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Qui était le duc de Guise, dit le Balafré

Maître de Paris depuis les barricades de mai, lieutenant général du royaume depuis juillet, le chef de la maison de Lorraine gouvernait la Ligue et, à Blois même, semblait tenir le roi à sa merci. Le voici mort de la main de celui qu'il croyait avoir dompté.

Simon Guéroult 24 décembre 1588 7 min de lecture

Il n'était, avant-hier encore, que le plus grand seigneur du royaume après le roi — et, aux yeux de bien des Parisiens, davantage que le roi lui-même. Henri de Lorraine, duc de Guise, tué vendredi matin dans le cabinet du château de Blois par la garde des Quarante-Cinq, laisse un nom que peu, dans ce royaume, entendaient sans prendre parti. Chef de la maison de Guise, champion déclaré de la religion catholique, lieutenant général des armées du roi depuis l'été, il commandait Paris comme on commande une place forte, et les États assemblés à Blois semblaient, ces dernières semaines, plus dociles à sa voix qu'à celle de Sa Majesté.

D'où venait un tel homme, et par quels chemins était-il parvenu à ce rang ? Nous rappelons ici ce qu'on sait de lui, sans rien dire de ce que son trépas peut changer aux affaires du royaume — cela regarde d'autres feuillets de cette édition.

Un fils de Lorraine, né pour l’épée

Henri de Lorraine était né le dernier jour de décembre 1550, à Joinville, en Champagne, dans cette maison de Guise qui compte parmi les plus grandes du royaume sans être de sang royal de France. Il était le fils aîné de François de Guise, le fameux capitaine qui reprit Calais aux Anglais et qui fut assassiné en 1563 devant Orléans — meurtre dont le jeune Henri, encore enfant, a toujours tenu l'amiral de Coligny pour le commanditaire moral, quoique celui-ci s'en soit toujours défendu.

Orphelin de père à treize ans, il fut élevé sous la tutelle de son oncle le cardinal Charles de Lorraine, prince de l'Église et homme d'État consommé, qui lui donna le goût des affaires autant que celui des armes. Pour se former à la guerre, le jeune duc voyagea et servit hors du royaume, combattant notamment contre le Turc en Hongrie au milieu des années 1560, avant de revenir se mêler aux troubles qui déchirent la France depuis 1562.

La Saint-Barthélemy : la vengeance du fils

C'est en août 1572, lors du massacre de la Saint-Barthélemy, que le nom du jeune duc s'attache pour la première fois à un fait d'armes retentissant. L'amiral de Coligny, chef des réformés, avait été blessé d'un coup d’arquebuse le 22 août ; dans la nuit du 23 au 24, quand la décision fut prise en haut lieu d'abattre les chefs huguenots, ce sont des gens de la maison de Guise qui menèrent l'assaut contre le logis de l'amiral, rue de Béthisy. Coligny y fut tué, et le duc de Guise, présent sur les lieux, tint ainsi pour vengé le meurtre de son père.

De ce jour, son nom demeure lié dans l'esprit du peuple de Paris à la défense de la religion catholique contre l'hérésie, et il en tire, dans la capitale surtout, un crédit populaire qu'aucun autre grand seigneur ne possède au même degré.

La balafre de Dormans (1575)

Le surnom qui le distingue de son père — lui aussi appelé le Balafré en son temps — lui vient d'une blessure reçue le 10 octobre 1575, à la bataille de Dormans, en Champagne, où il combattait à la tête des troupes catholiques contre les reîtres allemands venus soutenir le parti protestant. Touché au visage, il en garde une marque profonde, qui frappe quiconque l'approche et qui, loin de l'affaiblir dans l'estime des siens, a plutôt scellé sa réputation de capitaine payant de sa personne.

Le chef de la Ligue

Devenu duc de Guise et grand maître de France à la mort de son père, Henri de Lorraine s'est imposé, depuis le milieu de la présente décennie, comme la tête d'une Ligue catholique formée pour défendre la religion et barrer la route du trône à tout prince protestant — au premier chef Henri de Navarre, qu'un défaut d'héritier direct du roi désigne comme héritier légal. Ses victoires sur les reîtres, à Vimory et à Auneau, à l'automne 1587, ont encore grandi son crédit auprès des catholiques les plus zélés, qui le tiennent pour un rempart, quand le roi, à leurs yeux, temporise.

Ce crédit, il le doit aussi à Paris même, où le Conseil des Seize, formé dans les paroisses et les corps de métiers, l'acclame comme le seul capable de défendre la ville et la foi.

