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Le cardinal de Guise exécuté à son tour

Au lendemain de la mort de son frère le duc, Louis de Lorraine, cardinal de Guise et archevêque de Reims, a été mis à mort ce jour dans sa geôle du château. On a versé le sang d'un prince de l'Église.

La rédaction, Blois 24 décembre 1588 6 min de lecture
Portrait en buste du cardinal de Guise (Louis II de Lorraine), en habit de cardinal, coiffé de la barrette rouge, avec l'inscription d'époque "Cardinal de Guise".
Anonyme, portrait de Louis II de Lorraine, cardinal de Guise (v. 1585-1588), huile sur toile, Hôtel de Soubise (Archives nationales) — domaine public (Wikimedia Commons).

Après le duc, le cardinal. Louis de Lorraine, cardinal de Guise et archevêque-duc de Reims, frère cadet d'Henri de Guise tué hier matin dans les appartements du roi, a été mis à mort ce samedi 24 décembre, dans le château de Blois où il était retenu depuis la veille. Arrêté en même temps que plusieurs proches de sa maison au lendemain de l'embuscade, il n'aura pas survécu d'un jour à son aîné.

En deux matins, la maison de Lorraine a perdu ses deux têtes : le duc, chef de guerre et maître de Paris depuis les barricades du mois de mai ; le cardinal, sa tête d'Église. La chose, ici, laisse les langues nouées. Frapper un duc, prince de la maison de Lorraine, était déjà d'une audace dont on ne mesure pas la portée. Mais mettre à mort un cardinal, revêtu de la pourpre romaine, est d'un autre poids : c'est toucher à un homme que sa dignité rendait, aux yeux de beaucoup, hors d'atteinte du bras séculier.

Nous rapportons ce que nous avons pu recueillir des serviteurs du château et de gens de la ville, en distinguant ce qui se voit de ce qui se murmure. Beaucoup nous échappe encore.

Une exécution que les gentilshommes du roi refusèrent

Selon les récits qui courent au château, ce ne sont pas les Quarante-Cinq, la garde gasconne qui avait frappé le duc la veille, qui ont porté la main sur le cardinal. Ces gentilshommes, dit-on, se seraient récusés : verser le sang d'un prince de l'Église, un homme portant la pourpre, était pour eux un sacrilège qu'ils ne voulaient pas prendre sur leur âme. Un chose est de tuer un rebelle, une autre de se damner en tuant un cardinal.

On assure alors que des soldats de la garde furent choisis et payés pour la besogne — quatre cents écus, selon ce qui se répète, sans que nous puissions le vérifier. Ce sont eux, rapporte-t-on, qui entrèrent dans la geôle et achevèrent le prélat à coups de hallebarde. Le détail exact de l'heure et du nombre de ceux qui frappèrent varie d'un récit à l'autre ; nous le donnons sous cette réserve.

Ce qui demeure certain, et que nul ne conteste, c'est que Louis de Lorraine est mort ce jour, dans les murs mêmes où son frère a péri la veille, et de la volonté du roi.

Un prince de l'Église

Le cardinal de Guise n'était pas un homme de peu. Troisième fils du duc François de Guise, il avait reçu jeune l'archevêché-duché de Reims, l'un des premiers sièges du royaume, celui où l'on sacre les rois de France ; il avait été fait cardinal par le pape il y a une dizaine d'années. Il siégeait aux côtés de son frère parmi les chefs de la Ligue, le parti de la défense catholique, et tenait dans l'assemblée des États réunis en cette ville un rang que sa naissance et sa pourpre lui donnaient également.

C'est bien là ce qui, sur le moment, saisit les esprits. Le roi n'a pas seulement abattu un grand seigneur devenu trop puissant : il a fait périr un prince de l'Église romaine, consacré, revêtu d'une dignité que l'on tenait pour sacrée. Aux yeux de beaucoup, ici, un tel sang ne se verse pas comme un autre.

Quelle qualification l'Église donnera à cette mort, et de quel œil Rome la regardera, nul ne saurait le dire à cette heure. On sait seulement que le geste engage la couronne bien au-delà de la personne d'un homme, et qu'il touche à ce que le siècle a de plus redouté après la vie du roi : le respect dû aux choses de la religion.

Les corps soustraits à toute sépulture

On dit encore que les corps des deux frères ne seront pas rendus aux leurs. Le bruit court qu'ils ont été brûlés dans le château et les cendres jetées à la rivière, afin, assure-t-on, qu'il n'en reste ni tombe ni relique autour de quoi les fidèles de la maison de Lorraine pussent se rassembler. Nous rapportons ce propos sous réserve : il est de ceux que l'on répète sans que personne les ait vus de ses yeux.

