Le duc de Guise tué au château
Ce matin, au château de Blois, Henri de Lorraine, duc de Guise et lieutenant général du royaume, a été frappé à mort par des gentilshommes de la garde du roi, dans les appartements royaux où il se rendait pour le Conseil. Il est tombé au pied du lit du roi.
Le château de Blois s’est réveillé ce matin sur un coup dont la cour n’avait pas idée la veille au soir. Le duc de Guise, Henri de Lorraine, lieutenant général du royaume et la première épée du parti catholique, est mort dans les appartements du roi, percé de coups par des gentilshommes de la garde. On l’avait mandé pour le Conseil ; il n’en est pas ressorti vivant.
Depuis l’ouverture des États en cette ville, le duc tenait le haut du pavé. Les députés le suivaient, la faveur populaire le portait, et nul dans l’assemblée ne pesait autant que lui. C’est cet homme-là que le roi Henri, troisième du nom, vient d’abattre au cœur de sa propre demeure. À l’heure où nous écrivons, le château est fermé, gardé, et la nouvelle passe de bouche en bouche sans que chacun en démêle encore le vrai du bruit.
Nous rapportons ici ce que les gens du château ont vu et redit dans les heures qui ont suivi. Le détail du matin nous vient de récits qui ne s’accordent pas tous ; nous marquerons ce qui est tenu pour sûr et ce qui ne l’est qu’à demi.
Un Conseil convoqué de grand matin
Le Conseil avait été appelé pour une heure matinale, plus tôt qu’à l’ordinaire. Les seigneurs conviés s’étaient assemblés dans la salle du Conseil, au deuxième étage du château, où l’on attendait le roi. Le duc de Guise, comme lieutenant général, y avait sa place et s’y est rendu.
On dit qu’il avait passé une nuit courte et une matinée froide, qu’il s’était fait porter quelque douceur au corps de garde avant d’entrer, et qu’il ne montrait nul trouble. Rien, dans sa contenance, ne laissait voir qu’il se défiât de la maison où il entrait. Selon les récits, des avis lui étaient pourtant parvenus ces derniers jours, qu’il avait écartés.
L’appel vers le cabinet du roi
Le Conseil à peine commencé, le duc fut prié de passer auprès du roi, qui le demandait dans son cabinet — celui qu’on nomme le cabinet vieux, attenant à la chambre. On lui fit dire, selon ce qu’on rapporte, que Sa Majesté voulait l’entretenir avant de siéger. Le secrétaire d’État Revol aurait porté ou appuyé ce mot ; nous le donnons pour ce qu’il vaut, tel qu’on nous l’a redit.
Le duc se leva et prit le chemin qu’on lui indiquait, à travers les appartements royaux, pour gagner la chambre puis le cabinet. C’est dans ce passage, hors de la salle du Conseil et loin de sa suite laissée en arrière, qu’il tomba dans le piège.
L’embuscade de la garde
Des gentilshommes de la garde ordinaire du roi, ceux que l’on appelle les Quarante-Cinq, l’attendaient dans la chambre et aux abords. À peine le duc engagé parmi eux, ils se jetèrent sur lui. On parle de plusieurs qui frappèrent des dagues et des épées, d’autres postés pour lui couper toute retraite et fermer les portes derrière lui.
Le nombre de ceux qui portèrent les coups varie selon les bouches — huit, disent les uns, davantage disent les autres. Ce qui est tenu pour sûr, c’est que le duc, homme de grande force, se débattit et traîna ses assaillants sur quelque distance avant de succomber. On le dit atteint de coups au corps et à la gorge.
Il s’abattit enfin au pied du lit du roi, dans la chambre même. Ainsi mourut, dans la maison du roi et de la main de ses gardes, celui qui commandait naguère aux rues de Paris.
Le château fermé, des seigneurs arrêtés
La chose faite, le roi fit garder les issues. Dans la foulée furent saisis plusieurs proches et partisans du parti, tenus désormais sous bonne garde au château. On nomme parmi eux le cardinal de Guise, frère du duc, et le vieux cardinal de Bourbon ; d’autres députés et gentilshommes de la Ligue auraient été arrêtés ou consignés.
On assure que le roi, dès le coup porté, s’est montré maître de lui et a fait savoir à son entourage qu’il entendait désormais régner sans partage. Le sort réservé aux prisonniers n’est pas connu à cette heure, non plus que le compte exact de ceux qu’on a pris. La ville de Blois, au bas du château, apprend la nouvelle par degrés, entre stupeur et rumeur.