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Le duc de Guise tué au château

Ce matin, au château de Blois, Henri de Lorraine, duc de Guise et lieutenant général du royaume, a été frappé à mort par des gentilshommes de la garde du roi, dans les appartements royaux où il se rendait pour le Conseil. Il est tombé au pied du lit du roi.

Guillaume Ferrand, chroniqueur 23 décembre 1588 5 min de lecture
Gravure d'époque de Frans Hogenberg montrant, en plusieurs scènes juxtaposées, l'assassinat du duc de Guise au château de Blois : cortège armé, meurtre dans la chambre du roi, corps sous la galerie.
Frans Hogenberg, « Assassinat du duc de Guise et du cardinal de Guise à Blois, 23 décembre 1588 », eau-forte coloriée, fin XVIᵉ siècle, Musée national du château de Pau — domaine public (Wikimedia Commons).

Le château de Blois s’est réveillé ce matin sur un coup dont la cour n’avait pas idée la veille au soir. Le duc de Guise, Henri de Lorraine, lieutenant général du royaume et la première épée du parti catholique, est mort dans les appartements du roi, percé de coups par des gentilshommes de la garde. On l’avait mandé pour le Conseil ; il n’en est pas ressorti vivant.

Depuis l’ouverture des États en cette ville, le duc tenait le haut du pavé. Les députés le suivaient, la faveur populaire le portait, et nul dans l’assemblée ne pesait autant que lui. C’est cet homme-là que le roi Henri, troisième du nom, vient d’abattre au cœur de sa propre demeure. À l’heure où nous écrivons, le château est fermé, gardé, et la nouvelle passe de bouche en bouche sans que chacun en démêle encore le vrai du bruit.

Nous rapportons ici ce que les gens du château ont vu et redit dans les heures qui ont suivi. Le détail du matin nous vient de récits qui ne s’accordent pas tous ; nous marquerons ce qui est tenu pour sûr et ce qui ne l’est qu’à demi.

Un Conseil convoqué de grand matin

Le Conseil avait été appelé pour une heure matinale, plus tôt qu’à l’ordinaire. Les seigneurs conviés s’étaient assemblés dans la salle du Conseil, au deuxième étage du château, où l’on attendait le roi. Le duc de Guise, comme lieutenant général, y avait sa place et s’y est rendu.

On dit qu’il avait passé une nuit courte et une matinée froide, qu’il s’était fait porter quelque douceur au corps de garde avant d’entrer, et qu’il ne montrait nul trouble. Rien, dans sa contenance, ne laissait voir qu’il se défiât de la maison où il entrait. Selon les récits, des avis lui étaient pourtant parvenus ces derniers jours, qu’il avait écartés.

L’appel vers le cabinet du roi

Le Conseil à peine commencé, le duc fut prié de passer auprès du roi, qui le demandait dans son cabinet — celui qu’on nomme le cabinet vieux, attenant à la chambre. On lui fit dire, selon ce qu’on rapporte, que Sa Majesté voulait l’entretenir avant de siéger. Le secrétaire d’État Revol aurait porté ou appuyé ce mot ; nous le donnons pour ce qu’il vaut, tel qu’on nous l’a redit.

Le duc se leva et prit le chemin qu’on lui indiquait, à travers les appartements royaux, pour gagner la chambre puis le cabinet. C’est dans ce passage, hors de la salle du Conseil et loin de sa suite laissée en arrière, qu’il tomba dans le piège.

L’embuscade de la garde

Des gentilshommes de la garde ordinaire du roi, ceux que l’on appelle les Quarante-Cinq, l’attendaient dans la chambre et aux abords. À peine le duc engagé parmi eux, ils se jetèrent sur lui. On parle de plusieurs qui frappèrent des dagues et des épées, d’autres postés pour lui couper toute retraite et fermer les portes derrière lui.

Le nombre de ceux qui portèrent les coups varie selon les bouches — huit, disent les uns, davantage disent les autres. Ce qui est tenu pour sûr, c’est que le duc, homme de grande force, se débattit et traîna ses assaillants sur quelque distance avant de succomber. On le dit atteint de coups au corps et à la gorge.

Il s’abattit enfin au pied du lit du roi, dans la chambre même. Ainsi mourut, dans la maison du roi et de la main de ses gardes, celui qui commandait naguère aux rues de Paris.

