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Des barricades à Blois : la ligne d’une revanche

Trois jours après la mort du duc de Guise dans le château de Blois, il faut remonter le fil : c’est à Paris, en mai dernier, sur des barricades dressées contre son autorité, que le roi a commencé de perdre son royaume. Ce qu’il vient d’en reprendre, il l’a repris par le sang.

Robert Fauveau, chroniqueur de la Cour 26 décembre 1588 7 min de lecture

Il faut remonter sept mois en arrière pour comprendre ce qui vient de se jouer dans le château de Blois. Le duc Henri de Guise est mort le 23 décembre, son frère le cardinal le lendemain, tous deux sur ordre du roi. Beaucoup, à la cour comme à la ville, s'accordent à dire que ce coup ne se comprend pas seul : il répond à une humiliation plus ancienne, celle que le roi a subie à Paris au mois de mai, et à tout ce qui s'en est suivi depuis.

Car c'est à Paris, le 12 mai dernier, que la partie a commencé de se retourner contre Sa Majesté. Ce jour-là, des barricades s'étaient dressées dans les rues de sa propre capitale, et le roi très chrétien avait dû s'enfuir de sa ville le lendemain sans qu'un coup d'épée fût porté en sa défense. De cette blessure-là, on n'a cessé, tout l'automne, de mesurer les suites : l'édit imposé au roi en juillet, la lieutenance générale du royaume donnée au duc, les États généraux convoqués à Blois où les mêmes voix ligueuses ont dominé trois mois durant. Ce qui vient de se passer dans le château, cette semaine, s'inscrit au bout de cette ligne.

Nous n'écrivons pas ici le récit de ce qui s'est passé au matin du 23 décembre, ni de la mort du cardinal le lendemain : d'autres feuillets de cette édition s'y attachent. Notre propos est de remonter, mois par mois, comment le roi en est venu à ce point.

Le 12 mai : des barricades dans sa propre capitale

Au printemps, le roi avait fait entrer dans Paris des compagnies de gardes suisses et françaises, disposées aux carrefours et aux abords du Louvre. Le geste, pris sans consulter le corps de ville, a été tenu par les Parisiens pour une atteinte aux franchises et privilèges de leur cité, et pour une menace dirigée contre elle.

La riposte n'a pas tardé. Le 12 mai, la ville s'est hérissée de chaînes et de barricades, encadrées par les gens du Conseil des Seize, qui tiennent le haut du pavé dans les paroisses. Les troupes royales se sont trouvées cernées, isolées les unes des autres, incapables de se dégager. C'est le duc de Guise, dit-on, qui a fait cesser l'émeute d'un geste et d'une parole, alors même qu'on le savait proche de ceux qui l'avaient fait monter.

Le lendemain 13 mai, le roi a quitté Paris par la porte de Saint-Honoré et gagné Chartres, puis Rouen. Il n'y est pas revenu depuis. Un roi chassé, en pratique, de sa propre capitale : voilà l'humiliation dont toute la suite de l'année a porté la marque, et qu'aucun des siens n'a pu lui faire oublier.

Juillet : l’édit d’Union et la lieutenance générale

Revenu de cette fuite, le roi n'a pu traiter qu'en position de faiblesse. Au mois de juillet, il a dû souscrire à l'édit d'Union, par lequel il s'engage, devant tout le royaume, à ne jamais faire la paix avec ceux de la religion prétendue réformée et à poursuivre l'hérésie jusqu'à son extinction. Il n'y avait là, pour la Ligue et pour ceux qui la mènent, qu'une confirmation de ce qu'ils exigeaient depuis des mois.

Le même mouvement a porté le duc de Guise à la charge de lieutenant général du royaume — la première place sous la couronne pour la conduite des armées. Un roi qui, sept semaines plus tôt, fuyait sa capitale devant les partisans de cet homme, se trouvait désormais contraint de l'élever au plus haut rang qu'un sujet puisse tenir.

