Les États de Blois privés de leur tête : le cardinal de Bourbon et plusieurs princes arrêtés
Au lendemain de la mort du duc de Guise, ce ne sont pas seulement deux têtes qui sont tombées au château : le cardinal de Bourbon, l'archevêque de Lyon et plusieurs seigneurs proches de la Ligue ont été saisis et sont retenus. L'assemblée réunie à Blois depuis le 16 octobre se retrouve d'un coup sans figure pour la conduire.
Le château de Blois n'en finit pas de trembler. Après la mort du duc de Guise vendredi matin et celle de son frère le cardinal hier, on apprend que d'autres arrestations ont suivi dans la même foulée : le cardinal de Bourbon, l'archevêque de Lyon, le duc de Nemours, le duc d'Elbeuf et le jeune prince de Joinville, fils du duc tué, ont tous été saisis sur ordre du roi et sont gardés dans l'enceinte du château, sous bonne garde.
On dit que d'autres seigneurs et plusieurs députés attachés au parti de la Ligue auraient également été appréhendés dans les jours qui ont suivi le premier coup, sans qu'on puisse à cette heure en arrêter le compte exact. Le roi, qui a pris cette affaire en main lui-même, n'a rien fait savoir de ses intentions pour ces prisonniers.
La nouvelle a saisi les États généraux, réunis en cette même ville depuis le 16 octobre dernier et où dominaient, jusqu'à ces derniers jours, les députés du parti catholique le plus ardent. En quelques heures, l'assemblée se retrouve privée de la figure qui, plus qu'aucune autre, y faisait la loi.
Une assemblée sans tête
Depuis l'ouverture des États, le 16 octobre, dans la grande salle du château, c'était le duc de Guise, lieutenant général du royaume et maître reconnu de Paris depuis la journée des barricades, qui donnait le ton à une assemblée où le clergé et le tiers état penchaient largement de son côté. Sa mort, et celle de son frère le cardinal, laissent les députés de ce parti sans le chef qui parlait en leur nom auprès du roi et coordonnait leurs voix.
Ce mercredi, on rapporte que plusieurs députés, saisis de frayeur, se seraient tenus cois ou auraient gagné leurs logis plutôt que de paraître dans les couloirs du château. D'autres, dit-on, cherchent déjà à faire savoir au roi leur soumission. Nul, pour l'heure, ne sait qui, dans cette assemblée orpheline, pourra ou voudra reprendre la parole en son nom.
Le cardinal de Bourbon, lui, occupait une place à part : oncle du roi de Navarre mais tenu par la Ligue en grande estime, il était de ceux vers qui les députés catholiques pouvaient se tourner. Son arrestation, plus encore que celle des autres seigneurs saisis avec lui, prive l'assemblée d'un recours qu'elle croyait avoir.
Ce que réclamaient les États
On ne comprend la portée de ce coup qu'en se rappelant ce pour quoi les députés étaient venus à Blois. Depuis deux mois, l'assemblée pressait le roi sur deux points que la couronne tient pour les siens en propre : le contrôle des finances du royaume, et celui des nominations à son Conseil. Les députés du tiers état demandaient en outre l'allégement de la taille, dont le poids sur le pauvre peuple ne cesse, disent-ils, de croître.
Le roi, de son côté, n'a jamais caché qu'il tenait ces prétentions pour une atteinte à son autorité : nommer ses conseillers et disposer de ses deniers sont, à ses yeux, l'essence même de sa souveraineté, et non matière à délibération d'une assemblée. C'est sur ce désaccord, envenimé par la domination du duc de Guise sur les débats, que les États s'étaient enlisés tout l'automne.
Avec la disparition du duc et l'arrestation de plusieurs des siens, la question se pose désormais autrement : reste-t-il seulement une assemblée en état de porter ces demandes, ou le roi vient-il, par ce coup, de les vider de tout appui ?
Le sort des prisonniers, une inconnue
Rien, à cette heure, ne permet de dire ce qu'il adviendra du cardinal de Bourbon ni des autres seigneurs retenus avec lui. Sont-ils gardés pour quelque temps, le temps que le roi mesure l'effet de son geste sur la ville et sur les provinces ? Seront-ils traduits devant quelque juridiction, ou simplement tenus à l'écart tant que dure l'incertitude ? Le château ne laisse rien filtrer, et ceux qui approchent les prisonniers se gardent de parler.
On ignore également combien de députés, au juste, ont été inquiétés dans les jours qui ont suivi la mort du duc : les chiffres qui courent dans les couloirs et dans la ville varient selon qui les rapporte. Ce qui est sûr, c'est que l'assemblée de Blois, qui devait donner au royaume un remède à ses divisions, se retrouve elle-même à l'image du royaume : frappée, incertaine, et sans savoir de quoi demain sera fait.