Le château fermé, des seigneurs arrêtés

La chose faite, le roi fit garder les issues. Dans la foulée furent saisis plusieurs proches et partisans du parti, tenus désormais sous bonne garde au château. On nomme parmi eux le cardinal de Guise, frère du duc, et le vieux cardinal de Bourbon ; d’autres députés et gentilshommes de la Ligue auraient été arrêtés ou consignés.

On assure que le roi, dès le coup porté, s’est montré maître de lui et a fait savoir à son entourage qu’il entendait désormais régner sans partage. Le sort réservé aux prisonniers n’est pas connu à cette heure, non plus que le compte exact de ceux qu’on a pris. La ville de Blois, au bas du château, apprend la nouvelle par degrés, entre stupeur et rumeur.

Le contexte

Le duc Henri de Guise, dit le Balafré, était depuis la Journée des barricades du 12 mai dernier le maître de Paris, d’où le roi avait dû s’enfuir le lendemain 13 mai.

Par l’édit d’Union de juillet, le roi s’était engagé à ne jamais faire la paix avec les protestants et avait confirmé le duc dans la charge de lieutenant général du royaume.

Les États généraux, ouverts à Blois le 16 octobre, sont dominés par les députés du parti catholique ; ils pressaient le roi sur les finances et les nominations, au point qu’il y voyait une atteinte à son autorité.

La maison de Lorraine-Guise est depuis un quart de siècle la tête du parti catholique dans les guerres qui déchirent le royaume, comme on l’avait vu déjà au temps de la Saint-Barthélemy.

État des informations

Nous nous en tenons à ce qui est connaissable ce 23 décembre au soir : la mort du duc dans les appartements du roi, le prétexte du Conseil, l’embuscade de la garde et les arrestations qui ont suivi. Le détail du matin nous vient de récits qui ne concordent pas toujours ; nous les rapportons comme tels. Nous ne préjugeons ni du sort des prisonniers ni des suites de ce coup.

Ce que l’on sait

  • Le matin du 23 décembre 1588, au château de Blois, le duc Henri de Guise, lieutenant général du royaume, a été tué dans les appartements du roi par des gentilshommes de sa garde.
  • Un Conseil avait été convoqué de bonne heure ; le duc en fut appelé vers le cabinet du roi et assailli en traversant la chambre, où il tomba au pied du lit royal.
  • Le coup a été porté sur l’ordre et dans la demeure du roi Henri III ; les issues du château ont ensuite été gardées.
  • Dans la foulée, plusieurs proches et partisans du parti catholique ont été arrêtés au château, dont le cardinal de Guise, frère du duc, et le cardinal de Bourbon.

Ce que l’on ignore

  • Le dessein entier du roi et ce qu’il entend faire des prisonniers ne sont pas connus à cette heure.
  • Le compte exact des assaillants et des personnes arrêtées demeure incertain, les récits ne s’accordant pas.
  • Nul ne peut dire quel effet cette mort aura sur les États, sur la ville de Paris et sur le parti que le duc conduisait.

Sources historiques utilisées

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Assassinat d’Henri de Guise

Article Wikipédia (FR) consulté pour le déroulé du matin du 23 décembre 1588 : Conseil convoqué, appel vers le cabinet du roi, embuscade des Quarante-Cinq, mort au pied du lit royal, arrestations. Les heures, le nombre d’assaillants et le rôle du secrétaire Revol y sont donnés d’après des récits variables.

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Henri Ier de Guise

Notice Wikipédia (FR) sur le duc de Guise, sa charge de lieutenant général et sa domination des États de Blois, consultée pour le portrait de l’homme abattu.

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États généraux de 1588-1589

Article Wikipédia (FR) sur les États de Blois, consulté pour la domination des députés du parti catholique et la tension avec le roi à l’automne 1588.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — À chaud, au château de Blois

Les formulations à chaud imitent la manière d’un feuillet de nouvelles du temps. La scène du matin, l’émotion du château et les propos rapportés sont restitués à partir des sources ci-dessus ; les détails chiffrés et les mots prêtés aux acteurs sont signalés comme incertains, aucun n’étant tenu pour avéré.

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