S'il se confirmait, le procédé dirait assez la crainte que le roi nourrit de la ferveur qui entourait les Guise, dans Paris surtout, et le soin qu'il met à ne rien laisser derrière lui qui pût la nourrir.

Le château sous le silence

Le château de Blois vit ces heures dans une atmosphère lourde. Outre le cardinal, plusieurs personnes de marque demeurent aux mains du roi, arrêtées dans la foulée du meurtre du duc — des proches de la maison de Lorraine et des députés de l'assemblée réputés de son parti. Sur leur sort, on ne nous dit rien de sûr.

La reine mère, Catherine de Médicis, malade au château, aurait été informée. On la dit troublée de ce qui vient de se faire ; nous n'en savons pas davantage et rapportons la chose telle qu'on nous la donne. Quant à la ville et au royaume, ils n'ont encore, pour la plupart, rien appris : la nouvelle de ces deux matins n'a pas fini de se répandre, et nul ne peut dire aujourd'hui de quelle manière elle sera reçue.

Le contexte

Hier 23 décembre, au matin, le duc Henri de Guise, dit « le Balafré », lieutenant général du royaume et maître de Paris depuis la Journée des barricades (12 mai 1588), a été tué dans les appartements du roi au château de Blois par des gentilshommes de la garde des Quarante-Cinq. Plusieurs proches de sa maison ont été arrêtés dans la foulée, dont son frère le cardinal.

Les États généraux, réunis à Blois depuis le 16 octobre, sont dominés par les députés du parti de la Ligue, la ligue de défense catholique dont la maison de Lorraine-Guise est la tête. La tension entre le roi et l'assemblée n'avait cessé de monter tout l'automne.

Louis de Lorraine, né en 1555, troisième fils du duc François de Guise, avait été fait archevêque-duc de Reims tout jeune, puis cardinal il y a une dizaine d'années. Il siégeait parmi les chefs de la Ligue aux côtés de son frère.

État des informations

Cette édition s'en tient à ce qui est connaissable au 24 décembre 1588, dans une ville sous le silence et sur la foi de récits encore incertains. Elle rapporte le fait — la mort d'un cardinal de la main du roi — et la gravité qu'on lui prête sur le moment, sans préjuger de la manière dont l'Église et le royaume y répondront.

Ce que l’on sait

  • Louis de Lorraine, cardinal de Guise et archevêque de Reims, a été mis à mort le 24 décembre 1588 dans le château de Blois, au lendemain du meurtre de son frère le duc et sur la volonté du roi.
  • Il avait été arrêté au lendemain de l'assassinat du duc, en même temps que d'autres proches de la maison de Lorraine et députés ligueurs.
  • Le cardinal était archevêque-duc de Reims et prince de l'Église : sa mort est celle d'un ecclésiastique de haut rang.

Ce que l’on ignore

  • Le détail exact de l'exécution — l'heure, le nombre et l'identité de ceux qui frappèrent — varie selon les récits et n'est pas établi.
  • La qualification que l'Église donnera à cette mort, et la manière dont Rome et le Saint-Siège la recevront, ne sont pas mesurées à cette heure.
  • Le sort réservé aux autres détenus du château.
  • La façon dont la nouvelle, encore mal répandue, sera reçue dans Paris, dans les grandes villes et dans le royaume.

Sources historiques utilisées

secondary

Louis de Lorraine (1555-1588)

Notice biographique (Wikipédia FR) : archevêque-duc de Reims dès 1574, cardinal en 1578, troisième fils de François de Guise, mis à mort au château de Blois le 24 décembre 1588 au lendemain de son frère.

secondary

Assassinat d'Henri de Guise

Récit du double meurtre de Blois : le duc le 23, le cardinal le 24 ; refus des Quarante-Cinq de frapper un prince de l'Église, soldats soudoyés (quatre cents écus selon les récits), exécution à la hallebarde, corps brûlés et cendres jetées à la Loire. Détails chiffrés donnés comme variables.

secondary

États généraux de 1588-1589

Cadre de l'assemblée réunie à Blois depuis le 16 octobre 1588, dominée par les députés ligueurs, et arrestations de députés dans la foulée du meurtre du duc.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — la mort du cardinal

Les formulations à chaud imitent une chronique du 24 décembre 1588, au château de Blois, écrite sur la foi de récits encore incertains. Le fait de la mort du cardinal est tenu pour établi ; le détail de l'exécution, le chiffre des écus et le sort des corps sont rapportés comme propos à vérifier, la portée religieuse comme gravité ressentie sur le moment.

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