Octobre-décembre : des États qui débordent le roi

Restait à donner à cet accord une forme solennelle. Convoqués par lettres dès le lendemain des barricades, les États généraux du royaume se sont ouverts le 16 octobre dans la grande salle du château de Blois. Les députés, pour la plupart acquis à la cause de la Ligue, tant dans le clergé que dans le tiers état, s'y sont montrés d'emblée exigeants : ils ont réclamé un droit de regard sur les finances de la couronne et sur les nominations au conseil du roi — prérogatives que Sa Majesté a toujours tenues pour siennes seules.

Deux mois durant, l'assemblée n'a cessé de presser le roi, quand elle ne l'a pas ouvertement bravé. Beaucoup, à la cour, ont vu dans cette pression une entreprise concertée pour dessaisir le roi de la conduite de ses propres affaires, et dans le duc de Guise, présent et honoré à Blois comme le premier personnage du royaume après le roi, la figure vers laquelle des États tout entiers semblaient se tourner.

C'est dans ce climat, où le roi se disait dépossédé jusque dans son propre château, que s'est préparé, dans les derniers jours de décembre, le coup dont cette édition rend compte par ailleurs. Ce que le roi croit avoir tranché ce 23 décembre, c'est cette ligne-là, ouverte sept mois plus tôt sur des barricades parisiennes : celle par laquelle il s'est senti, mois après mois, dépouillé de l'autorité que sa naissance lui donne.

Le contexte

Le 12 mai 1588, des barricades dressées à Paris ont contraint le roi Henri III à fuir sa capitale dès le lendemain ; il ne l'a pas regagnée depuis.

L'édit d'Union, souscrit en juillet 1588, engage le roi à ne jamais traiter avec les protestants et confirme le duc de Guise dans la charge de lieutenant général du royaume.

Les États généraux, convoqués à la suite des barricades, se sont ouverts le 16 octobre 1588 à Blois ; l'assemblée, dominée par les députés de la Ligue, y a contesté au roi la maîtrise des finances et des nominations.

Le duc Henri de Guise et son frère le cardinal Louis de Guise ont été mis à mort sur ordre du roi les 23 et 24 décembre 1588, au château de Blois.

État des informations

Cet article s'en tient, pour toute la ligne remontée depuis mai, à des faits publics et déjà connus au 26 décembre 1588 ; il ne se prononce ni sur les suites que la mort du duc et du cardinal pourront avoir, ni sur ce qu'il adviendra du roi ou du royaume dans les mois qui viennent.

Ce que l’on sait

  • Les barricades du 12 mai 1588 et la fuite du roi hors de Paris le 13 mai sont des faits publics et connus de tous.
  • L'édit d'Union (juillet 1588) et l'octroi de la lieutenance générale au duc de Guise sont choses arrêtées et connues.
  • L'ouverture des États généraux le 16 octobre 1588 à Blois, et la domination de l'assemblée par les députés favorables à la Ligue, sont constatées par tous ceux qui suivent la séance.
  • Le duc de Guise a été mis à mort le 23 décembre, son frère le cardinal le 24 décembre, sur ordre du roi.

Ce que l’on ignore

  • Ce que le roi a réellement gagné par ce coup, et comment la Ligue, les villes et les États eux-mêmes vont y répondre, n'est pas encore connu à l'heure où nous écrivons.
  • L'étendue exacte de ce que le roi tenait pour une entreprise concertée contre son autorité pendant les États, par opposition à ce qui relevait de tensions ordinaires d'assemblée, reste affaire de jugement plus que de fait établi.

Sources historiques utilisées

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Journée des barricades (1588) — Wikipédia

Déroulé du 12 mai 1588 : entrée des troupes royales à Paris, dressement des barricades encadré par le Conseil des Seize, rôle du duc de Guise dans l'apaisement de l'émeute, fuite du roi le 13 mai.

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États généraux de 1588-1589 — Wikipédia

Ouverture des États le 16 octobre 1588 à Blois, composition très majoritairement acquise à la Ligue, revendications de l'assemblée sur les finances et les nominations.

secondary

Henri Ier de Guise — Wikipédia

Édit d'Union de juillet 1588 et accession du duc à la lieutenance générale du royaume, dans la foulée des barricades.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale

Les formulations imitent un feuillet de mise en perspective tel qu'un chroniqueur de la cour aurait pu le composer le 26 décembre 1588, sans rien connaître des suites de l'assassinat.

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