

Ce rôle de président ecclésiastique faisait de lui, aux yeux de bien des députés, le répondant naturel de son frère le duc dans l'enceinte même des États : quand celui-ci tenait la rue et l'armée, le cardinal tenait le clergé et sa tribune. Certains, à Blois, ne se cachaient plus, ces derniers jours, d'une assurance qui frisait l'arrogance envers le roi lui-même — assurance que nous n'avons pu vérifier que par des propos rapportés, et que nous donnons pour tels.

Avant Blois déjà, le cardinal n'était pas un homme de simple représentation. On le tient pour avoir assuré à la Ligue, dès 1585, la ville de Reims, siège même de son archevêché ; on lui attribue aussi, à Troyes, un renouvellement de l'échevinage en faveur du parti catholique. Sa robe de cardinal n'empêchait donc pas une action politique constante, au service de la cause que défendait son frère.

Le sacrilège d'une mort dans la geôle

Ce qui distingue sa mort de celle du duc, c'est qu'elle touche, par la personne du cardinal, à l'Église elle-même. Un prince séculier, on peut, en un royaume, le faire mettre à mort par ordre du prince ; mettre à mort un cardinal, prince de l'Église créé par le Saint-Siège, est chose que l'on n'ose d'ordinaire pas. On rapporte que les gardes du roi, les Quarante-Cinq, se sont refusés à porter eux-mêmes la main sur un homme d'Église, et que ce sont des soldats payés qui s'en sont chargés, hallebarde au poing, dans sa geôle même.

Ce que ce geste engage devant Rome, nul ne saurait encore le mesurer ce soir. Que le Saint-Siège tienne le fait pour un sacrilège ne fait guère de doute dans les esprits ; comment il en répondra, et quand, personne à Blois ne le sait à cette heure.

Les corps des deux frères, dit-on, ont été brûlés et leurs cendres jetées dans la Loire, afin, croit-on, qu'aucun tombeau ne devienne un lieu de dévotion pour leur parti. Nous rapportons ce détail comme il nous est venu, sans pouvoir en garantir chaque terme.

Le contexte

Louis de Lorraine était le troisième fils du duc François de Guise et d'Anne d'Este, et le frère cadet du duc Henri de Guise, tué le 23 décembre, ainsi que de Charles de Lorraine, duc de Mayenne.

Il tenait l'archevêché-duché de Reims depuis 1574 et le chapeau de cardinal depuis le 21 février 1578, reçu du pape Grégoire XIII.

Les États généraux du royaume, ouverts à Blois le 16 octobre 1588, comptaient une majorité de députés favorables à la Ligue, tant au tiers état qu'au clergé.

Le duc de Guise, son frère, maître de Paris depuis la journée des barricades du 12 mai 1588 et lieutenant général du royaume, a été tué sur ordre du roi au matin du 23 décembre, dans les appartements royaux du château de Blois.

État des informations

Ce portrait s'en tient à la carrière et à la réputation du cardinal telles qu'elles étaient connaissables à Blois le 24 décembre 1588, jour de sa mort. Il ne préjuge d'aucune suite : ni de la réaction du Saint-Siège, ni du sort de la Ligue, ni de celui du royaume.

Ce que l’on sait

  • Louis de Lorraine, cardinal de Guise, né le 6 juillet 1555 à Dampierre, était le frère cadet du duc Henri de Guise et de Charles, duc de Mayenne.
  • Il était archevêque-duc de Reims depuis 1574 et cardinal depuis le 21 février 1578.
  • Il présidait, avec le cardinal de Bourbon, l'ordre du clergé aux États généraux de Blois, ouverts le 16 octobre 1588.
  • Il a été mis à mort le 24 décembre 1588 dans sa geôle du château de Blois, un jour après l'assassinat de son frère le duc.
  • Les Quarante-Cinq ayant refusé de porter la main sur un cardinal, des soldats soudoyés s'en sont chargés à coups de hallebarde.

Ce que l’on ignore

  • Ce que Rome tirera de la mise à mort d'un prince de l'Église n'est pas connu ce soir : aucune réponse du Saint-Siège n'est encore parvenue à Blois.
  • L'ampleur exacte du rôle politique que le cardinal a tenu dans l'ombre de son frère reste difficile à établir dans le détail.
  • Le sort des autres prélats et députés du clergé encore détenus à Blois n'est pas connu.

Sources historiques utilisées

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Louis II de Lorraine, cardinal de Guise — Wikipedia

Détails complémentaires : fratrie (Henri, Charles de Mayenne, Catherine), présidence de l'ordre du clergé aux États de Blois avec le cardinal de Bourbon, prise de Reims pour la Ligue en 1585, réputation mondaine, circonstances de l'exécution du 24 décembre.

editorial-reconstruction

Reconstitution journalistique

Portrait écrit comme à Blois le soir du 24 décembre 1588, au lendemain de l'exécution du duc de Guise et jour de la mort du cardinal. Les bruits anciens sur la vie du cardinal et les propos qui lui sont prêtés à Blois sont rapportés comme rumeurs, jamais comme faits établis ; aucune réaction romaine ni suite postérieure au 24 décembre n'est mobilisée.

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