La journée des barricades et le titre de lieutenant général

Le 9 mai dernier, bravant la défense expresse du roi, le duc est entré dans Paris. Trois jours plus tard, le 12 mai, quand Henri III fit occuper la ville par ses gardes suisses et français, les Parisiens dressèrent des barricades de chaînes, de poutres et de tonneaux dans les carrefours pour s'opposer aux troupes royales. On rapporte que le duc, un bâton à la main, parcourut les rues et fit cesser le sang sans grand mal, ramenant lui-même les gardes du roi, désarmés et humiliés, jusqu'au Louvre. Le lendemain 13 mai, le roi quittait secrètement sa capitale ; il n'y est pas revenu depuis.

De cette journée, le duc sort maître de Paris. Le roi, contraint, dut signer en juillet l'édit d'Union, par lequel il s'engageait à ne jamais traiter avec les hérétiques et confirmait le duc dans la charge de lieutenant général des armées du royaume — une place qui le met, en pratique, à la tête des forces catholiques du pays, sinon au-dessus du roi lui-même dans l'esprit de bien des sujets.

Aux États de Blois

Depuis l'ouverture des États généraux à Blois, le 16 octobre, le duc dominait l'assemblée par le nombre de députés acquis à la Ligue, dans le clergé comme dans le tiers état. On le disait pressé de faire limiter les pouvoirs du roi sur les finances et sur les charges du royaume, et plus d'un, à la cour comme en ville, le voyait déjà appelé à un rôle plus grand encore dans le gouvernement du royaume. C'est cet homme-là — maître de Paris, chef de la Ligue, lieutenant général des armées — que le roi a fait tuer vendredi matin dans son propre château.

Le contexte

François de Guise, père du duc, capitaine réputé et reprenant Calais aux Anglais en 1558, fut assassiné devant Orléans en 1563 ; l'amiral de Coligny en fut accusé d'être l'inspirateur.

Le massacre de la Saint-Barthélemy (23-24 août 1572) vit la mort de l'amiral de Coligny, tué par des gens de la maison de Guise.

Le duc fut blessé au visage à la bataille de Dormans le 10 octobre 1575, ce qui lui valut son surnom de Balafré.

La Ligue catholique, formée pour défendre la religion et écarter tout prince protestant de la succession, s'est structurée sous sa direction au fil des années 1580, renforcée par ses victoires de Vimory et Auneau (1587).

La journée des barricades (12 mai 1588) et la fuite du roi (13 mai) ont fait du duc le maître de fait de Paris ; l'édit d'Union (juillet 1588) l'a confirmé lieutenant général des armées du royaume.

Les États généraux, ouverts à Blois le 16 octobre 1588, sont dominés par les députés acquis à la Ligue.

État des informations

Ce portrait s'en tient à ce qui était su du duc de Guise de son vivant, jusqu'à sa mort le 23 décembre 1588. Il ne préjuge d'aucune suite aux événements de Blois.

Ce que l’on sait

  • Henri de Lorraine, duc de Guise, né le 31 décembre 1550 à Joinville, était le fils aîné de François de Guise.
  • Il a pris part à l'assaut contre le logis de l'amiral de Coligny lors de la Saint-Barthélemy, en août 1572.
  • Il porte depuis 1575 une blessure au visage reçue à la bataille de Dormans, d'où son surnom de Balafré.
  • Il dirige la Ligue catholique, dont le crédit s'est renforcé après les victoires de Vimory et Auneau (1587).
  • Il a dominé la journée des barricades du 12 mai 1588 à Paris, d'où la fuite du roi le lendemain, et a été fait lieutenant général du royaume par l'édit d'Union de juillet 1588.

Ce que l’on ignore

  • Le détail exact de son rôle personnel dans les décisions prises pendant la Saint-Barthélemy reste discuté selon les récits.
  • L'étendue précise de son influence sur les députés des États de Blois n'est pas chiffrable avec certitude.

Sources historiques utilisées

secondary

Henri Ier de Guise — Wikipédia

Biographie consultée pour la naissance (31 décembre 1550, Joinville), la tutelle du cardinal de Lorraine, la campagne de Hongrie, la blessure de Dormans (1575), le rôle à la Saint-Barthélemy, les victoires de Vimory et Auneau (1587), et l'accession au titre de lieutenant général après l'édit d'Union.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale

Portrait composé au lendemain immédiat de la mort du duc (24 décembre 1588), à partir des seuls faits connaissables de son vivant ; aucune anticipation des suites de son assassinat.

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